{"id":6649,"date":"2023-08-29T15:49:24","date_gmt":"2023-08-29T19:49:24","guid":{"rendered":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/?p=6649"},"modified":"2023-08-30T06:41:57","modified_gmt":"2023-08-30T10:41:57","slug":"forets-quebecoises-champlain-boucher","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/forets-quebecoises-champlain-boucher\/","title":{"rendered":"Visite des for\u00eats qu\u00e9b\u00e9coises am\u00e9nag\u00e9es avec Samuel de Champlain et Pierre Boucher"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Champlain_Parlement.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Champlain_Parlement.jpg\" alt=\"Statue de Champlain au parlement de Qu\u00e9bec\" class=\"wp-image-6683\" style=\"width:760px\" width=\"760\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Champlain_Parlement.jpg 1024w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Champlain_Parlement-350x258.jpg 350w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Champlain_Parlement-768x566.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Statue de Champlain au parlement de Qu\u00e9bec (photo&nbsp;: J.&nbsp;Riopel)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un grand objectif de l\u2019actuelle politique d\u2019am\u00e9nagement des for\u00eats publiques du Qu\u00e9bec est de pr\u00e9server les \u00e9cosyst\u00e8mes forestiers dans des conditions les plus naturelles possibles. En cela, le Qu\u00e9bec vise \u00e0 contribuer \u00e0 la pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9, un enjeu environnemental international.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cette fin, la strat\u00e9gie est de maintenir les \u00e9cosyst\u00e8mes dans des conditions pr\u00e9industrielles, soit avant que l\u2019industrie foresti\u00e8re ne d\u00e9bute ses op\u00e9rations \u00e0 grande \u00e9chelle au Qu\u00e9bec il y a environ un si\u00e8cle. Le postulat voulant qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque les for\u00eats \u00e9taient alors naturelles, soit sans influence humaine notable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, depuis plusieurs ann\u00e9es, cette id\u00e9e de paysages vierges pr\u00e9industriels dans les Am\u00e9riques est fort contest\u00e9e. Une contestation qui a peu touch\u00e9 le Qu\u00e9bec, il faut dire. Pour autant, m\u00eame dans nos contr\u00e9es, il y a des indices qu\u2019avant la colonisation europ\u00e9enne les humains alors pr\u00e9sents influen\u00e7aient, par leurs am\u00e9nagements, tant les \u00e9cosyst\u00e8mes que leur biodiversit\u00e9 associ\u00e9e. Pour un exemple, dans un <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/pin-blanc-humanisation-ameriques\/\" data-type=\"post\" data-id=\"4540\" target=\"_blank\">pr\u00e9c\u00e9dent texte<\/a>, je faisais valoir que la pr\u00e9sence historique du pin blanc (<em>Pinus strobus<\/em> L.) en Mauricie avait certainement \u00e9t\u00e9 le fait d\u2019am\u00e9nagements humains et non le r\u00e9sultat de processus strictement naturels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la pr\u00e9sente chronique, je vais poursuivre la documentation des indices, voire les preuves des am\u00e9nagements pr\u00e9colombiens du territoire qu\u00e9b\u00e9cois via les t\u00e9moignages \u00e9crits laiss\u00e9s par Samuel de Champlain et Pierre Boucher (1622-1717, fondateur de Boucherville).<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Samuel de Champlain<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les extraits des \u00e9crits de Samuel de Champlain que je vais pr\u00e9senter sont tir\u00e9s du livre <em>Les Oeuvres compl\u00e8tes de Champlain<\/em>. L\u2019auteur en est l\u2019historien \u00c9ric Thierry et il fut publi\u00e9 en deux tomes aux \u00e9ditions Septentrion en 2019.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aussi, il faut souligner que si Champlain est surtout connu pour la fondation de \u00abl\u2019habitation\u00bb de Qu\u00e9bec en 1608, c\u2019\u00e9tait avant tout un explorateur compulsif (sauf contraint, il \u00e9tait toujours en mouvement). Je ne pr\u00e9sente ici que des extraits qui touchent ou sont \u00e0 proximit\u00e9 de l\u2019actuel territoire qu\u00e9b\u00e9cois, mais ses explorations dans les Am\u00e9riques ont largement d\u00e9pass\u00e9 ces seules d\u00e9limitations g\u00e9ographiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De plus, l\u2019auteur a agr\u00e9ment\u00e9 le texte d\u2019un grand nombre de notes utiles \u00e0 la compr\u00e9hension des \u00e9crits de Champlain que j\u2019ai incluses lorsque n\u00e9cessaire. Il a aussi actualis\u00e9 les \u00e9crits en fran\u00e7ais moderne pour faciliter la lecture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Finalement, il faut garder \u00e0 l\u2019esprit qu\u2019une \u00ablieue\u00bb \u00e9quivaut \u00e0 4 ou 4,5&nbsp;km sur le fleuve Saint-Laurent et \u00e0 3,4&nbsp;km \u00abplus \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres\u00bb. Une \u00abbrasse\u00bb correspond \u00e0 environ 1,6&nbsp;m. Un \u00abpas\u00bb \u00e9quivaut quant \u00e0 lui \u00e0 environ 0,75&nbsp;m.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Qu\u00e9bec en 1603<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme premier extrait, je vais pr\u00e9senter la description, par Champlain, de la r\u00e9gion de Qu\u00e9bec lors de son voyage inaugural en 1603. Ce sera aussi l\u2019occasion de discuter des incertitudes li\u00e9es \u00e0 ses descriptions botaniques.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous v\u00eenmes mouiller l\u2019ancre \u00e0 Qu\u00e9bec, qui est un d\u00e9troit de ladite rivi\u00e8re de Canada, qui a quelque 300&nbsp;pas de large. Il y a \u00e0 ce d\u00e9troit, du c\u00f4t\u00e9 nord, une montagne assez haute [Cap Diamant], qui va en s\u2019abaissant des deux c\u00f4t\u00e9s. Tout le reste est un pays uni et beau, o\u00f9 il y a de bonnes terres pleines d\u2019arbres, comme des ch\u00eanes, des cypr\u00e8s, des bouleaux, des sapins et des trembles, et d\u2019autres arbres fruitiers sauvages, et des vignes, ce qui fait que, selon mon opinion, si elles \u00e9taient cultiv\u00e9es, elles seraient bonnes comme les n\u00f4tres. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Thierry, p.