{"id":5807,"date":"2022-02-16T10:10:05","date_gmt":"2022-02-16T15:10:05","guid":{"rendered":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/?p=5807"},"modified":"2024-11-05T15:50:17","modified_gmt":"2024-11-05T20:50:17","slug":"legende-repartition-caribou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/legende-repartition-caribou\/","title":{"rendered":"La l\u00e9gende de la r\u00e9partition historique du caribou forestier"},"content":{"rendered":"\n<h6 class=\"wp-block-heading\">Deuxi\u00e8me texte de la s\u00e9rie <a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/chroniques-caribou\/\" data-type=\"post\" data-id=\"7201\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Les Chroniques du caribou<\/a>.<\/h6>\n\n\n\n<div style=\"height:36px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/RepartitionCaribouForestier_1850_2012_PlanRetablissement.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"535\" height=\"720\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/RepartitionCaribouForestier_1850_2012_PlanRetablissement.png\" alt=\"Carte limite r\u00e9partition caribou forestier 1850 et 2012\" class=\"wp-image-5806\" style=\"width:401px;height:540px\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/RepartitionCaribouForestier_1850_2012_PlanRetablissement.png 535w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/RepartitionCaribouForestier_1850_2012_PlanRetablissement-260x350.png 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 535px) 100vw, 535px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Limite de r\u00e9partition du caribou forestier en 1850 et en 2012 (source: Plan de r\u00e9tablissement du caribou forestier 2013-2023, p. 3)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-drop-cap wp-block-paragraph\">La carte ci-contre, tir\u00e9e du Plan de r\u00e9tablissement du caribou forestier&nbsp;2013-2023, est \u00e0 la base des efforts de conservation de cette esp\u00e8ce. Elle illustre son aire de r\u00e9partition en 1850 et en 2012 et renvoie l\u2019id\u00e9e d\u2019une colossale occupation historique qui s\u2019est inexorablement r\u00e9duite depuis la colonisation europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans un <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/caribou-forestier-rare\/\" data-type=\"post\" data-id=\"5626\" target=\"_blank\">pr\u00e9c\u00e9dent texte<\/a> je remettais en question l\u2019aspect \u00abnaturel\u00bb de la d\u00e9limitation de 1850 sur la base de l\u2019occupation pr\u00e9europ\u00e9enne du territoire qu\u00e9b\u00e9cois. En r\u00e9sum\u00e9, j\u2019argumentais que c\u2019est l\u2019h\u00e9catombe provoqu\u00e9e dans les populations des Premi\u00e8res Nations, suite \u00e0 leur contact avec les Europ\u00e9ens, qui avait vraisemblablement contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019extension territoriale de 1850 du caribou forestier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le pr\u00e9sent texte, je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la \u00absolidit\u00e9\u00bb m\u00eame de la limite territoriale de 1850. Pour cela, j\u2019ai remont\u00e9 le fil des r\u00e9f\u00e9rences ayant servi \u00e0 l\u2019\u00e9tablir. Je suis m\u00eame all\u00e9 un peu plus loin. Et, \u00e0 ma grande surprise je dois dire, aborder cette analyse sous l\u2019angle d\u2019un \u00ab\u202fgradient de solidit\u00e9\u202f\u00bb ne s\u2019appliquait pas ici. Il serait en fait plus juste de parler de contes et l\u00e9gendes. D\u00e9tails\u2026<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"d-une-ligne-pointillee-a-une-ligne-solide\">D\u2019une ligne pointill\u00e9e \u00e0 une ligne solide<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019aire de r\u00e9partition de 1850 est tir\u00e9e d\u2019un article scientifique de 2003 intitul\u00e9 \u00ab\u202f<em>Historical changes and current distribution of caribou, Rangifer tarandus, in Quebec<\/em>\u202f\u00bb (Courtois et collab.; r\u00e9f\u00e9rences compl\u00e8tes en fin de texte). \u00c0 souligner que, dans cet article, la d\u00e9limitation contemporaine de l\u2019aire de r\u00e9partition du caribou forestier \u00e9tait fix\u00e9e \u00e0 1972. Elle a depuis \u00e9t\u00e9 actualis\u00e9e \u00e0 2012.