Des extinctions de masse

Ce texte est une synthèse des deux premiers chapitres de mon livre à paraître, je l’espère bien, en 2027.
Il est aujourd’hui commun d’entendre parler de la «sixième extinction de masse» en référence à la crise de biodiversité planétaire que nous vivons. L’affirmation ne semble souffrir d’aucun doute. Toutefois, un duo de chercheurs a récemment publié une série de textes qui, au minimum, justifient d’ouvrir la réflexion sur la question.
Plus encore, si l’on creuse le «dossier» des extinctions de masse, de nombreuses interrogations apparaissent avec peu de réponses faisant consensus. La première et non la moindre étant : qu’est-ce qu’une extinction de masse? Étonnamment, la réponse n’est pas simple. Et si une définition semble avoir la faveur dans le monde de la paléontologie, elle n’est toutefois pas utilisée par les partisans de l’hypothèse que nous sommes dans la sixième extinction de masse. Il faut aussi noter que si de référer à une sixième extinction suggère que les cinq premières sont solidement établies, dans les faits on pourrait très bien parler de la seconde… ou de la dix-neuvième, tout dépendant de la définition retenue et des outils d’analyse utilisés!
Finalement, les recherches en paléobiologie ont établi qu’une crise de la biodiversité n’est pas nécessairement une extinction de masse. En fait, non seulement les extinctions sont communes dans l’histoire de la vie sur Terre, mais aussi une crise de biodiversité peut simplement rester cela : une crise, sans plus.
Détails…
Une sixième extinction de masse?
John J. Wiens est un professeur à l’Université d’Arizona. Kristen E. Saban est une étudiante-chercheuse à l’Université d’Harvard. En 2025, les deux ont conjointement publié trois articles scientifiques s’attaquant à l’idée que la crise de la biodiversité que nous vivons ne se qualifie pas en tant qu’extinction de masse.
L’article qui a fait le plus réagir est celui s’attaquant directement à cette idée et qui s’intitule Questioning the sixth mass extinction. Wiens et Saban y développent leur argumentaire sur la base de sept points.
Il convient ici de préciser qu’ils ne remettent pas en question le fait qu’il y ait une crise de la biodiversité. Leur argumentaire concerne le nom à lui donner, ou dans ce cas-ci celui à ne pas lui donner, soit «extinction de masse». Pour les citer :
Nous sommes convaincus que la Terre est sur le point de vivre une perte majeure de biodiversité. Nous sommes cependant sceptiques que l’actuelle crise de biodiversité soit un évènement d’extinction de masse. [traduction]
—Wiens et Saban 2025, p. 378
Wiens et Saban 2025 : de l’étude
Avant de détailler les arguments de Wiens et Saban, il convient de présenter leur approche méthodologique et autres considérations contextuelles.
Leur point de départ fut de recenser toutes les études scientifiques concluant au fait que nous sommes dans le processus d’une sixième extinction de masse. Une petite surprise apparaît déjà ici : il y a seulement 14 études scientifiques. Ce qui apparaît peu pour une idée aussi largement répandue. À noter que des livres ont aussi été publiés sur le sujet, mais ne sont pas l’objet de l’analyse de Wiens et Saban. En contexte toutefois, notons que l’article-référence sur les cinq premières grandes extinctions a été publié en 1982. Ce qui est somme toute assez récent. Il est présenté un peu plus loin.
Aussi, le mot «processus» est à souligner. La sixième extinction de masse n’est pas consommée. Il est clair dans tous les écrits que nous sommes dans le processus de… avec des options de l’éviter si nous intervenons décisivement dans la conservation des espèces.
Et pour prendre la mesure du seuil que cela prendrait pour officialiser la sixième extinction de masse, le pourcentage à retenir est 75 %. Il s’agit de la proportion de toutes les espèces de la Terre qui devraient être déclarées éteintes. C’est d’ailleurs là un gros argument de Wiens et Saban pour douter : les projections d’extinctions d’espèces sont élevées, mais restent très loin de ce seuil de 75 %.
À souligner que ce pourcentage a tout d’abord été mis de l’avant par une étude publiée en 1994 (Extinctions in the fossil record) avant d’être repris par l’article scientifique le plus cité parmi les quatorze recensés, soit Has the Earth’s sixth mass extinction already arrived?
