{"id":5759,"date":"2021-12-07T15:33:03","date_gmt":"2021-12-07T20:33:03","guid":{"rendered":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/?p=5759"},"modified":"2021-12-07T15:33:05","modified_gmt":"2021-12-07T20:33:05","slug":"livre-noir-conservation-nature","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/livre-noir-conservation-nature\/","title":{"rendered":"Le livre noir de la conservation de la nature"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>D\u00e8s 1963, les experts de l\u2019Unesco [Organisation des Nations Unies pour l\u2019\u00e9ducation, la science et la culture], de l\u2019UICN [Union pour la conservation de la nature] et du WWF [<em>World Wildlife Fund<\/em>] recommandent \u00e0 l\u2019\u00c9thiopie de faire du Simien un parc national. Et, pour cela, ils lui demandent d\u2019y \u00ab\u202fabolir tous les droits humains individuels ou d\u2019une autre nature [\u2026] \u00bb. La m\u00eame injonction pousse l\u2019\u00c9thiopie \u00e0 expulser les habitants de Gich, en 2016. En Afrique, un parc naturel doit \u00eatre vide. <\/p><cite>\u2014 p.&nbsp;39<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelques d\u00e9cennies plus tard\u2026<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>4&nbsp;janvier 2019, banlieue de Debark, nord des hauts plateaux \u00e9thiopiens. Assis sur un matelas pos\u00e9 au sol, \u00e0 m\u00eame la terre, dans sa maison faite de bois et de t\u00f4le, Samson \u00e9voque avec amertume son quotidien depuis son expulsion&nbsp;: \u00ab\u202fIls nous ont fait fuir \u00e0 coups de b\u00e2ton [\u2026]. Ils nous ont dit de partir au nom de l\u2019Unesco. [\u2026] Nous maintenant on peut pas continuer avec cette vie-l\u00e0. Je suis en train de mourir ici.\u202f\u00bb <\/p><cite>\u2014 p.&nbsp;23<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ColonialismeVert_Couverture2.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ColonialismeVert_Couverture2.jpg\" alt=\"Couverture du livre: L'invention du colonialisme vert\" class=\"wp-image-5772\" width=\"500\" height=\"466\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ColonialismeVert_Couverture2.jpg 1000w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ColonialismeVert_Couverture2-350x326.jpg 350w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ColonialismeVert_Couverture2-768x715.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019invention du colonialisme vert \u2014 Pour en finir avec le mythe de l\u2019\u00c9den africain<\/em> (Flammarion, 2020), n\u2019est pas un livre facile \u00e0 lire. Pour \u00eatre plus pr\u00e9cis, la lecture est agr\u00e9able et, la taille de la police de caract\u00e8res aidant (14 points, je pense), les 300 pages de ce livre se lisent rapidement. Toutefois, tel qu\u2019illustr\u00e9 par les citations ci-haut, on est fr\u00e9quemment r\u00e9volt\u00e9. Enfin, je l\u2019ai souvent \u00e9t\u00e9! Assez pour avoir \u00e0 poser le livre quelques minutes avant de reprendre ma lecture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour cette raison, il m\u2019est apparu que la meilleure approche pour ce compte-rendu \u00e9tait de vous permettre de \u00ab\u202fvivre\u202f\u00bb le livre. Et pour cela, il convenait de laisser un maximum de place \u00e0 en pr\u00e9senter de larges extraits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce livre raconte essentiellement une histoire&nbsp;: la cr\u00e9ation du parc du Simien (410&nbsp;km<sup>2<\/sup>) en \u00c9thiopie. Il est organis\u00e9 sur une base chronologique. Une exception&nbsp;: le premier chapitre prend la forme d\u2019un r\u00e9sum\u00e9 ex\u00e9cutif o\u00f9 tous les th\u00e8mes abord\u00e9s dans le livre sont pr\u00e9sent\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la compr\u00e9hension de l\u2019ensemble, je pr\u00e9cise que le c\u0153ur de l\u2019histoire, qui d\u00e9bute dans les ann\u00e9es 1960, fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une p\u00e9riode o\u00f9 les pays africains ont pris leur ind\u00e9pendance face aux colonisateurs britanniques et fran\u00e7ais (principalement).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Finalement, comme pour mes autres textes qui nous font voyager \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du Qu\u00e9bec, en \u00ab\u202fmot de la fin\u202f\u00bb je connecterai ce livre avec nos contr\u00e9es. Et c\u2019est m\u00eame assez facile. Il y a plus de liens que l\u2019on pourrait a priori imaginer entre le forestier qu\u00e9b\u00e9cois et l\u2019agro-pasteur \u00e9thiopien (agro-pastoralisme: agriculture + \u00e9levage)!