{"id":5840,"date":"2022-03-30T12:51:53","date_gmt":"2022-03-30T16:51:53","guid":{"rendered":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/?p=5840"},"modified":"2024-11-05T15:55:53","modified_gmt":"2024-11-05T20:55:53","slug":"caribous-hommes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/caribous-hommes\/","title":{"rendered":"Des caribous et des Hommes"},"content":{"rendered":"\n<h6 class=\"wp-block-heading\">Troisi\u00e8me texte de la s\u00e9rie <a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/chroniques-caribou\/\" data-type=\"post\" data-id=\"7201\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><em>Les Chroniques du caribou<\/em><\/a>.<\/h6>\n\n\n\n<div style=\"height:36px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-resized\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/MBAM_Krieghoff_-_Chippewas_chasse_caribou.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"685\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/MBAM_Krieghoff_-_Chippewas_chasse_caribou.jpg\" alt=\"Ojibw\u00e9s chassant le caribou\" class=\"wp-image-5661\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/MBAM_Krieghoff_-_Chippewas_chasse_caribou.jpg 1024w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/MBAM_Krieghoff_-_Chippewas_chasse_caribou-350x234.jpg 350w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/MBAM_Krieghoff_-_Chippewas_chasse_caribou-768x514.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Ojibw\u00e9s chassant le caribou (Cornelius Krieghoff, Source: <a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:MBAM_Krieghoff_-_Chippewas_%C3%A0_la_chasse_au_caribou.jpg\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:MBAM_Krieghoff_-_Chippewas_%C3%A0_la_chasse_au_caribou.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Wikim\u00e9dia Commons<\/a>)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-drop-cap wp-block-paragraph\">Dans les derniers mois, j\u2019ai \u00e9crit deux textes portant sp\u00e9cifiquement sur le caribou forestier. Dans <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/caribou-forestier-rare\/\" data-type=\"post\" data-id=\"5626\" target=\"_blank\">le premier<\/a>, en ao\u00fbt dernier, j\u2019argumentais que sa d\u00e9limitation historique, fix\u00e9e \u00e0 l\u2019ann\u00e9e&nbsp;1850 (carte plus bas), \u00e9tait un artefact de l\u2019histoire. La raison invoqu\u00e9e \u00e9tant que le caribou forestier n\u2019aurait pu s\u2019\u00e9tablir dans tout le sud du Qu\u00e9bec et dans certains \u00c9tats de la Nouvelle-Angleterre n\u2019eut \u00e9t\u00e9 de l\u2019effondrement des populations des Premi\u00e8res Nations. Un effondrement provoqu\u00e9 par les maladies transmises par les colons europ\u00e9ens et pour lesquelles les Premi\u00e8res Nations n\u2019avaient pas de protections naturelles. En contexte aussi, le fait que cette esp\u00e8ce est tr\u00e8s sensible \u00e0 la pr\u00e9sence humaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce premier texte, je tenais alors pour acquis que l\u2019aire de r\u00e9partition de 1850 \u00e9tait \u00ab\u202fsolide\u202f\u00bb. Or, le mois dernier, j\u2019ai publi\u00e9 une chronique intitul\u00e9e \u00ab\u202f<em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/legende-repartition-caribou\/\" data-type=\"post\" data-id=\"5807\" target=\"_blank\">La l\u00e9gende de la r\u00e9partition historique du caribou forestier<\/a><\/em>\u202f\u00bb. J\u2019y relevais le manque d\u2019observations justifiant une pr\u00e9sence de cette esp\u00e8ce animale sur tout le territoire qu\u00e9b\u00e9cois en 1850 ainsi que la colonisation avanc\u00e9e dans les \u00c9tats de la Nouvelle-Angleterre. De fait, \u00e0 l\u2019exception du Maine, les paysages des diff\u00e9rents \u00c9tats o\u00f9 le caribou aurait d\u00fb th\u00e9oriquement se retrouver en 1850 \u00e9taient alors majoritairement agricoles. C\u2019est l\u00e0 un habitat tr\u00e8s d\u00e9favorable au caribou\u2026 forestier. Donc, \u00ab\u202ffeu\u202f\u00bb l\u2019aire de r\u00e9partition de 1850!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce constat eut pour effet de stimuler mon int\u00e9r\u00eat \u00e0 mieux comprendre l\u2019histoire du caribou forestier avant 1850. Et de fait, je suis remont\u00e9 vraiment plus loin que 1850! Un retour dans l\u2019histoire du caribou qui m\u2019a surtout fait prendre conscience de son \u00e9troite relation mill\u00e9naire avec les humains. Une relation aujourd\u2019hui en danger.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Regards arch\u00e9ologiques<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suite \u00e0 mon pr\u00e9c\u00e9dent texte, un lecteur (M. Prescott) a attir\u00e9 mon attention (merci!) sur un livre intitul\u00e9 \u00ab\u202f<em>Wild mammals of New England<\/em>\u202f\u00bb. De ce livre, j\u2019ai tir\u00e9 la r\u00e9f\u00e9rence suivante&nbsp;: \u00ab\u202f<em>Archeological evidence of caribou from New York and Massachusetts<\/em>\u202f\u00bb (Guilday 1968).