Dernier point notable à mentionner, plusieurs des 14 études analysées par Wiens et Saban n’avaient tout simplement aucun critère pour définir pourquoi ils concluaient que nous étions dans le processus de la sixième extinction de masse; pas même le 75 %. Certes, ils démontraient que certaines catégories de la biodiversité subissaient les effets des extinctions, mais c’est tout. Cela laisse en soi songeur.
Passons maintenant aux arguments qui justifient, selon Wiens et Saban, que nous ne sommes pas dans le processus d’une 6e extinction de masse.
Sept arguments pour douter
Dans combien de temps la sixième extinction va-t-elle être officielle?
Comme souligné ci-haut, le seuil retenu pour officialiser la 6e extinction de masse est la perte de 75 % des espèces de la planète. Nous en sommes très loin.
Les données d’extinctions les plus précises que nous ayons sont tirées de la Liste rouge de l’UICN qui couvre les extinctions des 500 dernières années. Cette Liste est d’ailleurs à la source de nombreuses recherches dans le domaine. Sur cette base, Wiens et Saban ont calculé que < 0,1 % des espèces de tout le vivant répertorié (> 2 millions d’espèces) avaient été déclarées éteintes dans les 500 dernières années.
Quant au temps que cela va prendre pour atteindre le seuil de 75 %, Wiens et Saban notent que les recherches n’offrent aucun consensus. Cela peut aller de quelques milliers à un million d’années. Quant au seul scénario qui atteindrait ce seuil dans les prochaines centaines d’années, il implique un postulat très peu probable. Pour cela, il faudrait que toutes les espèces actuellement menacées soient effectivement éteintes dans le prochain siècle. De plus, ce rythme d’extinctions se transposerait aux espèces actuellement non menacées. Aucune explication ne semble être avancée pour expliquer par quel mécanisme cela se produirait.
Les seuls taux élevés d’extinctions ne sont pas synonymes d’extinction de masse
C’est probablement là l’argumentaire le plus fondamental. Ce sont les taux élevés d’extinction des 500 dernières années, comparés aux taux d’extinctions historiques, dont ceux des cinq extinctions de masse, qui sont à la base de bien des conclusions quant au fait que nous serions dans le processus d’une sixième extinction de masse.
C’est cependant un argumentaire avec beaucoup de considérations théoriques, car on compare des taux d’extinctions tirés des 500 dernières années avec des taux parfois mesurés sur des millions d’années. La Figure ci-dessous, tirée de Wiens et Saban résume le problème de procéder ainsi.

En résumé, les taux d’extinctions sont dépendants de la période de temps sur laquelle on les mesure. Plus la période est longue, plus les taux sont bas. Et il est tout à fait normal d’avoir des taux élevés d’extinctions lorsque l’on prend des périodes de référence aussi courtes que 500 ans.
L’autre grand problème est exprimé par la seconde Figure présentée ci-dessous. Lorsque l’on compare les taux d’extinctions contemporains avec ceux du passé, l’approche conventionnelle est d’utiliser un taux d’extinctions «de fond» (background) constant. Or, comme exprimé par cette Figure, les taux d’extinctions sont extrêmement variables dans le temps! Et comme le notent Wiens et Saban, cette variabilité n’est pas prise en compte.

Pour une petite parenthèse méthodologique liée à la Figure ci-haut, les «genres» sont la première entrée dans la classique présentation des espèces (ex : Pinus strobus, le pin blanc, Pinus représente le genre). Les sous-âges sont la plus courte délimitation temporelle de la Commission internationale de stratigraphie (Éon>Ère>Période>Époque>Âge>Sous-Âge). C’est cette Commission qui définit les unités de temps géologiques, comme, par exemple, le fait que nous sommes à l’époque de l’Holocène. Finalement, s’il est référé aux genres d’espèces marines, c’est que les données fossiles qui servent à ces échelles de temps géologiques sont toujours liées à des «espèces» marines. L’article présenté plus bas qui a défini les cinq premières extinctions de masse est basé exclusivement sur des «espèces» marines. Et si je mets des guillemets à «espèces», c’est que les données fossiles sont, au mieux, précises à l’échelle du genre. Le fait que l’on puisse parler d’un seuil de 75 % d’espèces est en fait le résultat d’une petite gymnastique arithmétique qui associe la proportion contemporaine d’espèces par genre aux genres fossiles.