<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 la recherche de l\u2019\u00c9den<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme l\u2019explique l\u2019auteur (Guillaume Blanc, Ma\u00eetre de conf\u00e9rences, universit\u00e9 Rennes&nbsp;2), c\u2019est dans la recherche de \u00ab\u202fl\u2019\u00c9den\u202f\u00bb, soit une nature originelle, que commence l\u2019histoire de la cr\u00e9ation du parc du Simien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque les administrateurs coloniaux se retrouvent au ch\u00f4mage suite aux ind\u00e9pendances africaines, ils se convertissent en consultants pour les agences internationales comme l\u2019UNESCO et l\u2019UICN. Leur grand objectif sera de sauver la nature africaine. \u00c0 tout le moins, leur vision de la nature africaine.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Au Kenya, par exemple, apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance acquise en 1963, beaucoup de Britanniques conservent leur emploi de gardiens de parcs. Quarante ans plus tard, en 2001, ils s\u2019en souviennent encore. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, disent ces anciens gardiens, ils luttaient pour \u00ab\u202fl\u2019Afrique Pl\u00e9istoc\u00e8ne\u202f\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire pour le continent tel qu\u2019il \u00e9tait avant l\u2019<em>homo sapiens<\/em> et son agriculture, \u00ab\u202fcette Afrique Pl\u00e9istoc\u00e8ne\u202fque nous avons tant appr\u00e9ci\u00e9e et cherch\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server, mais qui n\u2019est plus. C\u2019\u00e9tait un r\u00eave impossible\u202f\u00bb. Parce que l\u2019\u00c9den n\u2019existe pas, en effet, il ne peut \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9. La colonisation termin\u00e9e, ces hommes vont pourtant faire tout leur possible pour sauver la nature africaine des Africains. <\/p><cite>\u2014 p.&nbsp;79<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment cette vision a-t-elle pu se d\u00e9velopper? Une section intitul\u00e9e \u00ab\u202fLe choc \u00e9cologique de la colonisation\u202f\u00bb en d\u00e9taille la m\u00e9canique.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Il faut dire que plusieurs catastrophes bio-politiques confortent cette vision. Entre 1888 et 1892, de l\u2019Afrique de l\u2019Est \u00e0 l\u2019Afrique du Sud, les Europ\u00e9ens importent des b\u0153ufs, probablement d\u2019Inde. Mais les bovins sont touch\u00e9s par la peste. L\u2019infection se r\u00e9pand&nbsp;: les troupeaux d\u2019\u00e9levage s\u2019effondrent. Les populations locales perdent leurs animaux de trait&nbsp;: la r\u00e9colte est un \u00e9chec. Une p\u00e9riode de s\u00e9cheresse aggrave la situation&nbsp;: l\u2019invasion de criquets qui s\u2019ensuit d\u00e9truit les r\u00e9serves. Le prix des c\u00e9r\u00e9ales flambe&nbsp;: les famines se multiplient. Les populations fuient les territoires touch\u00e9s&nbsp;: la savane s\u2019\u00e9tend. Alors, quand les Europ\u00e9ens partis tenter leur chance dans les colonies d\u00e9couvrent ces paysages d\u00e9sert\u00e9s, ce qu\u2019ils imaginaient de l\u2019Afrique se confirme&nbsp;: c\u2019est \u00e9vident, le continent est encore tout \u00e0 fait naturel. <\/p><cite>\u2014 p.&nbsp;57<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans cet \u00e9tat d\u2019esprit que le parc du Simien devait \u00eatre cr\u00e9\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019Africain, ce \u00ab\u202fmaniaque\u202f\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Nairobi, Kenya, avril 1965. Leslie Brown pr\u00e9pare son rapport de mission. Expert en conservation, il vient de passer trois mois \u00e0 sillonner l\u2019\u00c9thiopie. L\u2019Unesco lui a demand\u00e9 d\u2019identifier les lieux qui m\u00e9riteraient d\u2019y \u00eatre class\u00e9s \u00ab\u202fparc national\u202f\u00bb, et Brown a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement impressionn\u00e9 par les montagnes du Simien.<\/p><p><br>Il les consid\u00e8re m\u00eame comme la plus belle richesse naturelle du pays. Belle, mais terriblement menac\u00e9e. De retour chez lui, dans la capitale k\u00e9nyane, le Britannique est encore sous le choc&nbsp;: \u00ab\u202falors que nous descendions de la cr\u00eate d\u2019Ambaras [Simien], nous sommes tomb\u00e9s nez \u00e0 nez sur un homme agissant comme un maniaque\u202f\u00bb, \u00e9crit-il dans son rapport. \u00ab\u202f\u00c0 11&nbsp;600 pieds [3500 m\u00e8tres], il labourait la terre [\u2026]. En 23 ans en Afrique, je n\u2019avais encore jamais vu \u00e7a [\u2026]. J\u2019assistais de mes propres yeux au processus qui a ravag\u00e9 les montagnes du Tigr\u00e9, et r\u00e9duit de belles montagnes autrefois bois\u00e9es \u00e0 des pentes st\u00e9riles d\u2019\u00e9boulis et de broussailles.