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il s\u2019agit d\u2019une note de recherche scientifique. Elle tient en une page. L\u2019auteur y rapporte la d\u00e9couverte de restes de caribous dans l\u2019\u00c9tat de New York, juste au nord de la ville du m\u00eame nom.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quant \u00e0 la datation du site, il n\u2019y avait pas assez de restes pour utiliser le Carbone 14. Toutefois, dans la m\u00eame strate de sol que les restes de caribous on retrouvait des pointes de fl\u00e8ches associ\u00e9es aux premi\u00e8res communaut\u00e9s autochtones.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par \u00ab\u202fpremi\u00e8res\u202f\u00bb communaut\u00e9s, l\u2019auteur r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une semblable association de restes de caribous et de fl\u00e8ches rencontr\u00e9e dans un site arch\u00e9ologique au Michigan et qui fut dat\u00e9e de 9000 ans avant J\u00e9sus-Christ. M.&nbsp;Guilday estime que cela pourrait correspondre \u00e0 la datation des restes rencontr\u00e9s dans l\u2019\u00c9tat de New York. Pour le contexte, \u00e0 cette \u00e9poque les Basse-Terre du Saint-Laurent ainsi que les futures villes de Montr\u00e9al et de Qu\u00e9bec \u00e9taient recouvertes par la mer de Champlain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le territoire qu\u00e9b\u00e9cois, Martin (1980), une r\u00e9f\u00e9rence dans la d\u00e9limitation de l\u2019aire de r\u00e9partition de 1850, pr\u00e9sente aussi les r\u00e9sultats d\u2019une \u00e9tude arch\u00e9ologique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon les donn\u00e9es \u00e9crites, on trouvait du caribou des bois au 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, dans la quasi-totalit\u00e9 de la vall\u00e9e du Saint-Laurent. La seule exception serait la pointe avanc\u00e9e de la for\u00eat de feuillus continentale, born\u00e9e de fa\u00e7on arbitraire \u00e0 l\u2019est par la rivi\u00e8re Richelieu et au nord par l\u2019\u00eele J\u00e9sus [note&nbsp;: Laval]. Et encore, le site pr\u00e9historique de Lanoraie a livr\u00e9 une proportion significative des restes alimentaires de caribous, consomm\u00e9s sur place il y a maintenant six ou sept cents ans. Y aurait-il une relation avec le \u00ab\u202fPetit \u00c2ge Glaciaire\u202f\u00bb? <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Martin&nbsp;1980, p.&nbsp;159<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rapprochons-nous maintenant de notre \u00e8re contemporaine en nous pla\u00e7ant \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des premiers explorateurs fran\u00e7ais au 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;: pr\u00e9sence sans abondance<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais d\u00e9buter cette section avec Moisan (1956) qui r\u00e9sume le regard port\u00e9 par les premiers explorateurs quant \u00e0 la pr\u00e9sence du caribou dans nos contr\u00e9es. Par la suite, je pr\u00e9senterai les \u00e9crits du fr\u00e8re Gabriel Sagard ainsi que de Pierre Boucher, le fondateur de Boucherville. En compl\u00e9ment, je vais r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 des auteurs faisant une synth\u00e8se des principales di\u00e8tes alimentaires chez les Premi\u00e8res Nations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais avant d\u2019aborder le tout, quelques pr\u00e9cisions terminologiques sont requises. Il n\u2019existe qu\u2019une seule esp\u00e8ce de caribou sur la plan\u00e8te. Le \u00ab\u202fcaribou des bois\u202f\u00bb est la seule sous-esp\u00e8ce pr\u00e9sente au Qu\u00e9bec. Elle est segment\u00e9e en trois \u00e9cotypes, soit&nbsp;: forestier, montagnard (Gasp\u00e9sie) et migrateur (le plus au nord).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Moisan (1956)<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le texte de Moisan (1956) traite principalement de la situation du caribou en Gasp\u00e9sie dans les ann\u00e9es&nbsp;1950, mais il y a aussi un volet historique. C\u2019est ce volet historique qui a valu \u00e0 ce texte d\u2019\u00eatre une r\u00e9f\u00e9rence cl\u00e9 dans Courtois et collab. (2003), l\u2019article scientifique qui a d\u00e9fini l\u2019aire de r\u00e9partition de 1850.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On sait que <em>Rangifer caribou<\/em> occupait une tr\u00e8s grande aire en Am\u00e9rique du Nord lors de l\u2019arriv\u00e9e des premiers Europ\u00e9ens. Il est cependant \u00e9trange de constater que les premiers chroniqueurs mentionnent \u00e0 peine sa pr\u00e9sence; ils l\u2019appellent \u00ab\u202fasne sauvage\u202f\u00bb. <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Moisan&nbsp;1956, p.