L’Ontario fut une de nos références dans l’établissement de la Loi sur les Forêts de 1986 qui institua les CAAF (Contrats d’Approvisionnement et d’Aménagement Forestier). Aujourd’hui, tout comme au Québec, cette province est en plein processus de transformation de sa politique d’aménagement des forêts publiques qui verrait la disparition de leurs Permis d’Aménagement Forestier Durable (PAFD, l’équivalent de nos CAAF). Toutefois, contrairement au Québec où le Gouvernement souhaite reprendre en main tout l’aménagement forestier, l’Ontario s’oriente vers l’établissement de Sociétés d’aménagement forestier locales (Local Forest Management Corporations, site officiel du projet), une voie explorée par le Québec avant de rejeter l’idée. Petit état de la situation.
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Indonésie P.Q.
La grande mission de ce blogue est de garder les “antennes” ouvertes sur l’actualité forestière de l’extérieur du Québec pour mieux réfléchir à l’aménagement forestier d’ici. Les chroniques récentes que j’ai faites sur les enjeux internationaux des forêts tenaient beaucoup au caractère exceptionnel du dossier de The Economist. Donc, lorsque suite à ces dernières chroniques j’ai reçu un courriel (en français) d’une représentante d’Asia Pulp & Paper me référant à un rapport de Greenspirit Strategic Ltd concernant leurs travaux en Indonésie : 1- j’ai été très surpris et quelque peu flatté (mon blogue s’est rendu loin!), 2- indécis et inquiet : traiter une nouvelle fournie par l’industrie… je pouvais anticiper les tomates virtuelles sur mon blogue! 3- je ne connais pas l’Indonésie et faire des liens avec le Québec risquait d’être chose difficile voire impossible.
J’ai donc commencé par chercher à comprendre le dossier pour voir dans quelle mesure je pouvais “traiter” cette information (d’où un délai plus long pour produire cette chronique…). En résumé : il est question d’une compagnie papetière (Asia Pulp & Paper) accusée par des groupes environnementaux, Greenpeace en particulier, de détruire l’écosystème forestier indonésien qui est essentiellement sous juridiction publique. Remplacez le nom de la compagnie par AbitibiBowater et “indonésien” par “québécois”, et vous êtes en terrain très connu! De fait, la stratégie et les arguments de Greenpeace apparaissent fondamentalement les mêmes quel que soit l’écosystème : des images fortes (des coupes), une espèce animale menacée (le tigre de Sumatra, “notre” caribou des bois), un débat sur le bilan de carbone et une campagne axée sur le boycott par les clients de cette compagnie (pour plus de détails : Pulping the Planet et Empires of Destruction). Donc “oui”, il y avait certainement une chronique à faire et trois éléments sont ressortis du lot, soit : le constat de Greenspirit Strategic Ltd, la réaction d’Asia Pulp & Paper face à cette campagne et une petite réflexion sur notre perception du rôle de l’industrie forestière dans notre histoire. Je vais essayer d’être aussi “synthétique” que possible!
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Réflexion « post – The Economist » : Mettons-nous trop d’efforts à protéger la forêt boréale ?
J’insiste… : ) Le dossier de The Economist mérite un réel détour pour quiconque veut avoir une vue d’ensemble sur les enjeux internationaux touchant les forêts. Dans mes trois dernières chroniques, je n’ai fait que résumer au mieux les principales idées. J’ai dû toutefois laissé de côté plusieurs éléments très intéressants pour éviter un allongement exponentiel de mes chroniques.
Un premier constat : la déforestation à l’échelle planétaire est un problème qui demande une solution globale qui dépasse la seule question environnementale. De fait, la pauvreté est au coeur du problème. Comme le mentionnait le Président sortant du Brésil Lula Da Silva à la Conférence de Copenhague “I don’t want any gringos asking us to let an Amazon resident die of hunger under a tree”. En tant que pays riche, on ne peut pas se contenter de voeux pieux si on souhaite vraiment préserver les forêts tropicales humides. Il faudra que l’on y mette de l’argent! Et si la Norvège, grâce à son pétrole, apparaît comme le premier leader dans le domaine, il n’y a aucune raison, sauf celle de la volonté politique…, pour que le Canada ne puisse faire de même considérant l’abondance de ses ressources gazières et pétrolières.
The Economist : 3- La part des pays industrialisés pour sauver les forêts tropicales humides
La revue britannique The Economist a publié, dans son numéro du 25 septembre 2010, un numéro spécial sur les forêts et, surtout, comment les sauver. Je vais prendre quelques chroniques pour faire un survol des principaux points développés dans ce dossier essentiel pour quiconque veut comprendre les principaux enjeux internationaux liés aux forêts.