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un point visuel que l\u2019on peut imm\u00e9diatement remarquer dans l\u2019article est que la d\u00e9limitation de 1850 est en pointill\u00e9s, ce n\u2019est pas une ligne pleine. Un \u00ab\u202fd\u00e9tail\u202f\u00bb qui n\u2019en est pas vraiment un consid\u00e9rant, comme le soulignent les auteurs, la pr\u00e9cision des donn\u00e9es historiques&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pr\u00e9cision des donn\u00e9es historiques est relativement faible [\u2026] Conclure erron\u00e9ment qu\u2019il n\u2019y a pas de d\u00e9clin serait une erreur plus grave en mati\u00e8re de conservation biologique [<em>biological conservation<\/em>] que de conclure erron\u00e9ment qu\u2019il y a un d\u00e9clin [\u2026] <\/p>\n<cite><em>\u2014 Courtois et collab. 2003, p.&nbsp;412 [traduction avec l\u2019aide de Deepl]<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est-\u00e0-dire que, dans le doute, les auteurs ont conclu avec l\u2019option la moins dommageable sous l\u2019angle de la pr\u00e9servation du caribou forestier. \u00c0 la base, il n\u2019y avait cependant rien de tr\u00e8s certain dans la d\u00e9limitation de 1850.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La m\u00e9thodologie de l\u2019article est aussi un autre indice quant au fait que les aires de r\u00e9partition historiques et contemporaines du caribou forestier n\u2019ont pas la m\u00eame valeur. Pour l\u2019appr\u00e9ciation visuelle, sur les 80 lignes de la section \u00ab\u202fM\u00e9thodologie\u202f\u00bb, l\u2019effort consacr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9limitation de l\u2019aire de distribution de 1850 n\u2019occupe que les cinq premi\u00e8res lignes (r\u00e9f\u00e9rences comprises).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il s\u2019av\u00e8re qu\u2019avec le temps, l\u2019approximation de la d\u00e9limitation de 1850 s\u2019est transform\u00e9e en affirmation. Ce n\u2019est pas une ligne \u00ab\u202fsolide\u202f\u00bb et Courtois et collab. (2003) n\u2019ont jamais pr\u00e9tendu que cela en \u00e9tait une.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"des-doutes-de-courtois-et-collab-2003-sur-la-limite-de-1850\">Des doutes de Courtois et collab. (2003) sur la limite de 1850<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9tonnamment, les observations m\u00eames de Courtois et collab. (2003) am\u00e8nent de s\u00e9rieux doutes et questionnements sur la d\u00e9limitation de 1850.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le caribou avait disparu [<em>had disappeared<\/em>] de la vall\u00e9e du Saint-Laurent en 1850 (Martin\u00a01980; Guay 1983). Toutefois, entre 1865 et 1875, il pouvait toujours \u00eatre retrouv\u00e9 sur la Rive-Nord du Saint-Laurent [\u2026] et de la vall\u00e9e de la Matap\u00e9dia \u00e0 la partie la plus orientale de la p\u00e9ninsule de la Gasp\u00e9sie (Moisan\u00a01956; Guay\u00a01983; Gingras et al. 1989). <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Courtois et collab. 2003, p.&nbsp;401 [traduction]<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce segment, tir\u00e9 de la section \u00ab\u202fR\u00e9sultats\u202f\u00bb de l\u2019article, a de quoi surprendre. Sans la vall\u00e9e du Saint-Laurent, l\u2019aire de r\u00e9partition du caribou forestier en 1850 prend imm\u00e9diatement une allure bien diff\u00e9rente!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On retrouve d\u2019autres d\u00e9tails dans la section \u00ab\u202fDiscussion\u202f\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019y a aucun doute quant \u00e0 la diminution historique de la distribution du caribou au Qu\u00e9bec. \u00c0 l\u2019exception de la population de la Gasp\u00e9sie, l\u2019esp\u00e8ce n\u2019est plus pr\u00e9sente sur la Rive-Sud du Saint-Laurent o\u00f9 elle pouvait \u00eatre fr\u00e9quemment vue jusqu\u2019\u00e0 environ 1875 (Martin\u00a01980; Guay 1983). Toutefois, sa distribution et son abondance historique dans la vall\u00e9e du Saint-Laurent ne sont pas connues. Ce territoire est \u00e0 pr\u00e9sent domin\u00e9 par les feuillus et la for\u00eat m\u00e9lang\u00e9e, qui sont des habitats inad\u00e9quats pour le caribou. Les feuillus matures dominaient d\u00e9j\u00e0 ce paysage forestier au d\u00e9but du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Richard 1993), ce qui nous indique que, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 cette \u00e9poque, le caribou n\u2019\u00e9tait probablement pas abondant au sud-ouest de la ville de Qu\u00e9bec. Sa distribution \u00e9tait probablement limit\u00e9e aux sites domin\u00e9s par les r\u00e9sineux. <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Courtois et collab. 