&nbsp;187<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Identifications et incertitudes<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout d\u2019abord, il convient de discuter du \u00abcypr\u00e8s\u00bb. Selon Asselin et collab. (2014), les auteurs de <em>Curieuses histoires de plantes du Canada<\/em> (Tome&nbsp;1, Septentrion), il s\u2019agirait du c\u00e8dre, soit le thuya du Canada (<em>Thuja occidentalis<\/em> L.). Ces auteurs pr\u00e9cisent d\u2019ailleurs que Champlain utilise \u00abc\u00e8dre\u00bb dans une premi\u00e8re version du texte avant de passer \u00e0 \u00abcypr\u00e8s\u00bb dans la version suivante (p.&nbsp;119). Ces derniers rel\u00e8vent aussi que Champlain utilise l\u2019expression \u00abc\u00e8dre blanc\u00bb pour r\u00e9f\u00e9rer au thuya (p.&nbsp;119 et 125). De fait, Champlain a publi\u00e9 diff\u00e9rentes versions de ses \u00e9crits qui ne concordent pas toujours en tout! En particulier, sa constance dans les appellations botaniques ne semble pas avoir \u00e9t\u00e9 sa plus grande force.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce texte, les r\u00e9f\u00e9rences aux \u00abcypr\u00e8s\u00bb, \u00ab\u202fc\u00e8dres\u202f\u00bb ou aux \u00abc\u00e8dres blancs\u00bb seront toutes pr\u00e9sum\u00e9es \u00eatre li\u00e9es au thuya du Canada.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il peut aussi y avoir un questionnement quant \u00e0 quels bouleaux faisait r\u00e9f\u00e9rence Champlain. Dans <em>Curieuses histoires de plantes du Canada<\/em>, qui s\u2019attarde aux d\u00e9buts de la colonisation fran\u00e7aise (et avant), seuls deux bouleaux sont discut\u00e9s&nbsp;: le bouleau \u00e0 papier (<em>Betula papyrifera<\/em> Marsh.) et le bouleau gris (<em>Betula populifolia<\/em> Marsh.). Il n\u2019est aucunement question du bouleau jaune (<em>Betula alleghaniensis<\/em> Britt.). Sans exclure la pr\u00e9sence de ce dernier, consid\u00e9rant la pr\u00e9sence de trembles avec lesquels est associ\u00e9 le bouleau blanc (Les arbres du Canada, Farrar 1996), il est probable que Champlain faisait surtout r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce dernier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Finalement, dans un extrait pr\u00e9sent\u00e9 plus bas et situ\u00e9 plus au sud du Qu\u00e9bec, Champlain distingue \u00abtrembles\u00bb et \u00abpeupliers\u00bb. Le seul \u00e9clairage que j\u2019ai trouv\u00e9 provient d\u2019\u00c9ric Thierry qui associe une des deux appellations au peuplier delto\u00efdes (<em>Populus deltoides<\/em> Bartr. ex Marsh.). Il est donc tr\u00e8s probable qu\u2019\u00e0 la hauteur de Qu\u00e9bec, Champlain a identifi\u00e9 le peuplier faux-tremble (le plus commun), car le peuplier delto\u00efdes ne se rencontre que tr\u00e8s marginalement dans l\u2019extr\u00eame sud du Qu\u00e9bec (Farrar 1996).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">De Qu\u00e9bec aux rapides de Lachine<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suite \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 Qu\u00e9bec, Champlain devait rapidement quitter ce lieu pour poursuivre ses explorations jusque dans l\u2019actuelle r\u00e9gion de Montr\u00e9al. Voici quelques extraits, en ordre chronologique, dont je discuterai l\u2019interpr\u00e9tation par la suite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la hauteur de Pointe-Platon (Domaine Joly-de-Lotbini\u00e8re)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[\u2026] Nous v\u00eenmes mouiller l\u2019ancre jusqu\u2019\u00e0 Sainte-Croix [Pointe au Platon], distante de Qu\u00e9bec de 15&nbsp;lieues. C\u2019est une pointe basse, qui va en se haussant des deux c\u00f4t\u00e9s. Le pays est beau et uni, et les terres meilleures qu\u2019en un autre lieu que j\u2019eusse vu, avec quantit\u00e9 de bois, mais fort peu de sapins et cypr\u00e8s. Il s\u2019y trouve en quantit\u00e9 des vignes, poires, noisettes, cerises, groseilles rouges et vertes, et certaines petites racines de la grosseur d\u2019une petite noix ressemblant au go\u00fbt \u00e0 des truffes qui sont tr\u00e8s bonnes r\u00f4ties et bouillies. Toute cette terre est noire, sans aucun rocher, sinon qu\u2019il y a grande quantit\u00e9 d\u2019ardoise. Elle est fort tendre, et si elle \u00e9tait bien cultiv\u00e9e, elle serait de bon rapport. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Thierry, p.&nbsp;188<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 noter que, lorsque Champlain fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des \u00abpoires\u00bb, on peut suspecter qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019am\u00e9lanchier glabre (<em>Amelanchier l\u00e6vis<\/em> Wieg.) dont le <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/aimfc.rncan.gc.ca\/fr\/arbres\/fiche\/403\" target=\"_blank\">synonyme est \u00abpetites poires\u00bb<\/a> avec une distribution s\u2019\u00e9tendant de Terre-Neuve au lac Sup\u00e9rieur (Farrar 1996).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la hauteur du lac Saint-Pierre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le samedi suivant, nous part\u00eemes des Trois-Rivi\u00e8res et v\u00eenmes mouiller l\u2019ancre \u00e0 un lac [Saint-Pierre], o\u00f9 il y a quatre lieues. Tout ce pays, depuis les Trois-Rivi\u00e8res jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e dudit lac, est une terre \u00e0 fleur d\u2019eau et, du c\u00f4t\u00e9 du sud, quelque peu plus haute. Ladite terre est tr\u00e8s bonne et la plus plaisante que nous eussions encore vue. Les bois y sont assez clairs, ce qui fait que l\u2019on pourrait les traverser ais\u00e9ment. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Thierry, p.