Aujourd’hui : La part des pays industrialisés pour sauver les forêts tropicales humides (de fait, c’est surtout de ces forêts dont il est question dans ce dossier!)
Un cas en juin 2009. Celui d’un procureur de l’État de Parà au Brésil qui a été en mesure d’établir une chaîne de traçabilité entre des ranchs installés illégalement et des grandes chaînes de détaillants (Wal-Mart, Carrefour et autres non mentionnés) de pays industrialisés. Il a alors donné une amende de 1,2 milliard de $ aux abattoirs qui s’approvisionnaient de ces ranchs illégaux et a menacé d’en faire autant auprès des détaillants qu s’approvisionnaient auprès de ces abattoirs. Une nuit. C’est ce que ça a pris pour que les détaillants cessent de s’approvisionner de la province de Parà.
Les détaillants occidentaux sont sensibles à la mauvaise publicité. Et c’est sous cet angle-là que les choses bougent. Greenpeace travaille beaucoup en ce sens et a fait récemment changé la politique de Nestlé concernant son approvisionnement en huile de Palme.
The Economist : 2- Des stratégies pour sauver les forêts de la Terre
La revue britannique The Economist a publié, dans son numéro du 25 septembre 2010, un numéro spécial sur les forêts et, surtout, comment les sauver. Je vais prendre quelques chroniques pour faire un survol des principaux points développés dans ce dossier essentiel pour quiconque veut comprendre les principaux enjeux internationaux liés aux forêts.
Aujourd’hui : Des stratégies pour sauver les forêts de la Terre
Trois grandes stratégies sont retenues dans cet article, soit :
1- Associer un coût ($) d’opportunité au fait de couper une forêt
On peut facilement mesurer les revenus associés à transformer une forêt en terre agricole ou produire de l’huile de palme. Jusqu’à tout récemment cependant, il n’y avait pas d’outils pour être capable d’estimer « combien cela nous coûte-t-il de remplacer la forêt? ». C’est à cette tâche, soit d’estimer le coût d’opportunité de faire disparaître une forêt, que ce sont attelés des « économistes de l’écosystème forestier » (des économistes de l’écosystèmique?).
« The Economics of Ecosystems and Biodiversity » (TEBB) est un Think Tank supporté par les Nations-Unies et ayant pour mission d’estimer ce coût d’opportunité. Ce groupe a estimé globalement les coûts de la déforestation entre 2 et 4,5 mille milliards (trillions) $/an. Exemple : le groupe a estimé que la « seule » contribution des forêts à l’agriculture sud-américaine par le biais de sa régulation du cycle continental de l’eau valait entre 1 et 3 milliards $/an (billions), ce qui est une estimation conservatrice.
Dans la même logique, il y a le projet américain « Integrated Valuation of Ecosystem Services and Tradeoffs » (InVEST) qui est un logiciel permettant d’estimer la valeur des services de l’écosystème forestier.
L’espoir est que ces initiatives contribuent à mettre en place un système de « Payment for ecosystem service (PES) » à grande échelle, un espoir qui pour l’instant est synonyme de REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation), un des rares succès du Sommet de Copenhague sur le climat de 2009.
The Economist : 1- Les plus grandes menaces pour les forêts de la Terre
La revue britannique The Economist a publié, dans son numéro du 25 septembre 2010, un numéro spécial sur les forêts et, surtout, comment les sauver. Je vais prendre quelques chroniques pour faire un survol des principaux points développés dans ce dossier essentiel pour quiconque veut comprendre les principaux enjeux internationaux liés aux forêts.
Aujourd’hui : Les plus grandes menaces pour les forêts de la Terre
Au mois de mai dernier, il a été grand cas de l’entente sur la forêt boréale entre un grand groupe d’industriels forestiers regroupés sous le chapeau de l’Association des produits forestiers du Canada (APFC) et plusieurs groupes environnementaux. Une entente touchant 72 millions d’hectares de forêt canadienne (et québécoise). Malgré le côté spectaculaire de cette annonce, cet effort ne semble pas très bien côté pour répondre aux enjeux internationaux (Yet such progress tends to be exaggerated, and even if it were real it would be insufficient because of two huge threats to the forest – p. 5 du dossier). Quels sont donc ces deux grands enjeux internationaux menaçant les forêts?
1- Les changements climatiques
À terme, si les prévisions s’avèrent, la délimitation des écosystèmes forestiers planétaires sera reconfigurée et cela ne se fera pas sans douleur. Les conditions climatiques vont favoriser de plus grandes périodes de sécheresse, des risques accrus de feux et d’épidémies d’insectes. La forêt tropicale humide (rainforest) serait particulièrement touchée par ces changements, causant une partie de sa disparition et le dégagement de gaz à effet de serre.