&nbsp;229<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce commentaire para\u00eet quelque peu \u00e9quivoque, mais pourtant logique. \u00ab\u202fPr\u00e9sence\u202f\u00bb n\u2019est pas synonyme d\u2019abondance, comme nous allons aussi le constater avec Sagard et Boucher.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Gabriel Sagard<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un des premiers explorateurs dont les \u00e9crits sont facilement accessibles est celui du fr\u00e8re r\u00e9collet Gabriel Sagard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son livre, imprim\u00e9 en 1632, s\u2019intitule \u00ab\u202f<em>Le grand voyage au pays des Hurons<\/em>\u202f\u00bb. Le-dit voyage s\u2019est fait de juillet 1623 \u00e0 juillet 1624. Gabriel Sagard a alors quitt\u00e9 Qu\u00e9bec en canot, avec des Hurons, \u00e0 destination du territoire de la Conf\u00e9d\u00e9ration huronne. Cette derni\u00e8re se trouvait alors entre les lacs Hurons et Ontario. \u00c0 souligner qu\u2019il avait appris la langue huronne et fut accept\u00e9 dans la maison longue d\u2019une famille huronne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la premi\u00e8re partie de son livre, Sagard discute surtout des diff\u00e9rentes m\u0153urs des Hurons. Mais dans la deuxi\u00e8me partie, plus courte, Sagard parle des oiseaux, poissons et de la faune rencontr\u00e9e ou dont il a entendu parler. Ci-dessous le passage dans lequel il parle du caribou.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9lans ou orignaux sont fr\u00e9quents en la Province de Canada et forts rares \u00e0 celle des Hurons, d\u2019autant que ces animaux se tiennent et retirent ordinairement dans les pays plus froids et remplis de montagnes, aussi bien que les ours blancs qu\u2019on dit habiter l\u2019\u00eele d\u2019Anticosti, proche l\u2019embouchure de la grande rivi\u00e8re Saint-Laurent; les Hurons appellent ces \u00e9lans <em>sondareinta<\/em>, et les caribous <em>ausquoy<\/em>, desquels les Sauvages nous donn\u00e8rent un pied, qui est creux et si l\u00e9ger de la corne et fait de telle fa\u00e7on qu\u2019on peut ais\u00e9ment croire ce qu\u2019on dit de cet animal&nbsp;: qu\u2019il marche sur les neiges sans enfoncer. <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Sagard&nbsp;1632 (\u00c9dition 2007, Biblioth\u00e8que Qu\u00e9b\u00e9coise), p.&nbsp;318-319<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 le fait qu\u2019il ait travers\u00e9 le sud du Qu\u00e9bec en remontant le fleuve Saint-Laurent et la rivi\u00e8re des Outaouais, il est notable que la pr\u00e9sence du caribou forestier ne se soit pas \u00ab\u202fimpos\u00e9e\u202f\u00bb \u00e0 fr\u00e8re Sagard. Les Hurons ne semblent pas non plus avoir insist\u00e9 sur sa pr\u00e9sence. \u00c0 souligner que Sagard n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 souligner l\u2019abondance de divers animaux si la situation s\u2019y pr\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quant au \u00ab\u202fpied\u202f\u00bb du caribou, il faut mettre en contexte que les Hurons \u00e9taient des ma\u00eetres du troc et avaient acc\u00e8s \u00e0 un large r\u00e9seau commercial.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pierre Boucher<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre commentateur d\u2019importance des premi\u00e8res ann\u00e9es de la colonisation fran\u00e7aise est Pierre Boucher. Il arrivera en Nouvelle-France en 1635 et passera quatre ans en Huronie (1637 \u00e0 1641). Il deviendra un personnage central de la colonie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre autres fonctions, il sera nomm\u00e9 gouverneur de Trois-Rivi\u00e8res. Il s\u2019illustra, en particulier, dans sa d\u00e9fense de la ville contre les Iroquois. Il jouera aussi un r\u00f4le cl\u00e9 pour inciter le roi de France \u00e0 envoyer des renforts militaires dans la colonie. C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il publiera en 1664 \u00ab\u202f<em>Histoire v\u00e9ritable et naturelle des m\u0153urs et productions du pays de la Nouvelle-France vulgairement dite le Canada<\/em>\u202f\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans un chapitre intitul\u00e9 \u00ab<em>Br\u00e8ve description de Qu\u00e9bec, et de quelques-autres lieux<\/em>\u00bb qu\u2019il fait une premi\u00e8re r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la pr\u00e9sence du caribou&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais disons un mot de l\u2019habitation des Trois-Rivi\u00e8res&nbsp;: c\u2019est un fort beau pays \u00e0 voir, un pays plat, point montagneux, qui a de fort beaux bois&nbsp;: plusieurs rivi\u00e8res et lacs entrecoupent ses terres, qui sont toutes bord\u00e9es de belles prairies; ce qui fait qu\u2019il y a quantit\u00e9 d\u2019animaux, et surtout des \u00e9lans [orignal], caribous, et castors, et un tr\u00e8s grand nombre de gibier et de poisson. <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Boucher&nbsp;1664, p.