&nbsp;191<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quittant le lac Saint-Pierre vers les \u00eeles \u00e0 la hauteur de Berthier&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[\u2026] Nous le travers\u00e2mes ce m\u00eame jour, et v\u00eenmes mouiller l\u2019ancre \u00e0 environ deux lieues dans la rivi\u00e8re qui va en haut, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de laquelle il y a trente petites \u00eeles. Selon ce que j\u2019ai pu voir, les unes sont de deux lieues, d\u2019autres d\u2019une lieue et demie, et quelques-unes moindres, lesquelles sont remplies de quantit\u00e9 de noyers, qui ne sont gu\u00e8re diff\u00e9rents de n\u00f4tres [en France, on ne trouvait que le noyer commun (<em>Juglan regia<\/em> L.); il n\u2019existait pas au Canada], et je crois que les noix en sont bonnes en leur saison. J\u2019en vis en quantit\u00e9 sous les arbres, qui \u00e9taient de deux fa\u00e7ons, les unes petites [sans doute du caryer cordiforme, <em>Carya cordiformis<\/em> (Wangenh.)] et les autres longues comme d\u2019un pouce [sans doute le noyer cendr\u00e9 (<em>Juglan cinerea<\/em> L.)], mais elles \u00e9taient pourries. Il y a aussi quantit\u00e9 de vignes sur le bord desdites \u00eeles, mais quand les eaux sont grandes la plupart de celles-ci sont couvertes d\u2019eau. Et ce pays est encore meilleur qu\u2019aucun autre que j\u2019eusse vu. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Thierry, p.&nbsp;191-192<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le secteur de la rivi\u00e8re Richelieu (rivi\u00e8re aux Iroquois)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le premier jour de juillet, nous c\u00f4toy\u00e2mes la bande du nord, o\u00f9 le bois est fort clair, plus qu\u2019en aucun lieu que nous avions encore vu auparavant, et c\u2019est une toute bonne terre pour cultiver. Je me mis dans un canot \u00e0 la bande du sud, o\u00f9 je vis quantit\u00e9 d\u2019\u00eeles [Saint-Ours, Duval, aux B\u0153ufs\u2026], lesquelles sont fort fertiles en fruits, comme des vignes, des noix, des noisettes, et une mani\u00e8re de fruit qui ressemble \u00e0 des ch\u00e2taignes [certainement le ch\u00e2taigner am\u00e9ricain, <em>Castanea dentata<\/em> (Marsh.) Borkh.], des cerises, en ch\u00eanes, trembles, peupliers, houblons, fr\u00eanes, \u00e9rables, h\u00eatres, cypr\u00e8s, et fort peu en pins et en sapins. Il y a aussi d\u2019autres arbres que je ne connais point, lesquels sont fort agr\u00e9ables. Il s\u2019y trouve quantit\u00e9 de fraises, framboises, groseilles rouges, vertes et bleues [sans doute des bleuets], avec force petits fruits qui y croissent parmi une grande quantit\u00e9 d\u2019herbages. Il y a aussi plusieurs b\u00eates sauvages comme des orignaux, cerfs, biches, daims, ours, porc-\u00e9pic, lapins, renards, castors, loutres, rats musqu\u00e9s, et quelques autres sortes d\u2019animaux que je ne connais point, lesquels sont bons \u00e0 manger, et desquels vivent les Sauvages. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Thierry, p.&nbsp;193-194<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En remontant le fleuve Saint-Laurent apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 les \u00eeles de Verch\u00e8res&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mercredi suivant, nous part\u00eemes de ce lieu et f\u00eemes quelque cinq ou six lieues. Nous v\u00eemes quantit\u00e9 d\u2019\u00eeles, la terre y est fort basse, et elles sont couvertes de bois, ainsi que celles de la rivi\u00e8re des Iroquois. Le jour suivant, nous f\u00eemes quelques lieues et pass\u00e2mes aussi par quantit\u00e9 d\u2019autres \u00eeles qui sont tr\u00e8s bonnes et plaisantes, en raison de la quantit\u00e9 des prairies qu\u2019il y a, tant du c\u00f4t\u00e9 de la terre ferme que des autres \u00eeles, et tous les bois y sont fort petits, au regard de ceux que nous avions pass\u00e9s. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Thierry, p.&nbsp;194<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la hauteur des rapides de Lachine&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Venant \u00e0 approcher dudit saut [rapides Lachine] avec notre petit esquif et le canot, je vous assure que jamais je ne vis un torrent d\u2019eau d\u00e9border avec une telle imp\u00e9tuosit\u00e9 [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout ce peu de pays du c\u00f4t\u00e9 dudit saut que nous travers\u00e2mes par terre est un bois fort clair, o\u00f9 l\u2019on peut aller ais\u00e9ment avec des armes, sans beaucoup de peines. L\u2019air y est plus doux et temp\u00e9r\u00e9, et la terre meilleure qu\u2019en un lieu que j\u2019eusse vu, o\u00f9 il y a quantit\u00e9 de bois et de fruits, comme en tous les autres lieux ci-dessus, et il est par les 45<sup>o<\/sup> degr\u00e9s et quelques minutes. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Thierry, p.&nbsp;196-197<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suite \u00e0 ses explorations aux alentours des rapides de Lachine, Champlain retourna vers Qu\u00e9bec et subs\u00e9quemment en France. Mais avant de poursuivre avec des extraits d\u2019autres voyages, notons quelques indices assez clairs que Champlain s\u2019est pour beaucoup promen\u00e9, en 1603, dans des territoires am\u00e9nag\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Des signes d\u2019am\u00e9nagement<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un point qui m\u2019a particuli\u00e8rement frapp\u00e9 est la pr\u00e9sence r\u00e9guli\u00e8re de bois \u00ab<em>clairs<\/em>\u00bb. Aussi, il rencontrait fr\u00e9quemment des prairies et notait r\u00e9guli\u00e8rement la pr\u00e9sence d\u2019arbres de lumi\u00e8re et d\u2019arbustes \u00e0 petits fruits qui sont associ\u00e9s \u00e0 des milieux ouverts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Consid\u00e9rant l\u2019\u00e9cologie foresti\u00e8re de nos contr\u00e9es, les descriptions de Champlain auraient d\u00fb ressembler \u00e0&nbsp;: \u00ab<em>Les sous-bois sont sombres et l\u2019on a peine \u00e0 y avancer<\/em>\u202f\u00bb. Sans perturbations, ces milieux tendraient de fait \u00e0 \u00eatre envahis par des essences \u00abd\u2019ombre\u202f\u00bb, comme les \u00e9rables. Et, consid\u00e9rant la fr\u00e9quence des observations sur la pr\u00e9sence de bois \u00ab<em>clairs<\/em>\u00bb et d\u2019arbres ou arbustes de milieux ouverts, il est peu probable que ce soit le seul fait de la nature, en particulier les feux de foudre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il peut y avoir des feux de for\u00eat dans le sud, mais ce n\u2019est pas une perturbation naturelle dominante comme en for\u00eat bor\u00e9ale. Pour une mesure comparative, sur une base statistique de 1972 \u00e0 2002, le cycle de feu dans le domaine de la for\u00eat feuillue fut estim\u00e9 sup\u00e9rieur \u00e0 1&nbsp;100&nbsp;ans (Manuel de Foresterie&nbsp;2009, p.