2003, p.&nbsp;406-407 [traduction]<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quoique des observations semblent avoir \u00e9t\u00e9 faites sur les deux rives du Saint-Laurent au cours de la d\u00e9cennie&nbsp;1865-1875, aux dires m\u00eames des auteurs il y a \u00e9norm\u00e9ment de doutes sur la port\u00e9e r\u00e9elle de la pr\u00e9sence du caribou au sud du Qu\u00e9bec. Comme ils le notent, il est surprenant de rencontrer un repr\u00e9sentant de la for\u00eat bor\u00e9ale dans la for\u00eat feuillue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour \u00e9claircir mes id\u00e9es, j\u2019ai consult\u00e9 trois des quatre r\u00e9f\u00e9rences de Courtois et collab. (2003) li\u00e9es \u00e0 l\u2019occupation du caribou forestier au Qu\u00e9bec, soit Guay (1983), Martin (1980) ainsi que Moisan (1956). Je n\u2019ai pas pu mettre la main sur Gingras et collab. (1989), un livre intitul\u00e9 \u00ab\u202fLe club Triton\u202f\u00bb (Les \u00c9ditions Rapide-Blanc inc.).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"du-caribou-dans-le-sud-du-quebec\">Du caribou dans le sud du Qu\u00e9bec?<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"guay-1983\">Guay (1983)<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re r\u00e9f\u00e9rence dont je vais tirer des extraits est un livre de M.&nbsp;Guay intitul\u00e9 \u00ab\u202fHistoires vraies de la chasse au Qu\u00e9bec\u202f\u00bb (1983, VLB \u00c9diteur). Ce livre est structur\u00e9 sous forme d\u2019anecdotes remontant jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1600. \u00ab\u202fAnecdotes\u202f\u00bb, mais avec un effort de recherche s\u00e9rieux je pr\u00e9cise! Pour aujourd\u2019hui je m\u2019en tiendrai \u00e0 ce que ce livre nous apprend sur la pr\u00e9sence du caribou forestier au 19e si\u00e8cle. \u00c0 noter qu\u2019il y a un index qui permet de retracer toutes les entr\u00e9es li\u00e9es au caribou.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la premi\u00e8re entr\u00e9e li\u00e9e au caribou est dat\u00e9e de 1857 et s\u2019intitule \u00ab\u202fDeux caribous \u00e0 B\u00e9cancour\u202f\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pierre Deshais tue deux caribous \u00ab\u202f\u00e0 quelques arpents de sa maison et environ au milieu du village\u202f\u00bb. Il s\u2019agit \u00e9videmment d\u2019un cas exceptionnel. <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Guay&nbsp;1983, p.&nbsp;142<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce \u00ab\u202fcas exceptionnel\u202f\u00bb est suivi de quelques pages d\u00e9di\u00e9es \u00e0 \u00ab\u202fLa chasse au caribou\u202f\u00bb. Cinq anecdotes y sont d\u00e9taill\u00e9es et sont dat\u00e9es entre 1876 et 1900. Trois concernent des succ\u00e8s de chasse dans la r\u00e9gion de Qu\u00e9bec, une du c\u00f4t\u00e9 du Lac \u00c9douard (Mauricie) et la plus au sud \u00e0 Sainte-Ad\u00e8le (Laurentides). Concernant cette derni\u00e8re, dat\u00e9e de 1887, il est pr\u00e9cis\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[\u2026] C\u2019\u00e9tait un magnifique caribou, animal assez rare en cet endroit. La b\u00eate pesait 296\u00a0livres. <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Guay&nbsp;1983, p.&nbsp;145<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Finalement, M.&nbsp;Guay fait une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019abb\u00e9 L\u00e9on Provancher dans un des premiers num\u00e9ros du Naturaliste Canadien. Le texte s\u2019intitule \u00ab\u202fLes animaux qui s\u2019\u00e9teignent\u202f\u00bb. M.&nbsp;Guay a fait un bon r\u00e9sum\u00e9, mais j\u2019ai ici choisi de citer la r\u00e9f\u00e9rence originale&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[\u2026] le cerf du Canada (<em>elaphus Canadensis<\/em>; note\u00a0: le wapiti) qu\u2019on chassait autrefois sur les bords du Saint-Laurent ne se trouve plus que dans l\u2019Ouest; le castor et l\u2019orignal (<em>Alces machlis<\/em>) y sont d\u00e9j\u00e0 devenus rares; le lynx roux (<em>Lynx rufus<\/em>) ne se trouve plus \u00e0 l\u2019est du Saint-Laurent, le dindon qui \u00e9tait si commun sur les bords du lac Huron, ne s\u2019y rencontre plus que tr\u00e8s rarement, etc., etc. Il n\u2019y a pas de doute que la guerre d\u2019extermination qu\u2019on fait de toutes parts \u00e0 ces habitants de nos for\u00eats, jointe aux d\u00e9veloppements de la colonisation qui leur enl\u00e8ve leurs retraites, aura bient\u00f4t pour r\u00e9sultat la disparition de plus d\u2019une de leurs races de nos contr\u00e9es, et probablement l\u2019extinction de quelques-unes. <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Provancher&nbsp;1870, p. 91<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aussi surprenant soit-il, il y a de fait de bonnes preuves qu\u2019il y a d\u00e9j\u00e0 eu des wapitis au Qu\u00e9bec!