\u202f\u00bb<\/p><p><br>C\u2019est la deuxi\u00e8me fois que Brown visite l\u2019\u00c9thiopie, mais il est donc d\u00e9j\u00e0 convaincu que l\u2019homme, ce maniaque, y a fait dispara\u00eetre une for\u00eat autrefois dense et \u00e9tendue. D\u2019ailleurs, les expatri\u00e9s qu\u2019il a rencontr\u00e9s \u00e0 Addis-Abeba le lui ont dit avant m\u00eame qu\u2019il se rende dans le Simien&nbsp;: \u00e0 labourer la terre partout, m\u00eame en haute montagne, les \u00c9thiopiens ont saccag\u00e9 leurs for\u00eats. <\/p><p><br>Puisque la moiti\u00e9 du pays se situe au-dessus de 2400 m\u00e8tres d\u2019altitude, il est logique que les montagnes \u00e9thiopiennes soient habit\u00e9es, et que la terre y soit cultiv\u00e9e. Mais le mythe de la d\u00e9gradation survit \u00e0 la d\u00e9colonisation. Pire, il se renforce. <\/p><cite>\u2014 p.&nbsp;83-84<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelques d\u00e9cennies plus tard, la vision de la nature \u00e9thiopienne de M.&nbsp;Brown eut pour cons\u00e9quence l\u2019expulsion des villageois habitant le parc. Une vision, il faut pr\u00e9ciser, qui a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9e par d\u2019autres experts d\u2019organisations internationales au fil des ann\u00e9es. Mais qu\u2019en est-il pr\u00e9cis\u00e9ment? L\u2019Africain a-t-il d\u00e9truit son propre milieu de vie comme semblent le croire ces experts? Le cas des for\u00eats \u00e9thiopiennes ainsi que du <em>Walia ibex<\/em>, un bouquetin embl\u00e9matique du parc du Simien, sont tr\u00e8s parlants.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De 40&nbsp;% \u00e0 4&nbsp;% de for\u00eats \u00e9thiopiennes?<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00c9thiopie serait-elle pass\u00e9e de 40&nbsp;% de couverture foresti\u00e8re en 1900 \u00e0 seulement 4&nbsp;% de nos jours? Des chiffres qui, entre autres, ont \u00e9t\u00e9 repris par Al Gore pour son documentaire <em>Une v\u00e9rit\u00e9 qui d\u00e9range<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a en fait un gros probl\u00e8me avec ces chiffres&nbsp;: ils sont bas\u00e9s sur du vent (litt\u00e9ralement). L\u2019auteur d\u00e9crit leur origine dans une section intitul\u00e9e \u00ab\u202fLe mythe de la for\u00eat perdue\u202f\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>En \u00c9thiopie, en 2019, les politiques de la nature sont encore orient\u00e9es par ces chiffres d\u2019une couverture foresti\u00e8re nationale tomb\u00e9e de 40&nbsp;% en 1900 \u00e0 4&nbsp;% \u00ab\u202faujourd\u2019hui\u202f\u00bb. Mais lorsque ces pourcentages sont \u00e9nonc\u00e9s pour la premi\u00e8re fois, \u00ab\u202faujourd\u2019hui\u202f\u00bb renvoie \u00e0 1961. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, la FAO [<em>Food and Agriculture Organization of the United Nations<\/em>] charge l\u2019un de ses experts de dresser un \u00e9tat des lieux de l\u2019environnement \u00e9thiopien. H.P.&nbsp;Huffnagel fournit un rapport qui donne une pr\u00e9cieuse vue d\u2019ensemble sur l\u2019agriculture \u00e9thiopienne. En revanche, lorsqu\u2019il d\u00e9crit la disparition des for\u00eats, Huffnagel ne cite aucune source.<\/p><p><br>En r\u00e9alit\u00e9, le repr\u00e9sentant de la FAO amalgame deux estimations. Le chiffre de 4&nbsp;% provient d\u2019une \u00e9tude qu\u2019il d\u00e9couvre \u00e0 Addis-Abeba [capitale \u00e9thiopienne]. William Logan, un forestier canadien, a s\u00e9journ\u00e9 en \u00c9thiopie en 1946 et, \u00e0 cette occasion, il estime que 5&nbsp;% du pays sont couverts de for\u00eats. Quant au chiffre de 40&nbsp;%, Huffnagel le tient d\u2019une conversation qu\u2019il a eue \u00e0 Addis-Abeba avec Friedrich Von Breitenbach, le p\u00e8re des \u00e9tudes \u00e9thiopiennes en foresterie. En 1961, Breitenbach pense qu\u2019une couverture foresti\u00e8re de 37&nbsp;% aurait autrefois exist\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 se trouve aujourd\u2019hui une maigre v\u00e9g\u00e9tation, pourtant abrit\u00e9e par un climat favorable \u00e0 la pousse des for\u00eats. Cette estimation ne concerne que le sud des hauts plateaux \u00e9thiopiens, observ\u00e9s qui plus est, juste apr\u00e8s la saison des pluies.<\/p><p><br>Ces deux estimations, n\u2019ont aucun rapport l\u2019une avec l\u2019autre, et elles sont donc issues de simples observations visuelles. Mais Huffnagel s\u2019en satisfait. Il diminue le premier chiffre de 5 \u00e0 4&nbsp;%, augmente le second de 37 \u00e0 40&nbsp;%, puis les convertit en donn\u00e9es tout \u00e0 fait scientifiques et officielles.