2- La démographie
La population humaine s’accroit. D’ici 40 ans, on prévoit l’ajout de 3 milliards de bouches à nourrir. Un accroissement qui devrait se produire principalement dans des pays en développement possédant une forêt tropicale humide. Non seulement la demande en produits agricoles va s’accroître, mais la demande en bois et biocarburant va elle aussi s’accroître.
Deux cas sont présentés, soit l’Indonésie et le Congo. Le premier a déjà tranformé une partie de sa forêt tropicale humide pour produire de l’huile de palme (que l’on retrouve dans plusieurs des produits que nous consommons). Le second est le Congo. Dans les 40 prochaines années, sa population devrait passer de 70 millions à 140 millions. Cet accroissement, combiné à un engagement de la Chine de rénover 6 000 km de route en échange, semble-t-il, de pouvoir transformer sur une grande échelle de la forêt en huile de palme, fait craindre le pire.
La prochaine chronique: des stratégies pour sauver les forêts! « Oui », il y a un espoir… : )
Le Plan Nord ontarien : une inspiration pour le Québec?
On n’en a pas entendu parlé au Québec, mais le gouvernment de l’Ontario a adopté le 23 septembre dernier une loi sur leur Plan Nord. Un plan ambitieux. Le projet de Loi couvre 450 000 km2 du territoire ontarien dont 50% (225 000 km2, soit 21% du territoire ontarien) serait protégé. Il est question ici d’un réseau d’aires protégées intereliées.Tout comme au Québec, ce plan vise clairement, à tout le moins dans ses intentions législatives, à associer les communautés autochtones au Plan Nord. Or, ces dernières sont littéralement furieuses. C’est une levée de bouclier contre ce Plan. Elles accusent le gouvernment ontarien de décider de leur développement pour elles.
À souligner que les critiques ne sont pas seulement du côté des communautés autochtones.
Il y a là des éléments de réflexion pour le Québec :
- Une bonne intention législative ne se traduit pas toujours avec les résultats escomptés sur le terrain
- L’acceptabilité sociale d’une aire protégée n’est pas garantie. Particulièrement de la part de communautés qui vivent de la forêt.
- Peut-on sérieusement bâtir un Plan Nord sans un clair appui des communautés autochtones?
Comme le projet québécois couvre 1,2 million de km2, soit 72% de la superficie du Québec, espérons que nous saurons apprendre des leçons de nos voisins!
Géopolitique du dendroctone du pin
Intéressante analyse sur les impacts du dendroctone du pin ponderosa (bark beetle) dans le Forestry Source (p.5) de juillet dernier. Selon le principe « Le malheur des uns fait le bonheur des autres », l’auteur s’attarde aux bénéfices que pourrait tirer l’industrie américaine des malheurs de la Colombie-Britanique. Les points qu’il avance sont basés sur le rapport BC interior : Mountain Pine Beetle Attack (International Wood Markets Group, disponible via $) sont :
– À terme, l’épidémie aura tué 90% des forêts de pins en Colombie-Britannique (distribution du lodgepole pine en Colombie-Britannique)
– Avant l’épidémie, la Colombie-Britannique produisait annuellement 10,5 millions de pied-planche (board feet)
– L’épidémie a amené la province à produire 15 millions de pied-planche en 2005, soit presque le quart de toute la consommation de bois d’oeuvre consommée aux États-Unis cette année-là.
– Depuis ce sommet, 12 scieries et/ou de veneer ont fermé et 16 de plus devraient suivre d’ici 2018.
– D’ici là, la demande devrait recommencer à s’accroître aux États-Unis et elle s’accroît déjà en Chine. Or, ce dernier pays, dû à des incertitudes concernant son approvisionnement en bois en Russie, a dernièrement accru son approvisionnement de la Colombie-Britannique pour devenir le deuxième marché d’exportation de la province.
En résumé, d’ici les 10 prochaines années :
– Il devrait y avoir une croissance de la demande de bois de sciage aux États-Unis mais la Colombie-britannique, ne sera pas en mesure de répondre à la demande en plus d’être peut-être de plus en plus dépendante de la Chine comme marché d’exportation. Tout cela devrait contribuer à accroître le prix du bois aux États-Unis.
Il ne dit aucun mot du Québec dans sa réflexion. Toutefois, si cette analyse devait s’avérer juste, les scieries québécoises qui auront réussi à traverser la crise auront potentiellement de belles opportunités devant elles.
Figure. Superficies annuelles défoliées à au moins 30% par le dendroctone du pin en Colombie-Britannique de 1975 – 2009. Aussi, récolte totale des résineux (m3) depuis 1970. (Source : Base de données nationale sur les forêts – note : les données comportent de nombreuses précisions en bas de page que je n’ai pas incluses ici pour fins de clarté)