&nbsp;1056). Sur cette m\u00eame base, en for\u00eat bor\u00e9ale, les cycles pouvaient \u00eatre aussi courts que moins de 100&nbsp;ans. Un cycle de feu se d\u00e9finit comme le \u00ab<em>temps requis pour perturber une superficie \u00e9quivalente \u00e0 la superficie totale de l\u2019aire \u00e9tudi\u00e9e par un type d\u2019agent perturbateur<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais plus encore, j\u2019ai retrouv\u00e9 dans les textes de Champlain concernant les \u00ab<em>[\u2026] bois clairs, o\u00f9 l\u2019on peut aller ais\u00e9ment avec des armes, sans beaucoup de peines.<\/em>\u00bb les m\u00eames images d\u00e9crites par le journaliste scientifique Charles C. Mann dans son \u00ab<em>1491&nbsp;: New revelations of the Americas before Columbus<\/em>\u00bb (2<sup>e<\/sup>&nbsp;\u00e9dition, 2011), soit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le feu est un facteur dominant dans de nombreux paysages terrestres, si ce n\u2019est dans la plupart d\u2019entre eux. Il a deux sources principales&nbsp;: la foudre et <em>Homo sapiens<\/em>. En Am\u00e9rique du Nord, les incendies provoqu\u00e9s par la foudre sont plus fr\u00e9quents dans les montagnes de l\u2019Ouest. Ailleurs, cependant, les Indiens le contr\u00f4laient \u2014 au moins jusqu\u2019au contact [avec les Europ\u00e9ens], et dans de nombreux endroits bien apr\u00e8s. Dans le Nord-Est, les Indiens transportaient toujours une pochette en peau de cerf remplie de silex, rapporte Thomas Morton en 1637, qu\u2019ils utilisaient \u00ab<em>pour mettre le feu au pays dans tous les endroits o\u00f9 ils allaient<\/em>\u00bb. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plut\u00f4t que de domestiquer les animaux pour la viande, les Indiens ont r\u00e9organis\u00e9 les \u00e9cosyst\u00e8mes pour favoriser les wapitis [<em>elks<\/em>], les cerfs et les ours. Le br\u00fblage constant des sous-bois augmentait le nombre d\u2019herbivores, les pr\u00e9dateurs qui s\u2019en nourrissaient et ceux qui les mangeaient les deux. Plut\u00f4t qu\u2019un \u00e9pais enchev\u00eatrement d\u2019arbres ininterrompu, imagin\u00e9 par Thoreau, la grande for\u00eat de l\u2019Est \u00e9tait un kal\u00e9idoscope \u00e9cologique de parcelles de jardins, de sentiers de m\u00fbres [<em>blackberry rambles<\/em>], de landes de pins [<em>pine barrens<\/em>] et de vastes bosquets [<em>groves<\/em>] de ch\u00e2taigniers, de caryers et de ch\u00eanes. Les premiers Europ\u00e9ens de l\u2019Ohio ont trouv\u00e9 des for\u00eats qui ressemblaient \u00e0 des parcs anglais \u2014 ils pouvaient conduire des cal\u00e8ches \u00e0 travers les arbres. \u00c0 15&nbsp;miles de la c\u00f4te, dans le Rhode Island, Giovanni da Verrazzano a trouv\u00e9 des arbres si espac\u00e9s que la for\u00eat \u00ab<em>pouvait \u00eatre p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e m\u00eame par une grande arm\u00e9e<\/em>\u00bb. John Smith a affirm\u00e9 avoir travers\u00e9 la for\u00eat de Virginie au galop. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Mann&nbsp;2011, p.&nbsp;285-286 [traduction avec l\u2019aide de Deepl et Google]<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce dernier paragraphe pourrait r\u00e9sumer les observations de Champlain! Il fait aussi \u00e9cho aux propos tenus plus r\u00e9cemment par un \u00e9cologiste forestier sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019\u00e9volution des for\u00eats dans l\u2019Est des \u00c9tats-Unis&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab<em>Je pense que les Am\u00e9rindiens \u00e9taient d\u2019excellents gestionnaires de la v\u00e9g\u00e9tation et que nous pouvons apprendre beaucoup d\u2019eux sur la fa\u00e7on de g\u00e9rer au mieux les for\u00eats des \u00c9tats-Unis<\/em>\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Marc Abrams, professeur d\u2019\u00e9cologie et de physiologie foresti\u00e8re au <em>College of Agricultural Sciences<\/em>. \u00ab<em>Les Am\u00e9rindiens savaient que pour r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer les esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales dont ils avaient besoin pour se nourrir et pour nourrir le gibier dont ils d\u00e9pendaient, ils devaient br\u00fbler r\u00e9guli\u00e8rement le sous-\u00e9tage de la for\u00eat<\/em>\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon M.\u00a0Abrams, qui \u00e9tudie depuis trois d\u00e9cennies les propri\u00e9t\u00e9s [<em>qualities<\/em>] pass\u00e9es et pr\u00e9sentes des for\u00eats de l\u2019est des \u00c9tats-Unis, les incendies fr\u00e9quents et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s provoqu\u00e9s par l\u2019humain depuis au moins les 2\u00a0000\u00a0derni\u00e8res ann\u00e9es ont entra\u00een\u00e9 la pr\u00e9dominance d\u2019esp\u00e8ces d\u2019arbres adapt\u00e9es au feu. Depuis que les br\u00fblages ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits, les for\u00eats se transforment et des esp\u00e8ces telles que le ch\u00eane, le caryer et le pin perdent du terrain.<\/p>\n<cite>\u2014\u00a0<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.sciencedaily.com\/releases\/2019\/05\/190521162443.htm\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.sciencedaily.com\/releases\/2019\/05\/190521162443.htm\" target=\"_blank\">Abrams, 2019<\/a> [traduction avec l\u2019aide de Deepl et Google]<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme on a pu le noter, en 1603 la pr\u00e9sence de ch\u00eanes et de caryers est r\u00e9guli\u00e8rement mentionn\u00e9e par Champlain. Pour les pins, on les rencontre surtout dans un autre voyage, dont je pr\u00e9sente des extraits \u00e0 l\u2019instant&nbsp;: )<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le voyage de 1613<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour le contexte, nous sommes en 1613. Champlain pense alors avoir une opportunit\u00e9 de voir la <em>mer du Nord<\/em> (baie d\u2019Hudson). Pour le rappel, un de ses grands objectifs, comme pour bien des explorateurs de cette \u00e9poque, \u00e9tait de trouver un passage vers la Chine et le Sud-est asiatique. Et pour cela, on le retrouve au lac Saint-Louis, pass\u00e9 les rapides de Lachine d\u2019o\u00f9 il s\u2019appr\u00eate \u00e0 remonter la rivi\u00e8re des Outaouais. Pour la petite histoire, il sera d\u00e9\u00e7u dans ses attentes de voir la mer du Nord, mais aura l\u2019occasion de d\u00e9couvrir d\u2019autres coins de pays et tisser des liens avec d\u2019autres nations autochtones.