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais ce qui frappe, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est pas du tout question du caribou; une esp\u00e8ce qui a pourtant aussi beaucoup souffert de la chasse. Si elle avait \u00e9t\u00e9 historiquement tr\u00e8s pr\u00e9sente dans la vall\u00e9e du Saint-Laurent, il est fort probable que l\u2019abb\u00e9 Provancher en aurait aussi parl\u00e9. Cette \u00ab\u202fnon pr\u00e9sence\u202f\u00bb ou grande discr\u00e9tion du caribou au sud du Qu\u00e9bec est aussi not\u00e9e dans Martin (1980).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"martin-1980\">Martin (1980)<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son livre s\u2019intitule \u00ab\u202fHistoire de la chasse au Qu\u00e9bec\u202f\u00bb (\u00c9ditions du Bor\u00e9al Express). Le livre est divis\u00e9 en trois parties (\u00ab\u202faper\u00e7u historique\u00bb, \u00ab\u202fla chasse au gros gibier\u202f\u00bb et \u00ab\u202fla chasse au petit gibier\u202f\u00bb). Il s\u2019agit d\u2019un texte plus conventionnel et sans index. Dans \u00ab\u202fl\u2019aper\u00e7u historique\u202f\u00bb consacr\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riode&nbsp;1760-1875, on retrouve un portrait catastrophique de la situation du caribou (entre autres) dans les zones habit\u00e9es&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019absence des grands cervid\u00e9s de la zone habit\u00e9e \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un fait acquis sous le R\u00e9gime fran\u00e7ais alors que, d\u00e8s le 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ils avaient \u00e9t\u00e9 pourchass\u00e9s sans merci soit pour nourrir les premiers arrivants, soit pour approvisionner le commerce de peaux et de cuirs. Les nouveaux colons du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle n\u2019agirent pas autrement que leurs anc\u00eatres et r\u00e9p\u00e9t\u00e8rent \u00e0 200 ans d\u2019intervalle des pr\u00e9l\u00e8vements massifs et continus dans les populations d\u2019originaux et de caribous des territoires nouvellement conc\u00e9d\u00e9s. [\u2026] Dans les Cantons de l\u2019Est, l\u2019Outaouais, Charlevoix, la Baie des Chaleurs, les populations d\u2019orignaux, de caribous et d\u2019ours, qui avaient surv\u00e9cu \u00e0 deux si\u00e8cles de pr\u00e9sence p\u00e9riodique d\u2019Europ\u00e9ens, eurent \u00e0 subir une quasi-guerre d\u2019extermination\u00a0: le cerf de Virginie disparut de Brome et de Missisquoi, le caribou se rar\u00e9fia dans les Appalaches et les monts Notre-Dame, se retirant au c\u0153ur des Shicks-Shocks [\u2026] <\/p>\n<cite><em>\u2014 Martin&nbsp;1980, p.&nbsp;69<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la deuxi\u00e8me partie du livre, un chapitre est sp\u00e9cifiquement d\u00e9di\u00e9 au caribou et l\u2019on y retrouve une section \u00abDistribution\u202f\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon les donn\u00e9es \u00e9crites, on trouvait du caribou des bois au 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, dans la quasi-totalit\u00e9 de la vall\u00e9e du Saint-Laurent. La seule exception serait la pointe avanc\u00e9e de la for\u00eat de feuillus continentale, born\u00e9e de fa\u00e7on arbitraire \u00e0 l\u2019est par la rivi\u00e8re Richelieu et au nord par l\u2019\u00eele J\u00e9sus [note\u00a0: Laval]. [\u2026] Le c\u0153ur de l\u2019habitat du caribou, par contre, se situerait \u00e0 la hauteur du Saguenay, en une bande foresti\u00e8re allant du 47\u00b0 [note\u00a0: hauteur de la ville de Qu\u00e9bec] au 51\u00b0 de latitude. <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Martin&nbsp;1980, p.