<\/p><p><br>[\u2026]<\/p><p><br>Personne ne rel\u00e8ve l\u2019incoh\u00e9rence de l\u2019enqu\u00eate de Huffnagel. Les r\u00e9sultats ont pourtant de quoi surprendre puisqu\u2019en 1961, l\u2019\u00c9thiopie n\u2019a pas encore r\u00e9alis\u00e9 une seule \u00e9tude statistique ou a\u00e9rienne sur l\u2019utilisation de l\u2019ensemble des sols du pays. [\u2026] Mais, pour la FAO, les chiffres fournis par Huffnagel illustrent parfaitement la crise \u00e9cologique et d\u00e9mographique africaine. Elle les diffuse alors sur-le-champ. <\/p><cite>\u2014 p.&nbsp;94-97<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Simien_Mountains_Ethiopia_.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Simien_Mountains_Ethiopia_.jpg\" alt=\"Montagnes du Simien, \u00c9thiopie (auteur: A. Davey, Wikim\u00e9dia Commons, teintes retouch\u00e9es par La For\u00eat \u00e0 Coeur)\" class=\"wp-image-5780\" width=\"732\" height=\"695\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Simien_Mountains_Ethiopia_.jpg 1464w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Simien_Mountains_Ethiopia_-350x332.jpg 350w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Simien_Mountains_Ethiopia_-1024x972.jpg 1024w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Simien_Mountains_Ethiopia_-768x729.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 732px) 100vw, 732px\" \/><\/a><figcaption><em>Dans les montagnes du Simien, \u00c9thiopie (auteur: A. Davey, <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Herder,_Simien_Mountains,_Ethiopia_(2463619620).jpg\" target=\"_blank\">Wikim\u00e9dia Commons<\/a>, teintes retouch\u00e9es par La For\u00eat \u00e0 Coeur)<\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De for\u00eats et d\u2019humains<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il convient de citer d\u2019autres \u00e9tudes d\u2019experts internationaux sur l\u2019\u00e9volution du couvert forestier \u00e9thiopien qui, malgr\u00e9 leur base s\u00e9rieuse pour celles-l\u00e0, passent compl\u00e8tement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019essentiel de la relation humain-nature dans l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me africain.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>[\u2026] En 1978, le g\u00e9ographe suisse Peter St\u00e4hli comparait des photographies du parc [du Simien] dat\u00e9es de 1954, 1964 et 1975. \u00c0 ses yeux, les habitants ont tellement \u00e9puis\u00e9 les sols qu\u2019ils ont d\u00fb abandonner les champs cultiv\u00e9s \u00e0 3200 m\u00e8tres d\u2019altitude, et monter plus haut, \u00e0 3700 m\u00e8tres, pour exploiter d\u2019autres terres. Pour St\u00e4hli, c\u2019\u00e9tait l\u00e0 la cause de la destruction de 85&nbsp;% des \u00ab\u202ffor\u00eats originelles\u202f\u00bb. Et si cette extension de l\u2019agriculture n\u2019\u00e9tait pas stopp\u00e9e, \u00e9crivait-il, la \u00ab\u202fcatastrophe [\u00e9tait] in\u00e9vitable\u202f\u00bb. Les zoologues Bernard Nievergelt, Tatjana Good et Ren\u00e9 G\u00fcttinger conduisent la m\u00eame \u00e9tude en 1998 \u2014 avec, en plus, des clich\u00e9s du Simien dat\u00e9s de 1983, 1994 et 1996. Ils \u00e9voquent eux aussi les effets absolument \u00ab\u202fd\u00e9vastateurs\u202f\u00bb de l\u2019agriculture et, \u00e0 leur tour, ils recommandent de \u00ab\u202fr\u00e9duire drastiquement l\u2019impact humain\u202f\u00bb [\u2026]<\/p><p><br>L\u2019argumentaire est fallacieux. Que montrent les photographies? Des hautes terres bois\u00e9es en 1954 sont bel et bien d\u00e9nud\u00e9es en 1996; en revanche des basses terres d\u00e9nud\u00e9es en 1954 sont rebois\u00e9es en 1996. Et si la bruy\u00e8re en arbre a bien disparu sur des basses terres ouvertes par le p\u00e2turage, elle est au contraire apparue sur des hautes terres o\u00f9 l\u2019agriculture s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e. En fait, il y a une rotation&nbsp;: on d\u00e9friche l\u00e0-haut quand on reboise en bas; puis on d\u00e9friche en bas quand on reboise l\u00e0-haut.<\/p><p><br>Plusieurs historiens sont all\u00e9s dans les archives et sur le terrain pour \u00e9valuer la v\u00e9racit\u00e9 de ce genre d\u2019\u00e9tudes photographiques. En 1998, dans le Wollo, \u00e0 quelques centaines de kilom\u00e8tres au sud-est du Simien, Donald Crummey note que le d\u00e9frichement de terres par le pastoralisme s\u2019accompagne, sur d\u2019autres champs, de la plantation de caf\u00e9iers \u2014 des arbres qui cr\u00e9ent ensuite des zones d\u2019ombre o\u00f9 vont pousser d\u2019autres v\u00e9g\u00e9taux. Plus largement, en 1999, James McCann souligne que sur les hauts plateaux d\u2019Afrique de l\u2019Est, les agro-pasteurs qui pratiquent la culture intensive ont tous des m\u00e9thodes de conservation&nbsp;: am\u00e9nagement de micro-terrasses, canaux d\u2019irrigation ou fertilisation de jardins au fumier, selon les contextes.