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce lac [Saint-Louis] est rempli de belles et grandes \u00eeles, qui ne sont que prairies, o\u00f9 il y a plaisir de chasser, la venaison et le gibier y \u00e9tant en abondance, aussi bien que le poisson. Le pays qui l\u2019environne est rempli de grandes for\u00eats. Nous all\u00e2mes coucher \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dudit lac et f\u00eemes des barricades, \u00e0 cause des Iroquois qui r\u00f4dent par ces lieux pour surprendre leurs ennemis [\u2026] <\/p>\n<cite>\u2014 Thierry, p.&nbsp;439<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors sur la rivi\u00e8re des Outaouais, apr\u00e8s une rencontre fortuite avec des Algonquins du lac Muskrat (Ontario)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, nous nous s\u00e9par\u00e2mes, et continuant notre route en amont de ladite rivi\u00e8re, nous en trouv\u00e2mes une autre fort belle et spacieuse, qui vient d\u2019une nation appel\u00e9e <em>Ouescharini<\/em> [la <em>Petite-Nation <\/em>des Algonquins. La rivi\u00e8re s\u2019appelle aujourd\u2019hui la rivi\u00e8re de la Petite-Nation], lesquels se tiennent au nord de celle-ci et \u00e0 4&nbsp;journ\u00e9es de l\u2019entr\u00e9e. Cette rivi\u00e8re est fort plaisante, \u00e0 cause des belles \u00eeles qu\u2019elle contient et des terres garnies de beaux bois clairs qui la bordent. La terre est bonne pour le labourage. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 4 [juin 1613], nous pass\u00e2mes pr\u00e8s d\u2019une autre rivi\u00e8re qui vient du nord [la Gatineau], o\u00f9 se tiennent des peuples appel\u00e9s Algonquins [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019embouchure de celle-ci [la Gatineau], il y en a une autre qui vient du sud [rivi\u00e8re Rideau], o\u00f9 \u00e0 son entr\u00e9e il y a une chute d\u2019eau admirable, car elle tombe avec une telle imp\u00e9tuosit\u00e9, de 20 ou 25&nbsp;brasses de haut, qu\u2019elle fait une arcade, ayant de largeur pr\u00e8s de 400&nbsp;pas. Les Sauvages passent dessous par plaisir, sans se mouiller que du poudrin que fait ladite eau. Il y a une \u00eele au milieu de ladite rivi\u00e8re [<em>Green Island<\/em> dans la rivi\u00e8re Rideau], qui est, comme tout le terroir d\u2019alentour, remplie de pins et de c\u00e8dres blancs. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Thierry, p.&nbsp;441<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Poursuivant son chemin sur la rivi\u00e8re des Outaouais\u2026<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous pass\u00e2mes un saut [rapides] \u00e0 une lieue de l\u00e0, qui est large d\u2019une demi-lieue et descend de 6 \u00e0 7&nbsp;brasses de haut. [\u2026] L\u2019eau tombe \u00e0 un endroit avec une telle imp\u00e9tuosit\u00e9 sur un rocher, qu\u2019il s\u2019y est creus\u00e9, par succession de temps, un large et profond bassin, si bien que l\u2019eau, courant l\u00e0-dedans circulairement et au milieu y faisant de gros bouillons, a fait que les Sauvages l\u2019appellent <em>Asticou<\/em>, ce qui veut dire chaudi\u00e8re [chute de la Chaudi\u00e8re].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s midi, nous entr\u00e2mes dans un lac [Desch\u00eanes, rivi\u00e8re Outaouais] ayant 5&nbsp;lieues de long et 2 de large, o\u00f9 il y a de fort belles \u00eeles remplies de vignes, de noyers et d\u2019autres arbres agr\u00e9ables. \u00c0 10 ou 12&nbsp;lieues de l\u00e0 en amont de la rivi\u00e8re, nous pass\u00e2mes par quelques \u00eeles remplies de pins. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Thierry, p.&nbsp;441-442<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et\u2026<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lendemain [5&nbsp;juin 1613], nous continu\u00e2mes notre chemin jusqu\u2019\u00e0 un grand saut [des Chats] qui contient pr\u00e8s de 3&nbsp;lieues de large, o\u00f9 l\u2019eau descend comme de 10 ou 12&nbsp;brasses de haut en talus et fait un merveilleux bruit. Il est rempli d\u2019une infinit\u00e9 d\u2019\u00eeles couvertes de pins et de c\u00e8dres [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Poursuivant notre route, nous pass\u00e2mes deux autres sauts, l\u2019un par terre, l\u2019autre \u00e0 la rame et avec des perches en poussant, puis nous entr\u00e2mes dans un lac [des Chats] ayant 6 ou 7&nbsp;lieues de long, o\u00f9 se d\u00e9charge une rivi\u00e8re venant du sud [la <em>Madawaska<\/em>], o\u00f9, \u00e0 cinq journ\u00e9es de l\u2019autre rivi\u00e8re [le Saint-Laurent], il y a des peuples qui y habitent appel\u00e9s <em>Matouweskarinis<\/em> [Algonquins de la rivi\u00e8re <em>Madawaska<\/em>]. Les terres des environs dudit lac sont sablonneuses et couvertes de pins, qui ont \u00e9t\u00e9 presque tous br\u00fbl\u00e9s par les Sauvages. [\u2026]<\/p>\n<cite>\u2014 Thierry, p.&nbsp;442-443<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme on peut le noter, dans le sud-ouest du Qu\u00e9bec et l\u2019est de l\u2019Ontario, il y avait une r\u00e9guli\u00e8re pr\u00e9sence du pin blanc et les Algonquins utilisaient les br\u00fblages comme outil d\u2019am\u00e9nagement. Ce qui <em>dixit<\/em> Le Guide sylvicole du Qu\u00e9bec (2013) est exactement ce qu\u2019il faut faire pour favoriser le pin blanc&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration naturelle de pin blanc est d\u2019ailleurs favoris\u00e9e \u00e0 la suite d\u2019un br\u00fblage dirig\u00e9 simulant un feu de surface d\u2019origine naturelle. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Guide sylvicole, p.&nbsp;136<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la petite note technique, m\u00eame si Champlain ne d\u00e9crit pas en d\u00e9tail les pins, il est tr\u00e8s probable qu\u2019il s\u2019agisse, en grande majorit\u00e9, du pin blanc de par sa pr\u00e9sence historique reconnue dans ces r\u00e9gions et de son importance dans la culture autochtone (voir plus bas).