&nbsp;159<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un peu plus loin, Martin (1980) pr\u00e9cise&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[\u2026] Les \u00e9vidences ethnographiques et arch\u00e9ologiques nous indiquent l\u2019importance de certains cervid\u00e9s dans le r\u00e9gime alimentaire des familles [autochtones]\u00a0: l\u2019orignal chez les Micmacs, le cerf de Virginie chez les Iroquois, et le caribou des bois chez les Montagnais, les Naskapis, les Cris et les Chippewas. Cette constatation g\u00e9n\u00e9rale vaut surtout pour les quatre derniers si\u00e8cles [\u2026] Quel qu\u2019en fut l\u2019usage chez les peuples habitant la haute vall\u00e9e du Saint-Laurent, ce fut surtout chez les hommes du Nord (Montagnais-Naskapis-Cris) que se d\u00e9veloppa la \u00ab\u202fculture\u202f\u00bb du caribou\u202f\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire une civilisation mat\u00e9rielle o\u00f9 ce cervid\u00e9 formait la principale source d\u2019alimentation carn\u00e9e et o\u00f9 le reste de sa d\u00e9pouille [\u2026] \u00e9tait converti de mille mani\u00e8res. <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Martin&nbsp;1980, p.&nbsp;160-61<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces diff\u00e9rentes observations rendent douteuse la pr\u00e9sence d\u2019une \u00ab\u202fsolide\u202f\u00bb aire de r\u00e9partition du caribou forestier dans le sud du Qu\u00e9bec en 1850. Mais qu\u2019en est-il plus au sud encore, soit dans les \u00c9tats am\u00e9ricains? La seule source permettant d\u2019\u00e9tayer cette extension se trouve en introduction de Courtois et collab. (2003)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e des premiers Europ\u00e9ens, on trouvait des caribous dans les r\u00e9gions actuellement occup\u00e9es par toutes les provinces canadiennes ainsi que les \u00c9tats am\u00e9ricains limitrophes du Canada. Dans la partie orientale du continent, le caribou \u00e9tait pr\u00e9sent dans les \u00c9tats actuels de New York, Vermont, New Hampshire et Maine (Moisan 1956). <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Courtois et collab. 2003, p.&nbsp;400 [traduction]<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"moisan-1956\">Moisan (1956)<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais il y a un \u00ab\u202fhic\u202f\u00bb\u2026 Moisan (1956) ne fait aucune r\u00e9f\u00e9rence aux \u00c9tats du Vermont et de New York!<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[\u2026] Au sud du Saint-Laurent, le caribou se retrouvait jusqu\u2019au nord du New Hampshire. \u00c0 mesure que l\u2019Indien reculait devant le laboureur, et que la for\u00eat faisait place \u00e0 l\u2019agriculture, le caribou s\u2019est retir\u00e9 dans des endroits moins fertiles et moins accessibles. Plus tard, des op\u00e9rations foresti\u00e8res furent mises sur pied \u00e0 la t\u00eate de toutes les grandes rivi\u00e8res, et des chasseurs professionnels furent embauch\u00e9s pour nourrir les b\u00fbcherons \u00e0 m\u00eame le grand gibier de la r\u00e9gion. Quand la disparition du gibier devint \u00e9vidente, on passa des lois pour emp\u00eacher de tuer le caribou, mais le dommage \u00e9tait fait. C\u2019est l\u2019histoire condens\u00e9e de ce qui s\u2019est pass\u00e9 successivement dans l\u2019\u00c9tat du Maine, en Nouvelle-\u00c9cosse, au Nouveau-Brunswick, en Ontario et au Qu\u00e9bec. <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Moisan&nbsp;1956, p.&nbsp;229, 231<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019article n\u2019est pas tr\u00e8s long. Je l\u2019ai repass\u00e9 quelquefois. Et comme il s\u2019agissait l\u00e0 du premier d\u2019une s\u00e9rie de trois articles, j\u2019ai aussi fouill\u00e9 dans les parties&nbsp;II et III. Tout cela en vain\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Courtois et collab. (2003) avaient, je suppose, de bonnes raisons d\u2019inclure les \u00c9tats de New York et du Vermont dans leur citation. Le raisonnement n\u2019est cependant pas explicite. Il manque peut-\u00eatre une r\u00e9f\u00e9rence et je n\u2019ai pu en trouver la trace. Le point est que, si l\u2019on exclut ces deux \u00c9tats les plus \u00e0 l\u2019ouest, apr\u00e8s avoir exclu la vall\u00e9e du Saint-Laurent, la d\u00e9limitation de 1850 a un visuel bien diff\u00e9rent!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout d\u2019abord, il n\u2019y a pas une ligne horizontale continue, mais deux zones distinctes. Une premi\u00e8re, sur la Rive-Nord du Saint-Laurent, qui reste au Qu\u00e9bec et longe les zones r\u00e9sineuses. La seconde, sur la Rive-Sud, qui se concentre autour des Appalaches. Il n\u2019y a pas de fusion entre les deux zones comme dans la d\u00e9limitation actuelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 souligner que, tout comme pour Courtois et collab. (2003), l\u2019objectif de l\u2019article de Moisan (1956), intitul\u00e9 \u00ab\u202fLe caribou de Gasp\u00e9 I. Histoire et distribution\u202f\u00bb \u00e9tait tr\u00e8s contemporain. Le cadre historique fut abord\u00e9 avec les sources disponibles, mais sans nouvelle recherche sur ce point.