<\/p><p><br>On retrouve les m\u00eame pratiques en Afrique de l\u2019Ouest. Melissa Leach et James Fairhead ont m\u00eame d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, en Guin\u00e9e, en C\u00f4te d\u2019Ivoire et au Togo, sur des terres o\u00f9 les experts internationaux affirment que 60 \u00e0 90&nbsp;% des for\u00eats \u00ab\u202fprimaires\u202f\u00bb ont disparu, en r\u00e9alit\u00e9 le couvert forestier a progress\u00e9. Comme partout ailleurs, contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirment les conservationnistes, les hommes se sont adapt\u00e9s \u00e0 leur environnement. Si les firmes nationales et transnationales ravagent les for\u00eats et r\u00e9duisent l\u2019habitat disponible pour la faune, dans la plupart des cas, les agro-pasteurs ne d\u00e9truisent pas, eux, la nature. En \u00c9thiopie, comme en Afrique, puisque leur survie en d\u00e9pend, ils s\u2019efforcent g\u00e9n\u00e9ralement de la conserver. <\/p><cite>\u2014 p.&nbsp;220-223<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Walia_ibex_Simien_Mountains_.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Walia_ibex_Simien_Mountains_.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5779\" width=\"600\" height=\"480\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Walia_ibex_Simien_Mountains_.jpg 1200w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Walia_ibex_Simien_Mountains_-350x280.jpg 350w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Walia_ibex_Simien_Mountains_-1024x819.jpg 1024w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Walia_ibex_Simien_Mountains_-768x614.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><figcaption><em>Walia ibex dans les montagnes du Simien, \u00c9thiopie (auteur: Lip Kee, <a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Walia_ibex,_Simien_Mountains.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Wikim\u00e9dia Commons<\/a>, teintes retouch\u00e9es par La For\u00eat \u00e0 Coeur)<\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le bouquetin qui ne disparaissait pas<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a pire embarras que de ne pas comprendre un \u00e9cosyst\u00e8me. Il y a de tr\u00e8s mal interpr\u00e9ter ses propres donn\u00e9es qui donnent pourtant une vision nette de la relation animaux-humains dans un \u00e9cosyst\u00e8me\u2026 Les paradigmes ont la vie dure!<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>[\u2026] En \u00c9thiopie, entre 1996 et 2017, les consultants de l\u2019Unesco r\u00e9alisent sept missions d\u2019\u00e9valuation. Ils sont de l\u2019UICN, de la Soci\u00e9t\u00e9 zoologique de Francfort, du WWF ou de l\u2019universit\u00e9 de Berne, et leur conclusion est toujours la m\u00eame&nbsp;: le parc [du Simien] est d\u00e9grad\u00e9. [\u2026]<\/p><p><br>Les consultants retournent alors en \u00c9thiopie pour aider les autorit\u00e9s \u00e0 pr\u00e9parer des \u00ab\u202fplans de gestion\u202f\u00bb. Ils d\u00e9finissent les mesures \u00e0 mettre en \u0153uvre, puis les autorit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales les concr\u00e9tisent sur le terrain. Gr\u00e2ce \u00e0 un budget annuel de 200&nbsp;000&nbsp;euros fournis en grande partie par les Nations Unies, les gardes du parc restreignent l\u2019utilisation des lieux. Chaque jour, ils patrouillent le Simien. Les gardes emp\u00eachent les habitants d\u2019\u00e9tendre leurs champs et leurs p\u00e2turages, et ils sanctionnent ceux qui chassent [petit gibier], coupent du bois ou construisent de nouvelles habitations.<\/p><p><br>Du si\u00e8ge de l\u2019Unesco \u00e0 Paris jusqu\u2019au village de Gich dans le Simien, tout ce travail repose sur un argument-massue&nbsp;: la disparition imminente du <em>Walia ibex<\/em>, ce bouquetin gr\u00e2ce auquel le Simien est connu, ou \u00e0 cause duquel les habitants sont p\u00e9nalis\u00e9s.