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Attardons-nous maintenant sur le regard de Pierre Boucher quant aux \u00e9cosyst\u00e8mes qu\u2019il a rencontr\u00e9 au 17<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle dans le sud du Qu\u00e9bec, en particulier concernant la pr\u00e9sence de pins et de ch\u00eanes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pierre Boucher<\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-style-rounded\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Pierre_Boucher.jpeg\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Pierre_Boucher.jpeg\" alt=\"Pierre Boucher\" class=\"wp-image-6682\" style=\"width:300px\" width=\"300\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Pierre_Boucher.jpeg 514w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Pierre_Boucher-286x350.jpeg 286w\" sizes=\"(max-width: 514px) 100vw, 514px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Pierre Boucher (auteur&nbsp;: anonyme, source&nbsp;: <a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Pierre_Boucher.jpeg\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Pierre_Boucher.jpeg\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Wikim\u00e9dia Commons<\/a>)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pierre Boucher est arriv\u00e9 en Nouvelle-France en 1635 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 13&nbsp;ans. Il a v\u00e9cu quatre ans avec les Hurons du c\u00f4t\u00e9 des Grands Lacs. Gouverneur de Trois-Rivi\u00e8res, fondateur de Boucherville, il est l\u2019auteur d\u2019<em>Histoire v\u00e9ritable et naturelle des m\u0153urs et productions du pays de la Nouvelle-France vulgairement dite le Canada<\/em>. Ce document se voulait une synth\u00e8se des connaissances de l\u2019\u00e9poque. Il a parfois emprunt\u00e9 \u00e0 d\u2019autres auteurs, dont Champlain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1664, c\u2019est ce document qui convainquit le roi Louis&nbsp;XIV d\u2019envoyer le r\u00e9giment de Carignan pour d\u00e9fendre la colonie contre les Iroquois ainsi que d\u2019envoyer les \u00ab\u202fFilles du roi\u202f\u00bb pour aider \u00e0 la peupler. Ce texte a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une r\u00e9\u00e9dition en 1964, 2014 et une nouvelle r\u00e9\u00e9dition est annonc\u00e9e! Les extraits que je pr\u00e9sente sont de l\u2019\u00e9dition de 2014 \u00e9dit\u00e9e en fran\u00e7ais moderne.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mont-Royal [Montr\u00e9al], qui est la derni\u00e8re de nos habitations fran\u00e7aises, est plus avanc\u00e9e dans les terres. Elle est situ\u00e9e dans une belle grande \u00eele nomm\u00e9e l\u2019\u00eele du Mont-Royal, les terres y sont fort bonnes. C\u2019est une terre noire ou pierreuse, qui produit du grain en abondance&nbsp;: tout y vient parfaitement bien; mais surtout les melons et les oignons&nbsp;: la p\u00eache et la chasse y sont tr\u00e8s bonnes, tout le pays d\u2019alentour est parfaitement beau, et tant plus l\u2019on monte en haut [en remontant le Saint-Laurent jusqu\u2019au lac Ontario] du c\u00f4t\u00e9 des Iroquois, plus le pays y est agr\u00e9able; c\u2019est un pays plat, une for\u00eat o\u00f9 les arbres sont gros et hauts extraordinairement&nbsp;: ce qui montre la bont\u00e9 de la terre, ils y sont clairs et point embarrass\u00e9s de petits bois&nbsp;: ce serait un pays tout propre \u00e0 courir le cerf, dont il y a abondance, s\u2019il y avait en ce pays des habitants qui eussent des chevaux pour cela, et que l\u2019Iroquois e\u00fbt \u00e9t\u00e9 un peu humili\u00e9, ou pour mieux dire dompt\u00e9&nbsp;: la plupart de ces arbres sont des ch\u00eanes. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Boucher, p.&nbsp;22-23<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et, dans un chapitre intitul\u00e9 \u00abDes Arbres qui croissent dans la Nouvelle-France\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[\u2026] Je n\u2019y garderai point d\u2019ordre; je les nommerai comme ils me viendront en la m\u00e9moire; je commencerai par un, qui est le plus utile ici, que l\u2019on nomme pin, qui n\u2019apporte pas de fruits comme ceux de l\u2019Europe; il y en a de toutes grosseurs et grandeurs; ils viennent ordinairement de la hauteur de cinquante \u00e0 soixante pieds, sans branches&nbsp;: l\u2019on s\u2019en sert pour faire de la planche, qui est fort belle et bonne; et l\u2019on dit que ces arbres seraient bien propres \u00e0 faire des m\u00e2ts de navires. Il s\u2019en trouve d\u2019assez menus et hauts pour cet effet&nbsp;: ces arbres sont fort droits&nbsp;: il y a de grands pays qui n\u2019en portent point&nbsp;: mais les lieux o\u00f9 ils naissent sont appel\u00e9s pini\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces arbres rendent quantit\u00e9 de gomme; les Sauvages s\u2019en servent pour brayer [\u00e9tancher] leurs canots, et on s\u2019en sert heureusement pour les plaies, o\u00f9 cette gomme est fort souveraine. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Boucher, p.&nbsp;40-41<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 souligner qu\u2019Asselin et collab. (2014, p.&nbsp;98) identifient le pin de cet extrait des textes de Pierre Boucher comme \u00e9tant le pin blanc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Finalement, \u00ab<em>une des belles ch\u00eanaies qui soit dans le monde<\/em>\u202f\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au lac Saint-Fran\u00e7ois, qui est environ quatorze ou quinze lieues au-dessus [soit en remontant le fleuve] du Mont-Royal, il se trouve une des belles ch\u00eanaies qui soit dans le monde, tant pour la beaut\u00e9 des arbres, que pour sa grandeur&nbsp;: elle a plus de vingt lieues de long, et l\u2019on ne sait pas combien elle en a de large. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Boucher, p.&nbsp;168<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En contexte, un extrait du Guide sylvicole du Qu\u00e9bec (2013) concernant l\u2019\u00e9cologie des ch\u00eanes rouges&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est une essence de d\u00e9but de succession ou de mi-succession bien adapt\u00e9e aux sites x\u00e9riques o\u00f9 la concurrence des esp\u00e8ces ligneuses est moins vive, en partie gr\u00e2ce aux feux de surface qui contribuent \u00e0 les \u00e9liminer. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Guide sylvicole, p.&nbsp;30<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mots de la fin : de guerres et de biodiversit\u00e9 humanis\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Guerre et am\u00e9nagement<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour comprendre la dynamique historique de l\u2019am\u00e9nagement du territoire dans le sud du Qu\u00e9bec, il faut mettre en contexte que, lorsque Champlain arrive, c\u2019est au milieu d\u2019une guerre tr\u00e8s brutale entre les Hurons et leurs alli\u00e9s contre la conf\u00e9d\u00e9ration iroquoise des Cinq-Nations (<em>Haudenosaunee<\/em> en iroquois). Une guerre qui a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9peupl\u00e9 le sud du Qu\u00e9bec d\u2019une bonne partie de ses am\u00e9nagistes; ce que Champlain constate d\u2019ailleurs&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce m\u00eame jour, je partis de Qu\u00e9bec et arrivai audit Grand-Saut [rapides de Lachine] le vingt-huiti\u00e8me de mai [1611], o\u00f9 je ne trouvai aucun des Sauvages qui m\u2019avaient promis d\u2019y \u00eatre au vingti\u00e8me dudit mois. [\u2026] Et proche de ladite place Royale [pointe \u00e0 Calli\u00e8re], il y a une petite rivi\u00e8re [Saint-Pierre] qui va assez avant dedans les terres, tout le long de laquelle il y a plus de 60&nbsp;arpents [environ 20&nbsp;hectares] de terre d\u00e9sert\u00e9s qui sont comme des prairies, o\u00f9 l\u2019on pourrait semer des grains et y faire des jardinages. Autrefois, des Sauvages y ont labour\u00e9, mais ils les ont quitt\u00e9s pour les guerres ordinaires qu\u2019ils y avaient.<\/p>\n<cite> \u2014&nbsp;Thierry, p.&nbsp;398-399<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ici, \u00c9ric Thierry pr\u00e9cise que les Iroquoiens rencontr\u00e9s par Cartier \u00e0 Hochelaga [Montr\u00e9al] en 1535 \u00e9taient des agriculteurs et que leur disparition est due aussi aux \u00e9pid\u00e9mies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 souligner, de plus, que les membres de la <em>Petite-Nation<\/em> algonquine seront victimes de cette guerre quelques d\u00e9cennies apr\u00e8s le passage de Champlain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce contexte de guerre, doubl\u00e9 d\u2019une succession d\u2019\u00e9pid\u00e9mies mortelles chez les diff\u00e9rentes nations autochtones suite au contact avec les Europ\u00e9ens, eut une influence capitale sur la suite des am\u00e9nagements dans le sud du Qu\u00e9bec et le fait que nous en ayons collectivement perdu la m\u00e9moire! Enfin, presque toute\u2026<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le pin blanc, arbre symbole<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 2017, la ville de Montr\u00e9al a int\u00e9gr\u00e9 le pin blanc dans ses armoiries comme symbole li\u00e9 aux Premi\u00e8res Nations. Dans un texte publi\u00e9 dans le <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.ledevoir.com\/environnement\/583531\/un-imposant-symbole-de-paix\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.ledevoir.com\/environnement\/583531\/un-imposant-symbole-de-paix\" target=\"_blank\">journal <em>Le Devoir<\/em><\/a> explicitant la valeur de symbole du pin blanc pour ces derni\u00e8res, un consultant innu mentionne (entre autres)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab<em>Autour des villages autochtones, on proc\u00e9dait \u00e0 des br\u00fblages s\u00e9lectifs pour nettoyer la for\u00eat et \u00e9viter que les feux de for\u00eat naturels viennent menacer la population, poursuit M.&nbsp;Dudemaine. \u00c7a d\u00e9courageait certaines esp\u00e8ces et \u00e7a en encourageait d\u2019autres. Le pin blanc \u00e9tait de ceux qui survivaient bien.<\/em>\u00bb <\/p>\n<cite>\u2014 Le Devoir, 2020<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ing\u00e9nieur forestier et chercheur bien connu Christian Messier est aussi cit\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autrefois abondant au Qu\u00e9bec, le pin blanc se fait aujourd\u2019hui plus rare. La pratique des Autochtones consistant \u00e0 provoquer des feux de for\u00eat avait aussi pour objectif de favoriser la production de petits fruits et elle a bien servi le pin blanc, explique l\u2019ing\u00e9nieur forestier Christian Messier, professeur au D\u00e9partement des sciences biologiques de l\u2019UQAM et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec en Outaouais. \u00ab<em>C\u2019est une esp\u00e8ce qui appara\u00eet apr\u00e8s le feu parce que [le pin blanc] a besoin d\u2019un sol min\u00e9ral pour germer et de lumi\u00e8re pour se d\u00e9velopper. Il ne peut pas pousser \u00e0 l\u2019ombre comme l\u2019\u00e9rable \u00e0 sucre. Il doit grandir dans un milieu ouvert.<\/em>\u00bb <\/p>\n<cite>\u2014 Le Devoir, 2020<\/cite><\/blockquote>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/ArmoiriesVilleMtl-921x1024.jpg\" alt=\"Armoiries ville de Montr\u00e9al\" class=\"wp-image-6681\" style=\"width:300px\" width=\"300\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/ArmoiriesVilleMtl-921x1024.jpg 921w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/ArmoiriesVilleMtl-315x350.jpg 315w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/ArmoiriesVilleMtl-768x854.jpg 768w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/ArmoiriesVilleMtl-1382x1536.jpg 1382w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/ArmoiriesVilleMtl.jpg 1842w\" sizes=\"(max-width: 921px) 100vw, 921px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Armoiries ville de Montr\u00e9al (auteur&nbsp;: Svgalbertian, source&nbsp;: <a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/w\/index.php?title=File:Coat_of_arms_of_Montreal.svg&amp;lang=fr&amp;uselang=fr\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/w\/index.php?title=File:Coat_of_arms_of_Montreal.svg&amp;lang=fr&amp;uselang=fr\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Wikim\u00e9dia Commons<\/a>)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une biodiversit\u00e9 