Les récentes extinctions (500 dernières années) sont biaisées à plus d’un égard
Pour déterminer que nous sommes dans une 6e extinction de masse, une approche consiste à extrapoler les taux d’extinctions des 500 dernières années dans le futur. Or, Wiens et Saban notent que les 3/4 des extinctions étaient le fait d’espèces endémiques à des îles. De plus, dans ces cas, les espèces ont été principalement victimes d’espèces envahissantes alors que sur les continents cet enjeu est moins un problème. C’est dire qu’il est peu valable d’extrapoler des taux d’extinctions principalement basés sur des îles à des espèces présentes sur la terre ferme.
Toutes les espèces ne sont pas menacées
Comme d’ailleurs déjà noté dans une précédente chronique, Wiens et Saban rappellent que la Liste rouge de l’UICN contient en fait une majorité d’espèces qui ne sont pas menacées. Et, en écho au point 1, ils soulignent à quel point il est étonnant d’extrapoler à des espèces que la Liste rouge juge aujourd’hui comme non menacées des taux d’extinctions associés aux espèces actuellement menacées.
Mais plus encore, ils mentionnent que les changements climatiques pourraient d’ici un siècle ou moins causer la perte de 20 % à 30 % des espèces. Mais autant ces pourcentages annoncent un évènement catastrophique, autant ils sont bien loin de 75 %.
Penser aux efforts de conservation
Les taux d’extinctions sur lesquels sont basés les études sur la 6e extinction de masse sont principalement des histoires du passé. Aujourd’hui, Wiens et Saban observent que les nombreux efforts de conservation ont de réels effets positifs pour réduire les taux d’extinctions. C’est là une variable qui rend évitable les extinctions du futur basées sur des taux du passé.
Est-ce que les présentes menaces à la biodiversité vont se perpétuer pour les centaines d’années à venir?
Wiens et Saban reprennent l’exemple du changement climatique pour mentionner que selon différents scénarios, les impacts de ce phénomène devraient atteindre un pic d’ici 50 ans. De façon générale, il y a trop d’incertitudes tant sur les menaces futures à la biodiversité que sur les mesures qui pourraient être prises pour la préserver pour pouvoir projeter dans le futur des taux d’extinctions basés sur le passé.
Les études sur la 6e extinction de masse ignorent très souvent l’essentiel de la biodiversité
Wiens et Saban soulignent que bien des études concluant que nous sommes dans la 6e extinction de masse ne s’attardent qu’aux vertébrés terrestres. Or, ces derniers ne représentent qu’une infime portion de la biodiversité connue (≈ 2,4 %). Les chercheurs précisent qu’environ la moitié des espèces décrites sont des insectes. Donc, nécessairement, si l’on doit atteindre le 75 % d’espèces éteintes pour déclarer une 6e extinction de masse, ce sont les insectes qui vont surtout en souffrir. Et s’ils reconnaissent que des déclins ont été identifiés chez ces derniers, il y a beaucoup d’inconnues sur le nombre d’insectes qui pourrait effectivement disparaître.
Extinctions de masse : regards après 40 ans de recherches
Point de départ et premières contestations
Comme mentionné, le fait que nous parlions autant d’une 6e extinction de masse sous-entend que les cinq premières sont solidement établies. Toutefois, il appert aujourd’hui que si l’on réfère toujours à cinq grandes extinctions de masse, c’est plus par convention dans le contexte d’un manque de consensus sur leur nombre exact. Et pour bien comprendre le débat, il convient de présenter la publication scientifique à la source de toutes les réflexions sur le sujet, soit celle de Raup et Sepkoski intitulée Mass extinctions in the marine fossil record (1982).

Pour des questions de droits d’auteurs, je ne peux publier la Figure originale, mais récemment un chercheur l’a reproduite sous licence Creative Commons. Par l’occasion, il l’a aussi mise à jour avec les données les plus récentes (Figure ci-contre).
La Figure originale, la «courbe de Sepkoski», qui a défini les cinq premières extinctions de masse, c’est celle du bas, avec les familles d’espèces marines (de fait, lorsque l’on parle de la 6e extinction de masse, on transpose des taux d’extinctions dans les océans à des espèces terrestres). C’est dire qu’à cette époque, M. Sepkoski n’avait pas de données assez précises pour travailler au «genre» près. Encore moins à celle des espèces…
Dès 1983, un professeur de l’Université de Californie (M. Quinn) contesta cette analyse statistique et conclut qu’il n’y avait aucun évènement d’extinction statistiquement distinct.
Quoique l’analyse de messieurs Raup et Sepkoski prévalut alors, cette contestation de M. Quinn initia un débat fondamental au cœur du champ de recherche des extinctions de masse : est-ce qu’il y a deux types d’extinctions ou plutôt un gradient?