<\/p><p><br>En 1963, Leslie Brown compte 150 <em>Walia ibex<\/em> dans le parc. La \u00absituation est grave\u202f\u00bb dit-il \u00e0 l\u2019Unesco, \u00ab\u202fmais pas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e\u202f\u00bb. John Stephenson en d\u00e9nombre ensuite 300, en 1978. Il a bien peur que l\u2019esp\u00e8ce soit \u00ab\u202fperdue \u00e0 jamais\u202f\u00bb, \u00e9crit-il au WWF. Treize ans plus tard, en 2011, Eric Edroma et Kes Hillman Smith en recensent 450. Ce chiffre, rapportent-ils \u00e0 l\u2019Unesco et \u00e0 l\u2019UICN, \u00ab\u202frenforce le besoin de r\u00e9duire ou d\u2019exclure\u202fla pr\u00e9sence humaine\u00bb. En 2006, Lota Melamari, Bastian Bomhard et Guy Debonnet estiment \u00e0 leur tour que la survie du bouquetin est menac\u00e9e. Pour les 625 sp\u00e9cimens du Simien, disent-ils \u00e0 l\u2019Unesco, la pr\u00e9sence de bovins dans le parc repr\u00e9sente \u00ab\u202fun risque catastrophique de maladies\u202f\u00bb. Enfin, en 2017, sans citer d\u2019autres chiffres, Jeager Tilman annonce \u00e0 l\u2019UICN que depuis l\u2019expulsion du village de Gich, si l\u2019\u00e9volution du nombre d\u2019<em>ibex<\/em> para\u00eet \u00ab\u202fstable\u202f\u00bb, elle reste tr\u00e8s \u00ab\u202ffragile\u202f\u00bb.<\/p><p><br>Les experts associent cette fragilit\u00e9 \u00e0 la destruction de l\u2019habitat naturel du <em>walia<\/em> par des hommes toujours plus nombreux. 1500 personnes vivent dans le parc en 1963, un peu plus de 5000 en 2016. Aucun des consultants ne rel\u00e8ve l\u2019erreur. Selon leurs propres calculs, en cinquante ans le nombre d\u2019habitants a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par quatre, tout comme le nombre de bouquetins\u2026 <\/p><cite>\u2014 p.&nbsp;217-220<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ici, il convient de dire un mot sur l\u2019attitude des autorit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales \u00e9thiopiennes dans tout ce d\u00e9bat. Comme on peut le noter dans cette citation, elles collaborent avec les organismes internationaux. C\u2019est l\u00e0 une constante depuis les premiers d\u00e9bats sur la cr\u00e9ation du parc du Simien dans les ann\u00e9es&nbsp;1960. Les raisons sont \u00e9minemment politiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re grande motivation est la reconnaissance internationale. Par exemple, \u00eatre inscrit sur la <em>Liste du patrimoine mondial de l\u2019humanit\u00e9<\/em> par l\u2019UNESCO est tr\u00e8s prestigieux. \u00c0 cela, il faut mettre en contexte qu\u2019aucun des gouvernements qui se sont succ\u00e9d\u00e9 au pouvoir depuis les ann\u00e9es\u00a01960 n\u2019est arriv\u00e9 l\u00e0 d\u00e9mocratiquement. Avoir l\u2019approbation d\u2019instances internationales est dans leur int\u00e9r\u00eat. Dans cette logique, il leur est aussi particuli\u00e8rement utile d\u2019avoir un<em> blanc-seing<\/em> international pour contr\u00f4ler leur population au nom de la protection de la nature (plusieurs exemples sont donn\u00e9s)\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De plus, il faut aussi pr\u00e9ciser que les habitants ne chassent pas le <em>Walia ibex<\/em>. La raison est tr\u00e8s simple. Le <em>Walia ibex<\/em> vit dans des secteurs montagneux peu accessibles \u00e0 4000 m\u00e8tres d\u2019altitude. Et, tant bien m\u00eame quelqu\u2019un arriverait \u00e0 en tuer un, il faut alors \u00eatre capable de d\u00e9placer un animal pouvant atteindre 125 kilos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les 50 derni\u00e8res ann\u00e9es, il y eut des exceptions \u00e0 cette r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale. La premi\u00e8re lors de deux ann\u00e9es de grande famine. Il y eut aussi des tentatives de chasse pour faire dispara\u00eetre l\u2019esp\u00e8ce qui risquait de causer leur expulsion du parc (pas d\u2019esp\u00e8ce \u00e0 prot\u00e9ger, pas de parc\u2026).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019Europ\u00e9en et l\u2019Africain, des humains diff\u00e9rents devant la nature<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une grande ironie relev\u00e9e par l\u2019auteur est qu\u2019en Europe, contrairement \u00e0 l\u2019Afrique, l\u2019agro-pastoralisme est valoris\u00e9!<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>En France par exemple, le long des sentiers du parc national des C\u00e9vennes, on peut d\u00e9couvrir plusieurs panneaux expliquant aux visiteurs pourquoi l\u2019Unesco a class\u00e9 le parc au patrimoine mondial. [\u2026] les randonneurs liront d\u2019abord qu\u2019il r\u00e8gne ici, aujourd\u2019hui, \u00ab\u202fune relation unique homme-nature\u202f\u00bb. On leur expliquera ensuite que le paysage c\u00e9venol est \u00ab\u202fl\u2019h\u00e9ritage de 5000 ans d\u2019agro-pastoralisme\u202f\u00bb. Ils apprendront enfin que dans ce parc, \u00ab\u202fl\u2019agro-pastoralisme est particuli\u00e8rement soutenu, car indispensable \u00e0 l\u2019entretien des milieux ouverts, menac\u00e9s par la progression de la for\u00eat, et donc au maintien de la biodiversit\u00e9 et \u00e0 la qualit\u00e9 des paysages\u202f\u00bb.