&nbsp;21 (\u00c9dition 2014)<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une deuxi\u00e8me r\u00e9f\u00e9rence au caribou est faite dans le chapitre consacr\u00e9 aux animaux&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Commen\u00e7ons donc par le plus commun et le plus universel de tous les animaux de ce pays, qui est l\u2019\u00e9lan, qu\u2019on appelle en ces quartiers-ci orignal [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le caribou est un animal de la hauteur environ d\u2019un \u00e2ne, mais qui est fort dispos. [\u2026] <\/p>\n<cite><em>\u2014 Boucher&nbsp;1664, p.&nbsp;21 (\u00c9dition 2014), p.&nbsp;54-55<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout comme Sagard, Pierre Boucher quantifie la pr\u00e9sence de certains animaux et, comme pour ce premier, c\u2019est l\u2019orignal qui se d\u00e9marqua en abondance. Dans le cas du caribou, au-del\u00e0 d\u2019une pr\u00e9sence qui semble marqu\u00e9e dans la Mauricie d\u2019aujourd\u2019hui, cette esp\u00e8ce est identifi\u00e9e comme \u00e9tant pr\u00e9sente, sans plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Attardons-nous maintenant \u00e0 des auteurs qui ont fait des synth\u00e8ses de l\u2019apport du caribou dans les di\u00e8tes des Premi\u00e8res Nations.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Di\u00e8te alimentaire et Premi\u00e8res Nations<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je commencerais par Martin (1980)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[\u2026] Les \u00e9vidences ethnographiques et arch\u00e9ologiques nous indiquent l\u2019importance de certains cervid\u00e9s dans le r\u00e9gime alimentaire des familles [autochtones]&nbsp;: l\u2019orignal chez les Micmacs, le cerf de Virginie chez les Iroquois, et le caribou des bois chez les Montagnais, les Naskapis, les Cris et les Chippewas. Cette constatation g\u00e9n\u00e9rale vaut surtout pour les quatre derniers si\u00e8cles [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quel qu\u2019en fut l\u2019usage chez les peuples habitant la haute vall\u00e9e du Saint-Laurent, ce fut surtout chez les hommes du Nord (Montagnais-Naskapis-Cris) que se d\u00e9veloppa la \u00ab\u202fculture\u202f\u00bb du caribou\u202f\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire une civilisation mat\u00e9rielle o\u00f9 ce cervid\u00e9 formait la principale source d\u2019alimentation carn\u00e9e et o\u00f9 le reste de sa d\u00e9pouille [\u2026] \u00e9tait converti de mille mani\u00e8res. <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Martin&nbsp;1980, p.&nbsp;160-61<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le livre \u00ab\u202f<em>Les Premi\u00e8res Nations du Canada\u202f<\/em>\u00bb (1996), voici ce dont il est mention concernant les Innus (Montagnais et Naskapis) et leur relation respective au caribou et \u00e0 l\u2019orignal&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Montagnais et Naskapis poss\u00e8dent en commun une culture archa\u00efque fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9conomie de la ta\u00efga. Les Naskapis du Labrador exploitent les ressources de la mer aussi bien que le caribou; habitant les denses for\u00eats de l\u2019int\u00e9rieur, les Montagnais comptent principalement sur l\u2019orignal (\u00e9lan d\u2019Am\u00e9rique) en hiver et sur la p\u00eache en eau douce en \u00e9t\u00e9. <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Dickason&nbsp;1996, p.&nbsp;96<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 noter qu\u2019il y est aussi fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la relation \u00e9troite entre les Inuits et le caribou.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans une synth\u00e8se comparative de pr\u00e8s de 700 pages intitul\u00e9e \u00ab\u202f<em>Indians of North America<\/em>\u202f\u00bb (Driver 1961), il est mentionn\u00e9 ceci concernant les moyens de subsistance dans la zone \u00ab\u202fsub-arctique\u202f\u00bb (zone couvrant l\u2019essentiel du Qu\u00e9bec)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les peuples de la r\u00e9gion subarctique, de l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Alaska, \u00e0 l\u2019ouest, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019oc\u00e9an Atlantique, \u00e0 l\u2019est, se nourrissaient principalement de viande de caribou et d\u2019orignal. Bien que les deux esp\u00e8ces animales soient pr\u00e9sentes ensemble dans de nombreuses r\u00e9gions, le caribou pr\u00e9domine dans le nord et l\u2019orignal dans le sud. De m\u00eame, les neuf esp\u00e8ces [\u00e9cotypes] de caribous sont souvent divis\u00e9es en deux cat\u00e9gories&nbsp;: les caribous de la toundra sans arbres en \u00e9t\u00e9 et les caribous des bois, confin\u00e9s toute l\u2019ann\u00e9e dans les r\u00e9gions bois\u00e9es plus au sud. \u2014 Driver&nbsp;1961, p.