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour cette raison, j\u2019ai mis la main sur deux r\u00e9f\u00e9rences de Moisan (1956) avec le potentiel de pr\u00e9ciser la r\u00e9partition historique du caribou forestier (note&nbsp;: l\u2019article n\u2019a que cinq r\u00e9f\u00e9rences). Il s\u2019agit d\u2019Anderson (1939) dans le rapport annuel de la Soci\u00e9t\u00e9 Provancher (soci\u00e9t\u00e9 \u00e9ditrice du Naturaliste Canadien) et de l\u2019article scientifique \u00ab\u202f<em>Late records of caribou in Maine<\/em>\u202f\u00bb (Palmer 1938).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mes recherches m\u2019ont aussi amen\u00e9 \u00e0 mettre la main sur \u00ab\u202fLes mammif\u00e8res de la province de Qu\u00e9bec\u202f\u00bb de 1902 \u00e9crit par M.&nbsp;Dionne, conservateur du Mus\u00e9e zoologique de l\u2019Universit\u00e9 Laval.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"point-de-salut-en-dehors-du-maine\">Point de salut en dehors du Maine?<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour commencer avec la plus ancienne r\u00e9f\u00e9rence, voici ce qu\u2019\u00e9crit Dionne (1902) concernant \u00ab\u202fLe Renne caribou\u202f\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Caribou, ainsi qu\u2019on le nomme d\u2019ordinaire, vit par bandes dans les \u00e9paisses for\u00eats de l\u2019Am\u00e9rique du Nord; on le rencontre depuis le nord des \u00c9tats-Unis et, dans le Canada, jusqu\u2019\u00e0 la limite du bois au nord, o\u00f9 il est remplac\u00e9 par une sous-esp\u00e8ce, l\u2019<em>articus<\/em> [\u2026] <\/p>\n<cite><em>\u2014 Dionne&nbsp;1902, p.&nbsp;144-45<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026 Cela pourrait correspondre \u00e0 la limite de 1850, mais \u00e7a reste tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral et surtout non \u00e9tay\u00e9 (aucune r\u00e9f\u00e9rence). Passons \u00e0 l\u2019article de 1938 par M.&nbsp;Palmer, un professeur au D\u00e9partement de zoologie de l\u2019Universit\u00e9 du Maine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019objectif de M.&nbsp;Palmer \u00e9tait d\u2019analyser les diff\u00e9rents rapports sur des observations de caribous dans le Maine dans les 25 ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Pour le contexte, la derni\u00e8re r\u00e9f\u00e9rence fiable de pr\u00e9sence de caribous dans le Maine datait de 1908. Mais dans les faits\u2026<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi les nombreux rapports sur la pr\u00e9sence du caribou dans le Maine depuis 1908, au moins la majorit\u00e9 d\u2019entre eux sont de nature tr\u00e8s douteuse. \u00c0 l\u2019exception d\u2019un rapport (qui doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 avec scepticisme) [\u2026]. J\u2019estime que les rapports en ma possession sur le caribou dans le Maine apr\u00e8s 1910 ne m\u00e9ritent pas d\u2019\u00eatre s\u00e9rieusement pris en consid\u00e9ration. <\/p>\n<cite><em>\u2014&nbsp;Palmer&nbsp;1938, p.&nbsp;41-42 [traduction avec l\u2019aide de Deepl]<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 de l\u2019int\u00e9r\u00eat sp\u00e9cifique que cela apporte sur la situation du caribou dans le Maine, les r\u00e9flexions de ce professeur mettent aussi en garde sur le fait que tous les rapports d\u2019observation de caribous ne se valent pas! Un \u00e9l\u00e9ment qui ajoute des points d\u2019interrogation \u00e0 des informations d\u00e9j\u00e0 par trop parcellaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019article nous apprend aussi que la plus ancienne note sur la pr\u00e9sence du caribou dans un rapport officiel de l\u2019\u00c9tat du Maine date de 1886. Nous sommes loin de 1850. On y mentionne aussi le New Hampshire, mais il s\u2019agit d\u2019une observation non confirm\u00e9e datant de 1922.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Finalement, Anderson (1939) a lui aussi \u00e9crit une synth\u00e8se intitul\u00e9e \u00ab\u202fMammif\u00e8res de la province de Qu\u00e9bec\u202f\u00bb. M.