humanis\u00e9e<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 les \u00e9vidences d\u2019am\u00e9nagements anthropiques pr\u00e9colombiens d\u2019envergure ayant favoris\u00e9 leur pr\u00e9sence, le pin blanc et le ch\u00eane rouge sont aujourd\u2019hui officiellement identifi\u00e9s comme des enjeux \u00e9cologiques sur la base d\u2019une analyse d\u00e9taill\u00e9e dans le <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/cdn-contenu.quebec.ca\/cdn-contenu\/forets\/documents\/gestion\/CH_4_1_Composition_vegetale_MRNF.pdf\" target=\"_blank\">document gouvernemental<\/a> \u00ab<em>Int\u00e9gration des enjeux \u00e9cologiques dans les plans d\u2019am\u00e9nagement forestier int\u00e9gr\u00e9 de 2018-2023 \u2014 Cahier&nbsp;4.1&nbsp;: Enjeux li\u00e9s \u00e0 la composition v\u00e9g\u00e9tale<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je r\u00e9sume ici l\u2019analyse, car cette chronique est d\u00e9j\u00e0 particuli\u00e8rement longue (!), mais ces essences sont consid\u00e9r\u00e9es comme des enjeux \u00e9cologiques, car les interventions anthropiques (r\u00e9colte) sont r\u00e9put\u00e9es avoir eu pour seule cons\u00e9quence historique de diminuer leur pr\u00e9sence. Il est ici implicite que les feux \u00e0 la source de leur relative abondance pass\u00e9e ont eu pour seule (ou principale) origine les feux de foudre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aux \u00c9tats-Unis, avec qui nous partageons une histoire commune en relation avec les Premi\u00e8res Nations, il est devenu commun que des \u00e9tudes scientifiques analysent l\u2019hypoth\u00e8se que l\u2019\u00e9volution historique de la composition foresti\u00e8re fut influenc\u00e9e par les humains vivants sur le territoire avant la colonisation europ\u00e9enne. Et les r\u00e9sultats changent de plus en plus le narratif de l\u2019histoire environnementale des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au Qu\u00e9bec, ce type d\u2019hypoth\u00e8se semble cependant tabou! Comme si les humains qui avaient v\u00e9cu pendant des milliers d\u2019ann\u00e9es sur le territoire du Qu\u00e9bec avant les Europ\u00e9ens l\u2019avaient fait sans influence sur les \u00e9cosyst\u00e8mes et leur biodiversit\u00e9. Comme s\u2019ils s\u2019\u00e9taient content\u00e9s de vivre de ce que la nature offrait sans chercher \u00e0 l\u2019influencer. Comme si ces humains avaient agi, au fond, diff\u00e9remment de tous les autres humains depuis la nuit des temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sont des postulats \u00e9tonnants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Moins \u00e9tonnants qu\u2019il n\u2019y para\u00eet cependant lorsque l\u2019on consid\u00e8re que ces postulats sont au c\u0153ur de notre politique foresti\u00e8re adopt\u00e9e en 2010. Les r\u00e9voquer reviendrait \u00e0 en d\u00e9savouer un gros pan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aussi, ces postulats sont au c\u0153ur du discours environnemental dans la promotion d\u2019aires prot\u00e9g\u00e9es. La valeur ici \u00e9tant l\u2019absence (pr\u00e9sum\u00e9e) d\u2019am\u00e9nagements humains conf\u00e9rant \u00e0 ces territoires leur valeur \u00abnaturelle\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Finalement, ces postulats furent \u00e9tablis, et toujours promus, par des chercheurs dont le regard historique est centr\u00e9 sur les perturbations naturelles. \u00c0 la base m\u00eame, le r\u00f4le potentiel des humains est ici compl\u00e8tement \u00e9vacu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a cependant de tr\u00e8s bonnes raisons de penser que, m\u00eame au Qu\u00e9bec, il serait temps de r\u00e9int\u00e9grer l\u2019humain dans l\u2019histoire environnementale mill\u00e9naire de ce territoire et de poser un autre regard sur la notion de biodiversit\u00e9 \u00abnaturelle\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Livres en r\u00e9f\u00e9rence&nbsp;:<\/h5>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Asselin, Alain, Jacques Cayouette et Jacques Mathieu. 2014. <em>Curieuses histoires de plantes du Canada<\/em> \u2014 Tome&nbsp;1. Septentrion.<\/li>\n\n\n\n<li>Boucher, Pierre. 1664. <em>Histoire v\u00e9ritable et naturelle des m\u0153urs et productions du pays de la Nouvelle-France vulgairement dite le Canada<\/em>. \u00c9dition&nbsp;2014. Septentrion.<\/li>\n\n\n\n<li>Farrar, John Laird. 1996. <em>Les arbres du Canada<\/em>. Fides<\/li>\n\n\n\n<li>Fr\u00e8re Marie-Victorin. 1964. <em>Flore laurentienne<\/em>. 2<sup>e<\/sup>&nbsp;\u00e9dition (Ernest Rouleau). Les Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al.<\/li>\n\n\n\n<li>Mann, Charles C.&nbsp;2011. <em>1491&nbsp;: New Revelations of the Americas Before Columbus<\/em>. 2<sup>e<\/sup>&nbsp;\u00e9dition. Vintage Books.<\/li>\n\n\n\n<li>Minist\u00e8re des Ressources naturelles. 2013. <em>Le Guide sylvicole du Qu\u00e9bec<\/em>, Tome&nbsp;1. Ouvrage collectif sous la supervision de B.&nbsp;Boulet et M.&nbsp;Huot. Les Publications du Qu\u00e9bec. 1044 p.<\/li>\n\n\n\n<li>Ordre des ing\u00e9nieurs forestiers du Qu\u00e9bec. 2009. <em>Manuel de foresterie<\/em>. 2<sup>e<\/sup>&nbsp;\u00e9dition. Ouvrage collectif. \u00c9ditions MultiMondes. 1544 p.<\/li>\n\n\n\n<li>Thierry, \u00c9ric. 2019. <em>Les Oeuvres compl\u00e8tes de Champlain<\/em>. Septentrion.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un grand objectif de l\u2019actuelle politique d\u2019am\u00e9nagement des for\u00eats publiques du Qu\u00e9bec est de pr\u00e9server les \u00e9cosyst\u00e8mes forestiers dans des conditions les plus naturelles possibles. En cela, le Qu\u00e9bec vise \u00e0 contribuer \u00e0 la pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9, un enjeu environnemental international. \u00c0 cette fin, la strat\u00e9gie est de maintenir les \u00e9cosyst\u00e8mes dans des conditions pr\u00e9industrielles, soit avant que l\u2019industrie foresti\u00e8re ne d\u00e9bute ses op\u00e9rations \u00e0 grande \u00e9chelle au Qu\u00e9bec il y a environ un si\u00e8cle. Le postulat voulant qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque les for\u00eats \u00e9taient alors naturelles, soit sans influence humaine notable. 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