&nbsp;25 [traduction avec Deepl]<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la petite note concernant cette derni\u00e8re r\u00e9f\u00e9rence, j\u2019ai la premi\u00e8re \u00e9dition. Une seconde \u00e9dition, r\u00e9vis\u00e9e, fut \u00e9dit\u00e9e en 1969. Gr\u00e2ce \u00e0 la <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/books.google.ca\/books?id=YPdJCgAAQBAJ&amp;printsec=frontcover&amp;hl=fr#v=onepage&amp;q&amp;f=false\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/books.google.ca\/books?id=YPdJCgAAQBAJ&amp;printsec=frontcover&amp;hl=fr#v=onepage&amp;q&amp;f=false\" target=\"_blank\">version \u00e9lectronique<\/a> publi\u00e9e en 2011, j\u2019ai pu v\u00e9rifier que le texte cit\u00e9 n\u2019avait pas chang\u00e9 (p.&nbsp;56).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans une autre synth\u00e8se encyclop\u00e9dique intitul\u00e9e \u00ab\u202f<em>Indians of North America<\/em>\u202f\u00bb (Turner 1992), on retrouve la Figure ci-dessous concernant la principale source de nourriture dans les diff\u00e9rentes r\u00e9gions de ce continent.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Turner1992.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"871\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Turner1992.jpg\" alt=\"Bases alimentaires dans l'Am\u00e9rique du nord pr\u00e9colombienne\" class=\"wp-image-5839\" style=\"width:600px;height:653px\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Turner1992.jpg 800w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Turner1992-321x350.jpg 321w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Turner1992-768x836.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Bases alimentaires (\u00abmainstays\u00bb) dans l&rsquo;Am\u00e9rique du nord pr\u00e9colombienne; tir\u00e9e de Turner (1992, p. 104). <\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Bilan 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais, il est assez clair que seul le caribou migrateur (au nord) \u00e9tait assez abondant pour que des nations autochtones orientent leur mode de vie vers cette esp\u00e8ce (\u00e9cotype). Quant au caribou forestier, sa pr\u00e9sence peut \u00eatre qualifi\u00e9e \u00ab\u202fd\u2019\u00e9lusive\u202f\u00bb. \u00c0 tout le moins, il n\u2019\u00e9tait pas en assez grand nombre pour que des nations autochtones \u00ab\u202fmisent\u202f\u00bb sur cette esp\u00e8ce afin d\u2019assurer leur s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ce portrait concernant le caribou forestier avait clairement chang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;: abondance et boucherie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je d\u00e9buterais ici par le regard que portent Courtois et collab. (2003) sur l\u2019histoire du caribou forestier entre l\u2019arriv\u00e9e des premiers colons fran\u00e7ais et 1850.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au Qu\u00e9bec, les premiers explorateurs ont not\u00e9 la pr\u00e9sence du caribou sur les deux rives du fleuve Saint-Laurent, de l\u2019emplacement actuel de la ville de Qu\u00e9bec [\u2026] \u00e0 Gasp\u00e9 [\u2026], et sur tout le plateau laurentien, au centre de la p\u00e9ninsule Qu\u00e9bec-Labrador [\u2026]. Au d\u00e9part, le caribou \u00e9tait peu exploit\u00e9, mais la chasse s\u2019est intensifi\u00e9e au cours du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avec l\u2019augmentation de la population humaine et l\u2019avanc\u00e9e des colons dans l\u2019arri\u00e8re-pays. Le caribou avait disparu de la vall\u00e9e du Saint-Laurent en 1850 [\u2026] <\/p>\n<cite><em>\u2014 Courtois et collab. 2003, p.&nbsp;401 [traduction avec Deepl]<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre les 17<sup>e<\/sup> et 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, seule la population humaine semble s\u2019accro\u00eetre par le biais de la colonisation. Les Premi\u00e8res Nations sont quant \u00e0 elles compl\u00e8tement absentes; ce qui est en soi une insulte aux premiers humains ayant habit\u00e9 ce continent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Concernant le caribou forestier, il y a aussi quelque chose qui cloche. Je vous pr\u00e9sente tout d\u2019abord la citation suivante tir\u00e9e de Martin (1980). Je souligne qu\u2019elle fait partie d\u2019une section intitul\u00e9e \u00abUn demi-si\u00e8cle de boucherie\u00bb dans le chapitre consacr\u00e9 au caribou. Une \u00ab\u202fboucherie\u202f\u00bb associ\u00e9e au r\u00f4le de la chasse sur le d\u00e9clin des populations de caribous dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et le d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[\u2026] \u00c0 l\u2019aube du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019Am\u00e9rique enti\u00e8re \u00e9tait plus que jamais la terre du pillage et du gaspillage. Voici comment disparurent, en moins de quinze ans, les 10&nbsp;000 t\u00eates du vaste troupeau de caribous du Parc des Laurentides (cr\u00e9\u00e9 ironiquement pour les prot\u00e9ger)&nbsp;: \u00ab\u00c7a passait pendant des jours. On tuait \u00e7a par centaines. <em>On chargeait des hommes de langues de caribou<\/em> [en italique dans le texte]. Il suffisait de commencer par abattre les chefs de file, et quand on savait s\u2019y prendre, on pouvait abattre toute une harde. [\u2026] des tueries semblables se r\u00e9p\u00e9t\u00e8rent \u00e0 la grandeur du Qu\u00e9bec, portant le coup final \u00e0 des animaux dont l\u2019habitat, comme une peau de chagrin, r\u00e9tr\u00e9cissait sans cesse depuis d\u00e9j\u00e0 un si\u00e8cle. <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Martin&nbsp;1980, p.167<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Moisan (1956) fait aussi r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 de grands succ\u00e8s de chasse au caribou forestier (ou montagnard) dans la 2<sup>e<\/sup> moiti\u00e9 du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et le d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la province de Qu\u00e9bec, la chasse au caribou se pratiquait aussi au sud que Montr\u00e9al, vers 1875. La premi\u00e8re loi concernant cette chasse fut pass\u00e9e en 1885, et elle limitait le chasseur \u00e9tranger \u00e0 cinq caribous seulement. En 1895, le Parc des Laurentides fut cr\u00e9\u00e9 dans le but de prot\u00e9ger le caribou, et on estimait alors que cette r\u00e9gion abritait 10&nbsp;000 b\u00eates. On y tol\u00e9ra la chasse jusqu\u2019en 1927, alors qu\u2019elle fut d\u00e9finitivement prohib\u00e9e. Dans les rapports annuels du D\u00e9partement de la Chasse et de la P\u00eache, on mentionne pour la premi\u00e8re fois en 1913 une diminution alarmante dans le cheptel caribou. D\u00e8s 1920, en d\u00e9pit de l\u2019\u00e9tablissement du Parc, le caribou avait presque compl\u00e8tement disparu de cette r\u00e9gion, pour des raisons inconnues, et il n\u2019est jamais revenu en nombre appr\u00e9ciable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[\u2026] On permit de nouveau la chasse au caribou en Gasp\u00e9sie en 1934, mais en 1937, le Parc de la Gasp\u00e9sie fut \u00e9tabli et toute chasse fut d\u00e9fendue dans les limites du Parc. Enfin la chasse au caribou fut prohib\u00e9e en 1949 dans toute la province, et elle l\u2019est encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il nous fut impossible de trouver des donn\u00e9es exactes sur les fluctuations de cette population de caribous. D\u2019apr\u00e8s les vieux guides qui ont trapp\u00e9 et chass\u00e9 en Gasp\u00e9sie depuis cinquante ans, le caribou se chassait autrefois dans toute la p\u00e9ninsule. Entre 1900 et 1915, on l\u2019exp\u00e9diait \u00abau char\u00bb. [\u2026] <\/p>\n<cite><em>\u2014 Moisan&nbsp;1956, p.&nbsp;231<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Bilan 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/RepartitionCaribouForestier_1850_2012_PlanRetablissement.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"535\" height=\"720\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/RepartitionCaribouForestier_1850_2012_PlanRetablissement.png\" alt=\"Limite m\u00e9ridionale de l'aire de r\u00e9partition contenue du caribou forestier au Qu\u00e9bec, en 1850 et 2012\" class=\"wp-image-5645\" style=\"width:401px;height:540px\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/RepartitionCaribouForestier_1850_2012_PlanRetablissement.png 535w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/RepartitionCaribouForestier_1850_2012_PlanRetablissement-260x350.png 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 535px) 100vw, 535px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Limite m\u00e9ridionale de l&rsquo;aire de r\u00e9partition contenue du caribou forestier au Qu\u00e9bec, en 1850 et 2012 (source: <a href=\"https:\/\/www.mffp.gouv.qc.ca\/publications\/faune\/especes\/Plan-retablissement2013-2023.pdf\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.mffp.gouv.qc.ca\/publications\/faune\/especes\/Plan-retablissement2013-2023.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Plan de r\u00e9tablissement du caribou forestier 2013-2023<\/a>)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le caribou forestier appara\u00eet tr\u00e8s abondant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour mesurer cette abondance, on peut d\u2019abord faire valoir que pendant de nombreuses ann\u00e9es, il n\u2019y eut aucun quota de chasse ou presque (\u00ab\u202f\u00e9trangers\u202f\u00bb \u00e0 cinq caribous).