<\/p><p><meta charset=\"utf-8\">Les \u00c9thiopiens du Simien ne sauraient r\u00eaver d\u2019une meilleure \u00e9thique. Malheureusement, leur parc est inscrit \u00e0 l\u2019enseigne du colonialisme vert. <\/p><cite>\u2014 p.&nbsp;295<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la petite note, l\u2019UNESCO et l\u2019UICN ont leur si\u00e8ge social en Europe.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Panorama_Parc_National_Cevennes_.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Panorama_Parc_National_Cevennes_.jpg\" alt=\"Parc national des C\u00e9vennes, France\" class=\"wp-image-5778\" width=\"900\" height=\"395\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Panorama_Parc_National_Cevennes_.jpg 1200w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Panorama_Parc_National_Cevennes_-350x154.jpg 350w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Panorama_Parc_National_Cevennes_-1024x450.jpg 1024w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Panorama_Parc_National_Cevennes_-768x337.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/a><figcaption><em>Parc national des C\u00e9vennes, France (auteur: Gunnar Arndt, <a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Panorama_Parc_National_Des_Cevennes_Le_Pompidou.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Wikim\u00e9dia Commons<\/a>, teintes retouch\u00e9es par La For\u00eat \u00e0 Coeur)<\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019Africain expuls\u00e9, le touriste arrive<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous ces efforts de diverses institutions internationales pour faire dispara\u00eetre \u00ab\u202fl\u2019Africain\u202f\u00bb dans le parc du Simien visent aussi \u00e0 faire la promotion d\u2019un autre type d\u2019utilisateur&nbsp;: le touriste. L\u2019auteur fait ressortir le paradoxe de la situation dans un contexte environnemental plan\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>[\u2026] Accuser des paysans comme ceux de Gich de d\u00e9truire la nature, c\u2019est oublier qu\u2019ils produisent eux-m\u00eames leur nourriture. Comme tous les expuls\u00e9s des parcs africains, ils se d\u00e9placent d\u2019abord \u00e0 pied. Ils consomment tr\u00e8s peu de viande et de poisson. Ils ach\u00e8tent tr\u00e8s rarement de nouveaux v\u00eatements. Et contrairement \u00e0 deux milliards d\u2019individus, ils n\u2019ont ni ordinateur ni <em>smartphone<\/em>. Bref, pour sauver la plan\u00e8te, il faudrait vivre comme eux. L\u2019Unesco, le WWF et l\u2019UICN consid\u00e8rent pourtant que leur expulsion est \u00e9thique et n\u00e9cessaire, c\u2019est-\u00e0-dire juste, et justifi\u00e9e. Pourquoi? <\/p><cite>\u2014 p.&nbsp;29-20<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant ce temps, le touriste\u2026<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Avant de venir dans le Simien, les randonneurs se sont \u00e9quip\u00e9s. Une tente avec des arceaux en aluminium pour un sac l\u00e9ger, des chaussures et une veste en goretex pour une tenue imperm\u00e9able et respirante, un maillot de corps en polaire pour supporter le froid des soir\u00e9es en haute montagne\u2026 Autant de mat\u00e9riaux dont la fabrication passe par l\u2019extraction industrielle et la transformation chimique de t\u00e9flon, de bauxite et de p\u00e9trole. Quant aux trajets en avion des 5500 visiteurs annuels du parc, sachant qu\u2019un vol Paris \u2014 Addis-Abeba \u00e9met au moins 0,5 tonne de CO<sub>2<\/sub>, leur empreinte carbone \u00e9quivaut \u00e0 d\u00e9truire chaque ann\u00e9e dans le monde les \u00e9cosyst\u00e8mes qui sont prot\u00e9g\u00e9s dans le Simien. <\/p><cite>\u2014 p.&nbsp;287<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cela, il faut ajouter l\u2019effet d\u00e9structurant du tourisme sur les soci\u00e9t\u00e9s locales. Par exemple, des enfants cessent d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole pour mendier les touristes, parfois \u00e0 la demande m\u00eame des parents.