&nbsp;Anderson \u00e9tait alors Chef de la section \u00ab\u202fBiologie\u202f\u00bb du Mus\u00e9e national du Canada. Pour ici r\u00e9sumer, ce dernier ne mentionne que le Maine comme \u00c9tat am\u00e9ricain. Pour le reste, il n\u2019y avait pas d\u2019informations nouvelles pour \u00e9claircir la qu\u00eate sur la pr\u00e9sence du caribou dans les \u00c9tats de la Nouvelle-Angleterre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"nouvelle-angleterre-colonisation-et-deforestation\">Nouvelle-Angleterre&nbsp;: colonisation et d\u00e9forestation<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si, \u00e0 l\u2019exception du Maine, la r\u00e9partition g\u00e9ographique du caribou aux \u00c9tats-Unis au cours du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle reste quelque peu n\u00e9buleuse, on peut cependant se baser sur l\u2019histoire m\u00eame de la Nouvelle-Angleterre pour y voir plus clair.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il s\u2019av\u00e8re qu\u2019au milieu du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les \u00c9tats de la Nouvelle-Angleterre \u00e9taient alors en plein \u00ab\u202fboum\u202f\u00bb de colonisation et les for\u00eats avaient pour beaucoup fait place \u00e0 l\u2019agriculture. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit un <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/forets-nouvelle-angleterre-ou-mythe-jardin-deden\/\" data-type=\"post\" data-id=\"1514\" target=\"_blank\">texte abordant ce sujet<\/a>. Pour ici, et comme cette chronique ne cesse de s\u2019allonger (!), je vais seulement pr\u00e9senter la Figure ci-dessous.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/AmericanForests2011_EvolutionForetsEtats.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"610\" height=\"384\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/AmericanForests2011_EvolutionForetsEtats.png\" alt=\"\u00c9volution couvert forestier six \u00c9tats am\u00e9ricains, milieu des ann\u00e9es 1800 et en 2007\" class=\"wp-image-5805\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/AmericanForests2011_EvolutionForetsEtats.png 610w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/AmericanForests2011_EvolutionForetsEtats-350x220.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>\u00c9volution du couvert forestier dans six \u00c9tats am\u00e9ricains au milieu des ann\u00e9es 1800 et en 2007 (<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/foresthistory.org\/issues\/american-forests-history-resiliency-recovery\/\" target=\"_blank\">source<\/a>: MacCleery 2011 p. 30, compilations: USDA Forest Service)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle est tir\u00e9e du livre \u00ab\u202f<em>American forests: A history of resilience and recovery<\/em>\u202f\u00bb (MacCleery 2011) et pr\u00e9sente l\u2019\u00e9volution du couvert forestier dans diff\u00e9rents \u00c9tats de la Nouvelle-Angleterre entre le milieu des ann\u00e9es&nbsp;1800 et 2007.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme on peut le noter, avec environ 35&nbsp;% de paysage forestier, il est peu probable que le caribou ait pu trouver un int\u00e9r\u00eat \u00e0 aller dans le Vermont au milieu du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Le New Hampshire fait un peu mieux avec 50&nbsp;% de couvert forestier, mais on parle d\u2019un niveau de perturbation du paysage largement sup\u00e9rieur \u00e0 ce qui est reconnu acceptable pour le caribou (pas plus de 35&nbsp;% en zones agricoles, coupes foresti\u00e8res, feux r\u00e9cents\u2026). Avec environ 75&nbsp;% de son paysage toujours sous la forme d\u2019un couvert forestier au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on peut cependant mieux comprendre que le caribou ait pu fr\u00e9quenter le Maine.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"en-conclusion\">En conclusion\u2026<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si Courtois et collab. (2003) notent que \u00ab\u202f<em>La pr\u00e9cision des donn\u00e9es historiques est relativement faible<\/em>\u202f\u00bb, mes recherches m\u2019am\u00e8nent \u00e0 une conclusion plus s\u00e9v\u00e8re&nbsp;: les donn\u00e9es historiques ne justifient pas l\u2019aire de r\u00e9partition de 1850 du caribou forestier. \u00c0 cela, il faut ajouter des \u00e9l\u00e9ments de confusion li\u00e9s \u00e0 cette d\u00e9limitation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous aurez peut-\u00eatre not\u00e9 qu\u2019aucune des r\u00e9f\u00e9rences li\u00e9es au caribou au cours du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ne le mentionne avant 1850\u2026 Comme si la d\u00e9limitation avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie <em>ant\u00e9rieurement<\/em> aux donn\u00e9es (tr\u00e8s parcellaires) disponibles. Ce qui a peu de sens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me dois ici de tenter une explication pour comprendre la port\u00e9e de cette d\u00e9limitation&nbsp;: il semble y avoir eu une fusion des informations disponibles au moment des premiers contacts entre les Europ\u00e9ens et Premi\u00e8res Nations au 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et celles disponibles pour le 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Comme s\u2019il ne s\u2019\u00e9tait rien pass\u00e9 de notable pendant 200 ans. La d\u00e9limitation de 1850 repr\u00e9senterait donc ici l\u2019aire de distribution maximale th\u00e9orique du caribou forestier avant les grands efforts de colonisation qui ont eu cours dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est en fait la seule explication que je vois, car non seulement aucune source touchant le 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ne permet d\u2019\u00e9tablir l\u2019aire de r\u00e9partition du caribou forestier en 1850, mais c\u2019est en fait plus que cela&nbsp;: cette d\u00e9limitation de 1850 ne pouvait exister (for\u00eat feuillue, agriculture, chasseurs\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En cons\u00e9quence, il faut conclure que nos efforts de pr\u00e9servation du caribou forestier sont bas\u00e9s sur un volet historique \u00e0 classer dans la cat\u00e9gorie \u00ab\u202fContes et l\u00e9gendes\u202f\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:76px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"bibliographie\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">ANDERSON, R. M.&nbsp;1939. <em>Mammif\u00e8res de la province de Qu\u00e9bec<\/em>. <em>In<\/em> Soci\u00e9t\u00e9 Provancher d\u2019Histoire Naturelle du Canada (eds). Rapport annuel 1939 Annual report. Pages&nbsp;37-111.<br>COURTOIS, R., OUELLET, J. P., GINGRAS, A., DUSSAULT, L., BRETON, L., &amp; MALTAIS, J. 2003. <em>Historical Changes and Current Distribution of Caribou, Rangifer tarandus, in Quebec<\/em>. The Canadian Field-Naturalist 117 : 399-414.<br>DIONNE, C.-E. 1902. <em>Les mammif\u00e8res de la Province de Qu\u00e9bec<\/em>. Dussault &amp; Proulx, Qu\u00e9bec. 285 pages.<br>GUAY, D.&nbsp;1983. <em>Histoires vraies de la chasse au Qu\u00e9bec<\/em>. VLB \u00c9diteur, Montr\u00e9al. 288 pages.<br>MARTIN, P.-L. 1980. <em>Histoire de la chasse au Qu\u00e9bec<\/em>. Boreal Express, Montreal. 281 pages.<br>MACCLEERY, D. W. 2011. <em>American Forests: A History of Resiliency and Recovery<\/em>. Forest History Society, Durham (North Carolina). 71 pages.<br>MOISAN, G.&nbsp;1956. <em>Le caribou de Gasp\u00e9 I. Histoire et distribution<\/em>. Le Naturaliste Canadien&nbsp;83(10)&nbsp;: 225-234.<br>PALMER, R.&nbsp;S.&nbsp;1938. <em>Late records of caribou in Maine<\/em>. Journal of Mammalogy 19(1): 37-43.<br>PROVANCHER, L.&nbsp;1870. <em>Les animaux qui s\u2019\u00e9teignent<\/em>. Le Naturaliste Canadien&nbsp;2(3)&nbsp;: 90-92.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deuxi\u00e8me texte de la s\u00e9rie Les Chroniques du caribou. La carte ci-contre, tir\u00e9e du Plan de r\u00e9tablissement du caribou forestier&nbsp;2013-2023, est \u00e0 la base des efforts de conservation de cette esp\u00e8ce. Elle illustre son aire de r\u00e9partition en 1850 et <span class=\"excerpt-dots\">&hellip;<\/span> <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/legende-repartition-caribou\/\"><span class=\"more-msg\">Lire la suite<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[514,291,407,290],"tags":[192,473,433],"class_list":["post-5807","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chroniquescaribou","category-etats-unis","category-histoire-environnementale","category-quebec","tag-caribou","tag-chasse","tag-colonisation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5807","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5807"}],"version-history":[{"count":24,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5807\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7285,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5807\/revisions\/7285"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5807"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5807"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5807"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}