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aussi, l\u2019\u00e9valuation d\u2019une population de 10&nbsp;000 caribous forestiers dans le Parc des Laurentides (aujourd\u2019hui \u00ab\u202fR\u00e9serve faunique\u202f\u00bb) doit \u00eatre qualifi\u00e9e de \u00ab\u202ffabuleuse\u202f\u00bb. Pour donner la mesure de ce chiffre, dans l\u2019actuel <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.mffp.gouv.qc.ca\/publications\/faune\/especes\/Plan-retablissement2013-2023.pdf\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.mffp.gouv.qc.ca\/publications\/faune\/especes\/Plan-retablissement2013-2023.pdf\" target=\"_blank\">Plan de r\u00e9tablissement du caribou forestier au Qu\u00e9bec&nbsp;2013-2023<\/a><\/em>, l\u2019objectif est d\u2019atteindre une population minimale de\u2026 11&nbsp;000 caribous! Au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ce chiffre aurait \u00e9t\u00e9 atteint pour le seul Parc des Laurentides!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 une telle abondance de caribous forestiers, il est difficile d\u2019imaginer que les premiers commentateurs de l\u2019\u00e9poque comme Sagard et Boucher se seraient essentiellement limit\u00e9s \u00e0 noter sa pr\u00e9sence. Il est aussi difficile de concevoir qu\u2019aucune nation autochtone n\u2019aurait eu le caribou forestier comme principale di\u00e8te alimentaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que Courtois et collab. (2003) n\u2019en font pas mention, les populations de caribous forestiers se sont \u00e0 l\u2019\u00e9vidence fortement accrues entre les 17<sup>e<\/sup> et 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des conditions de croissance des populations de caribous forestiers<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelles sont les raisons ayant favoris\u00e9 un tel accroissement des populations de caribous forestiers entre les 17<sup>e<\/sup> et 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cles? Une esp\u00e8ce r\u00e9put\u00e9e pour se reproduire lentement (1 faon\/femelle\/an).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme je l\u2019argumentais dans mon <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/caribou-forestier-rare\/\" data-type=\"post\" data-id=\"5626\" target=\"_blank\">premier texte sur le sujet<\/a>, l\u2019effondrement des populations humaines, qui gardaient \u00ab\u202fsous contr\u00f4le\u202f\u00bb celles des caribous forestiers, doit \u00eatre plac\u00e9 en t\u00eate de liste. Il y a aussi les campagnes d\u2019\u00e9radication des loups qui ont contribu\u00e9 \u00e0 cet accroissement. Les loups sont des pr\u00e9dateurs de premier plan du caribou forestier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ajouterai ici une variable climatique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle jusqu\u2019au milieu du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, nous \u00e9tions dans le Petit \u00c2ge Glaciaire. Une p\u00e9riode de refroidissement climatique qui s\u2019est \u00e9tendue de l\u2019an&nbsp;1350 \u00e0 1850. C\u2019est dire qu\u2019il pr\u00e9valait alors des conditions climatiques favorisant la pr\u00e9sence de r\u00e9sineux; ces derniers repr\u00e9sentant l\u2019habitat de pr\u00e9dilection du caribou forestier.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des caribous forestiers et des Hommes<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les caribous et les humains sont intimement li\u00e9s depuis des mill\u00e9naires. Or, notre grande strat\u00e9gie pour promouvoir le caribou forestier, l\u2019\u00e9cotype dont il est le plus question dans l\u2019actualit\u00e9, est de le s\u00e9parer au maximum des humains. \u00catre en rupture avec des milliers d\u2019ann\u00e9es de coexistence humains-caribous est-il vraiment synonyme de promotion de la biodiversit\u00e9?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette strat\u00e9gie est clairement influenc\u00e9e par la perception de la tr\u00e8s grande aire de r\u00e9partition et l\u2019abondance de cette esp\u00e8ce animale au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Or, la situation des populations du caribou forestier \u00e0 cette \u00e9poque avait \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9e par deux si\u00e8cles d\u2019effondrement des populations de ses principaux pr\u00e9dateurs&nbsp;: l\u2019humain et les loups. Et \u00e0 cela, il faut ajouter le contexte climatique favorable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il m\u2019appara\u00eet donc essentiel que notre strat\u00e9gie de r\u00e9tablissement du caribou forestier int\u00e8gre \u00e0 la fois les variables climatiques et historiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la