L’approche statistique de Raup et Sepkoski avait pour postulat la première vision qui veut qu’il y ait des extinctions de masse qui se distinguent statistiquement des extinctions «de fond», soit un taux «naturel» d’extinctions. D’un autre côté, il y a la vision promue par M. Quinn où il y a seulement des évènements avec différents gradients d’extinctions.
À ce sujet, l’auteur de la Figure ci-contre, M. Marshall, a conclu dans un article de 2023 que le postulat sur lequel s’étaient basés Raup et Sepkoski était «obsolète». Selon lui, les cinq grandes extinctions de l’histoire de la vie sur Terre devraient plutôt être appelées les cinq «plus grandes»; une nuance importante. Toutefois, à défaut de se distinguer statistiquement, les extinctions de masse se démarquent qualitativement : elles éliminent des représentants majeurs de la biodiversité et apportent par le fait même des modifications fondamentales à l’assemblage de la biodiversité planétaire.
Tous ces débats posent la question : combien y a-t-il eu d’extinctions de masse? Et pour y répondre, il convient tout d’abord de définir qu’est-ce qu’une extinction de masse.
Définition et nombres
L’article de messieurs Raup et Sepkoski n’en proposait aucune. Il s’agissait essentiellement d’une analyse statistique basée sur le postulat que les extinctions de masse se distinguaient des extinctions «de fond».
Ce n’est que quelques années plus tard que M. Sepkoski proposa une définition qui se lit ainsi :
Une extinction massive désigne toute augmentation significative du nombre d’extinctions (c’est-à-dire la disparition d’une lignée) subies par plusieurs taxons supérieurs répartis sur une vaste zone géographique au cours d’un intervalle géologique relativement court, entraînant un déclin, au moins temporaire, de leur diversité actuelle. [traduction]
— Tirée de Bambach 2006, p. 128
Malgré qu’elle laisse une large place à l’interprétation, cette définition est souvent reprise dans le monde de la paléontologie. Et pour en prendre la mesure, notons que la seule disparition des dinosaures lors de la plus récente (et la plus connue) extinction de masse n’aurait pas suffi à elle seule à la classer dans cette catégorie. C’est parce qu’il y a eu des extinctions dans d’autres grands groupes de la biodiversité que la définition de Sepkoski la reconnaît comme telle.
Une des études les plus notables mettant en application cette définition est celle de Bambach en 2006.
En contexte, les données fossiles servant aux analyses des extinctions de masse ont un niveau de précision variable. Une des bases de données les plus connues est justement celle de M. Sepkoski. Décédé en 1999, son Compendium regroupant 36 000 genres de fossiles d’animaux marins fut publié à titre posthume en 2002.
M. Bambach a analysé ces données fossiles sur la base de cinq méthodologies différentes tirées d’autant d’études. Il a aussi utilisé les sous-âges, soit une délimitation temporelle des temps géologiques qui n’était pas disponible au moment de la publication de Raup et Sepkoski en 1982.
Le résultat est présenté à la Figure ci-dessous. M. Bambach arrive à un total de 18 extinctions de masse qui respectent pleinement la définition de M. Sepkoski.

Quel type de crise?
Certains chercheurs ont poussé l’analyse à qualifier le type de crise de biodiversité rencontrée dans le passé. Bocchi et collab. (2022) présentent une synthèse de ces approches dans leur article Are We in a Sixth Mass Extinction? The Challenges of Answering and Value of Asking.
On retrouverait deux principales catégories de crise de la biodiversité : les crises taxonomiques et les crises écologiques.
Les premières sont liées au pourcentage de taxons qui ont disparu dans une période de temps donnée (taxon = Unité formelle représentée par un groupe d’organismes, à chaque niveau de la classification [Petit Robert]).
Les crises écologiques réfèrent à la perte de certaines catégories de taxons (ex : prédateurs au sommet de la chaine alimentaire) dont la disparition a amené des bouleversements écologiques.
Ces deux types de crises peuvent être découplées comme l’ont montré McGhee et collab. (2013). Par exemple, la crise qui a vu la disparition des dinosaures est en milieu de peloton pour ce qui est de la gravité taxonomique, mais est en deuxième place en termes de gravité écologique.
Et selon cette approche, c’est lorsque l’on peut autant parler de crise taxonomique que de crise écologique que l’on est en présence d’une extinction de masse.