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019Afrique au Qu\u00e9bec<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En lisant ce livre, j\u2019ai souvent pens\u00e9 \u00e0 mon r\u00e9cent texte sur <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/aire-protegee-peribonka\/\" data-type=\"post\" data-id=\"5674\" target=\"_blank\">l\u2019aire prot\u00e9g\u00e9e de la rivi\u00e8re P\u00e9ribonka<\/a>. La dynamique et les acteurs sont les m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019un c\u00f4t\u00e9, on exclut ceux qui veulent vivre de la for\u00eat au nom de la beaut\u00e9 des paysages et de la biodiversit\u00e9, mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 on fait la promotion du tourisme. En particulier le tourisme international. Celui qui a le plus d\u2019influence n\u00e9gative sur notre environnement plan\u00e9taire. Et on le fait au nom de l\u2019UICN. Le m\u00eame organisme qui estime tout \u00e0 fait juste d\u2019expulser des agro-pasteurs d\u2019un parc pour les remplacer par des touristes. La m\u00eame organisation internationale sur laquelle se base le gouvernement du Qu\u00e9bec pour d\u00e9finir ses r\u00e8gles dans l\u2019\u00e9tablissement de son r\u00e9seau d\u2019aires prot\u00e9g\u00e9es\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aussi, la lecture de ce livre m\u2019a amen\u00e9 une petite pens\u00e9e pour les ex-habitants de ce qui allait devenir le parc Forillon. Des humains expuls\u00e9s de leur maison au nom de la \u00ab\u202fnature\u202f\u00bb. \u00c9videmment, les touristes sont eux, les bienvenus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce colonialisme vert que nous vivons au Qu\u00e9bec, on le doit pour beaucoup \u00e0 une pens\u00e9e \u00e9cologique qui s\u2019imagine qu\u2019il existe ici, comme en Afrique, un \u00c9den naturel. Pourtant, comme en Afrique, les Am\u00e9riques \u00e9taient <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/biodiversite-anthropocene-proteger-passe%e2%80%89\/\" data-type=\"post\" data-id=\"4505\" target=\"_blank\">habit\u00e9es et am\u00e9nag\u00e9es<\/a> avant l\u2019arriv\u00e9e des colons europ\u00e9ens. Comme en Afrique, les populations autochtones se sont <a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/caribou-forestier-rare\/\" data-type=\"post\" data-id=\"5626\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">effondr\u00e9es avec la colonisation<\/a>. Comme en Afrique, en voyant d\u2019immenses territoires vides (\u00abvid\u00e9s\u202f\u00bb serait plus juste), les colons se sont dit \u00ab\u202fVoil\u00e0 un paradis naturel!\u202f\u00bb. C\u2019est pourquoi, pour les \u00ab\u202f\u00e9d\u00e9nistes\u202f\u00bb, la seule bonne fa\u00e7on de vivre notre relation avec la nature serait \u00e0 titre de touriste. Il est impensable que l\u2019humain puisse vivre en communion avec la nature. Il va n\u00e9cessairement d\u00e9truire l\u2019\u00c9den.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il serait temps de se d\u00e9tacher de ce regard colonial savamment entretenu pour mieux se reconnecter avec la nature.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e8s 1963, les experts de l\u2019Unesco [Organisation des Nations Unies pour l\u2019\u00e9ducation, la science et la culture], de l\u2019UICN [Union pour la conservation de la nature] et du WWF [World Wildlife Fund] recommandent \u00e0 l\u2019\u00c9thiopie de faire du Simien un parc national. Et, pour cela, ils lui demandent d\u2019y \u00ab\u202fabolir tous les droits humains individuels ou d\u2019une autre nature [\u2026] \u00bb. La m\u00eame injonction pousse l\u2019\u00c9thiopie \u00e0 expulser les habitants de Gich, en 2016. En Afrique, un parc naturel doit \u00eatre vide. \u2014 p.&nbsp;39 Quelques d\u00e9cennies plus tard\u2026 4&nbsp;janvier 2019, banlieue de Debark, nord des hauts plateaux \u00e9thiopiens. Assis sur <span class=\"excerpt-dots\">&hellip;<\/span> <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/livre-noir-conservation-nature\/\"><span class=\"more-msg\">Lire la suite<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[397,312,407,293],"tags":[98,267,433,418,471,470],"class_list":["post-5759","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-livres","category-du-debat-amenager-ou-preserver","category-histoire-environnementale","category-monde","tag-aires-protegees","tag-autochtones","tag-colonisation","tag-espece-menacee","tag-humain-nature","tag-uicn"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5759","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5759"}],"version-history":[{"count":25,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5759\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5788,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5759\/revisions\/5788"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5759"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5759"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5759"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}