premi\u00e8re, il faut prendre conscience que m\u00eame sans influence humaine directe, l\u2019aire de r\u00e9partition du caribou forestier est destin\u00e9e \u00e0 aller vers le nord. Il convient donc de se poser des questions sur le futur des hardes de Val-d\u2019Or et de Charlevoix, soit celles les plus au sud. Le <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.mffp.gouv.qc.ca\/publications\/faune\/especes\/Plan-retablissement2013-2023.pdf\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.mffp.gouv.qc.ca\/publications\/faune\/especes\/Plan-retablissement2013-2023.pdf\" target=\"_blank\">Plan de <\/a><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.mffp.gouv.qc.ca\/publications\/faune\/especes\/Plan-retablissement2013-2023.pdf\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.mffp.gouv.qc.ca\/publications\/faune\/especes\/Plan-retablissement2013-2023.pdf\" target=\"_blank\">r<\/a><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.mffp.gouv.qc.ca\/publications\/faune\/especes\/Plan-retablissement2013-2023.pdf\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.mffp.gouv.qc.ca\/publications\/faune\/especes\/Plan-retablissement2013-2023.pdf\" target=\"_blank\">\u00e9tablissement<\/a><\/em> r\u00e9f\u00e8re d\u2019ailleurs \u00e0 celle de Val-d\u2019Or comme \u00e9tant une \u00ab&nbsp;relique&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;6). Quant \u00e0 celle de Charlevoix, elle est en fait le fruit d\u2019efforts de r\u00e9introduction datant du d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1970.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la variable historique, il faudrait revenir \u00e0 une logique de cohabitation humains-caribou forestier. Certes, le caribou forestier ne serait pas des plus abondants, mais c\u2019est dans la nature de cette relation mill\u00e9naire avec l\u2019humain.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:69px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">BOUCHER, P.&nbsp;1664. <em>Histoire v\u00e9ritable et naturelle des m\u0153urs et productions du pays de la Nouvelle-France vulgairement dite le Canada<\/em>. Septentrion, 2014. Qu\u00e9bec. 193 pages.<br>COURTOIS, R., OUELLET, J.&nbsp;P., GINGRAS, A., DUSSAULT, L., BRETON, L., &amp; MALTAIS, J.&nbsp;2003. <em>Historical Changes and Current Distribution of Caribou, Rangifer tarandus, in Quebec<\/em>. The Canadian Field-Naturalist&nbsp;117 :399\u2013414.<br>DICKASON, O. P.&nbsp;1996. <em>Les Premi\u00e8res Nations du Canada<\/em>. Septentrion, \u00c9dition fran\u00e7aise. Traduit de l\u2019anglais par&nbsp;: Jude Des Ch\u00eanes. Qu\u00e9bec. 511 pages.<br>DRIVER, H. E.&nbsp;1961. <em>Indians of North America<\/em>. University of Chicago Press, 668 pages.<br>GUILDAY, J. E.&nbsp;1968. <em>Archaeological evidence of caribou from New York and Massachusetts<\/em>. Journal of Mammalogy&nbsp;49(2): 344\u2013345.<br>MARTIN, P. -L. 1980. <em>Histoire de la chasse au Qu\u00e9bec<\/em>. Boreal Express, Montreal. 281 pages.<br>MOISAN, G.&nbsp;1956. <em>Le caribou de Gasp\u00e9 I. Histoire et distribution<\/em>. Le Naturaliste Canadien&nbsp;83 (10)&nbsp;: 225-234.<br>SAGARD, G.&nbsp;1632. <em>Le grand voyage au pays des Hurons<\/em>. Biblioth\u00e8que Qu\u00e9b\u00e9coise, 2007. 407 pages.<br>TURNER, G.&nbsp;1992. <em>Indians of North America<\/em>. Sterling Publishing Company Incorporated, 261 pages.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Troisi\u00e8me texte de la s\u00e9rie Les Chroniques du caribou. Dans les derniers mois, j\u2019ai \u00e9crit deux textes portant sp\u00e9cifiquement sur le caribou forestier. Dans le premier, en ao\u00fbt dernier, j\u2019argumentais que sa d\u00e9limitation historique, fix\u00e9e \u00e0 l\u2019ann\u00e9e&nbsp;1850 (carte plus bas), <span class=\"excerpt-dots\">&hellip;<\/span> <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/caribous-hommes\/\"><span class=\"more-msg\">Lire la suite<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[514,407,290],"tags":[267,192,473,474],"class_list":["post-5840","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chroniquescaribou","category-histoire-environnementale","category-quebec","tag-autochtones","tag-caribou","tag-chasse","tag-hurons"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5840","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5840"}],"version-history":[{"count":41,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5840\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7292,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5840\/revisions\/7292"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5840"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5840"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5840"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}