Petites extinctions deviendront grandes
Lorsque l’on réfère à des extinctions de masse, on peut avoir tendance à penser qu’elles sont les principales responsables des extinctions d’espèces dans l’histoire de notre planète. Tant s’en faut si l’on se fie à Raup (1991).
Ce dernier a développé un modèle de probabilité d’extinctions des espèces sur la base du Compendium des genres de la faune marine de Sepkoski (Compendium alors non publié, mais offert à titre gracieux). Le nombre d’espèces a été estimé grâce à des simulations.
Sur la base d’une période de simulation couvrant 600 millions d’années, son modèle a produit une courbe en J-inversé faisant ressortir que 40 % du total des extinctions d’espèces auraient eu lieu lors d’évènements d’extinctions mineurs (<5 % des espèces éteintes). En fait, plus de 90 % des extinctions se retrouvent hors extinctions de masse! C’est dire que si ces dernières ont eu des impacts uniques sur la biodiversité planétaire, elles n’ont globalement représenté qu’un très faible pourcentage des extinctions d’espèces dans l’histoire de la vie sur Terre.
La vie après la mort
Finalement, si les extinctions de masse ont une connotation essentiellement négative, ce n’est pas l’avis de tous. Dans un article intitulé Lessons from the past: evolutionary impacts of mass extinctions (2001), M. Jablonski détaille comment ces grandes extinctions ont influencé la biodiversité de la Terre. Et nous sommes particulièrement concernés, car l’extinction qui a mis fin aux dinosaures terrestres a ouvert une ère de grandes diversifications chez les mammifères. Ce qui éventuellement amena à Homo sapiens…
Mot de la fin
Avec leur article de 1982 sur la présence de cinq extinctions de masse dans l’histoire de la vie sur Terre, Raup et Sepkoski ont non seulement donné une grande impulsion à un domaine de recherche scientifique, mais ont aussi frappé l’imaginaire. Depuis, plusieurs voient dans les enjeux de biodiversité que nous vivons aujourd’hui à l’échelle planétaire les signes d’une 6e extinction de masse.
Toutefois, si en 1982 les connaissances sur les extinctions de masse étaient fragmentaires, quelque 40 ans plus tard les choses ont bien changé. En particulier, il est évident que les extinctions ont toujours fait partie du paysage de la vie sur Terre; parfois en la modifiant de façon substantielle. Pour un exemple probant, sans la fin des dinosaures il est peu probable que les mammifères auraient pu se développer comme ils l’ont fait et donner naissance à Homo sapiens. La grande histoire nous apprend donc que parler d’extinctions c’est aussi parler de nouvelles formes de vie qui se développent. Et qu’à l’échelle de la vie sur Terre, les qualificatifs comme «effondrement» ou «perte d’intégrité écologique», qui font très peur aujourd’hui, font partie d’un processus naturel créateur de vie.
Quant à la 6e extinction de masse, il conviendrait qu’il y ait une définition bien reconnue sur ce que représente ce type d’événement avant de prétendre que nous en vivons un. La crise actuelle de la biodiversité est réelle. Mais ce n’est pas la première ni probablement la dernière que vivra notre planète. De toutes les crises, une infime minorité en fait, méritent le statut «de masse». Et pour l’instant, comme argumenté par Wiens et Saban, il y a de bonnes raisons de penser que ce qualificatif n’est pas adapté à ce que nous observons.
Bibliographie
Bambach. 2006. Phanerozoic biodiversity mass extinctions.
Barnosky et collab. 2011. Has the Earth’s sixth mass extinction already arrived?
Bocchi et collab. 2022. Are We in a Sixth Mass Extinction? The Challenges of Answering and Value of Asking.
Jablonski. 2001. Lessons from the past: evolutionary impacts of mass extinctions.
Jablonski. 1994. Extinctions in the fossil record.
Marshall. 2023. Forty years later: The status of the « Big Five » mass extinctions.
McGhee et collab. 2013. A new ecological-severity ranking of major Phanerozoic biodiversity crises.
Quinn. 1983. Mass extinctions in the fossil record.
Raup. 1991. A kill curve for Phanerozoic marine species.
Raup et Sepkoski. 1982. Mass extinctions in the marine fossil record.
Saban et Wiens. 2025. Unpacking the extinction crisis: rates, patterns and causes of recent extinctions in plants and animals.
Wiens et Saban. 2025. Questioning the sixth mass extinction.
Wiens et Saban. 2025. Recent extinctions of plant and animal genera are rare, localized, and decelerated.
