{"id":5626,"date":"2021-08-05T11:58:34","date_gmt":"2021-08-05T15:58:34","guid":{"rendered":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/?p=5626"},"modified":"2024-11-05T15:54:51","modified_gmt":"2024-11-05T20:54:51","slug":"caribou-forestier-rare","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/caribou-forestier-rare\/","title":{"rendered":"Le caribou forestier, rare par nature"},"content":{"rendered":"\n<h6 class=\"wp-block-heading\">Premier texte de la s\u00e9rie <a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/chroniques-caribou\/\" data-type=\"post\" data-id=\"7201\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><em>Les Chroniques du caribou<\/em><\/a>.<\/h6>\n\n\n\n<div style=\"height:36px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-resized\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/RepartitionCaribouForestier_1850_2012_PlanRetablissement.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"535\" height=\"720\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/RepartitionCaribouForestier_1850_2012_PlanRetablissement.png\" alt=\"Limite m\u00e9ridionale de l'aire de r\u00e9partition contenue du caribou forestier au Qu\u00e9bec, en 1850 et 2012\" class=\"wp-image-5645\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/RepartitionCaribouForestier_1850_2012_PlanRetablissement.png 535w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/RepartitionCaribouForestier_1850_2012_PlanRetablissement-260x350.png 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 535px) 100vw, 535px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Limite m\u00e9ridionale de l&rsquo;aire de r\u00e9partition contenue du caribou forestier au Qu\u00e9bec, en 1850 et 2012 (source: <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/mffp.gouv.qc.ca\/publications\/faune\/especes\/Plan-retablissement2013-2023.pdf\" target=\"_blank\">Plan de r\u00e9tablissement du caribou forestier 2013-2023<\/a>)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La carte ci-contre r\u00e9sume l\u2019enjeu du caribou forestier au Qu\u00e9bec. On peut y noter la forte diminution de son aire de r\u00e9partition entre 1850 et 2012.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la pr\u00e9cision, <em>Rangifer tarandus<\/em>, le \u00ab\u202fcaribou\u202f\u00bb au Qu\u00e9bec et le \u00ab\u202frenne\u202f\u00bb en Europe, ne repr\u00e9sente qu\u2019une seule et m\u00eame esp\u00e8ce \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale. Et \u00e0 cette \u00e9chelle, l\u2019<em>Union internationale pour la conservation de la nature<\/em> l\u2019a <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.iucnredlist.org\/species\/29742\/22167140\/\" target=\"_blank\">class\u00e9 comme \u00ab\u202fvuln\u00e9rable\u202f\u00bb<\/a> (un \u00e9chelon avant \u00ab\u202fmenac\u00e9\u202f\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a cependant des sous-esp\u00e8ces. Au Qu\u00e9bec, on en retrouve une seule&nbsp;: le caribou des bois. Cette sous-esp\u00e8ce est segment\u00e9e en trois \u00ab\u202f\u00e9cotypes\u202f\u00bb qui poss\u00e8dent des distinctions g\u00e9n\u00e9tiques, soit&nbsp;: forestier, montagnard (en Gasp\u00e9sie) et migrateur. Ce sont les repr\u00e9sentants des deux premiers \u00e9cotypes dont le statut est le plus pr\u00e9caire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quoique plusieurs variables ont eu pour effet de diminuer les populations de caribous forestiers au Qu\u00e9bec depuis 1850, aujourd\u2019hui le grand d\u00e9fi est de leur pr\u00e9server des habitats de qualit\u00e9. Et c\u2019est tout un d\u00e9fi consid\u00e9rant que cet \u00e9cotype a besoin de tr\u00e8s grandes superficies de for\u00eats r\u00e9sineuses matures peu perturb\u00e9es. Et par \u00ab\u202fgrandes superficies\u202f\u00bb, on parle de centaines de kilom\u00e8tres carr\u00e9s de for\u00eats\u2026 soit exactement le type de massifs auquel s\u2019int\u00e9resse l\u2019industrie foresti\u00e8re!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les besoins en habitat du caribou forestier ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis sur la base de nombreuses recherches scientifiques. Mais si l\u2019on croise ces connaissances avec l\u2019historique d\u2019occupation du territoire qu\u00e9b\u00e9cois, une question se pose&nbsp;: \u00ab\u202fComment le caribou forestier a-t-il fait pour avoir une aire de distribution aussi vaste que celle repr\u00e9sent\u00e9e par la limite de 1850?\u202f\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 propos du pigeon voyageur<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour d\u00e9buter cette r\u00e9flexion sur le caribou forestier, je vais revenir sur l\u2019histoire du\u2026 pigeon voyageur (<em>Ectopistes migratorius<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si vous faites une petite recherche, vous allez trouver plusieurs articles relatant comment cette esp\u00e8ce, qui se comptait en milliards en Am\u00e9rique du Nord au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1800, fut officiellement d\u00e9clar\u00e9e \u00e9teinte en 1914. Le journaliste scientifique Charles C. Mann s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 cette histoire, mais en remontant avant m\u00eame l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens sur le continent. Une analyse que l\u2019on retrouve dans son livre \u00ab\u202f<em>1491&nbsp;: New revelations of the Americas before Columbus<\/em>\u202f\u00bb (2011, p.&nbsp;363-367).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sa th\u00e8se, appuy\u00e9e par des recherches arch\u00e9ologiques, est qu\u2019avant l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens, les populations du pigeon voyageur \u00e9taient beaucoup plus faibles que dans les ann\u00e9es&nbsp;1800. M\u202f. Mann estime m\u00eame que le pigeon \u00e9tait probablement rare.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela s\u2019explique logiquement.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Ectopistes_migratorius.jpeg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Ectopistes_migratorius.jpeg\" alt=\"Pigeon migrateur, Ectopistes migratorius\" class=\"wp-image-5647\" style=\"width:320px;height:512px\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Ectopistes_migratorius.jpeg 640w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Ectopistes_migratorius-219x350.jpeg 219w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Pigeon migrateur, Ectopistes migratorius, male, chromolithographie d&rsquo;apr\u00e8s peinture. (Auteur: K. Hayashi, Source: <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/File:Ectopistes_migratoriusMCN2P28CA.jpg\" target=\"_blank\">Wikim\u00e9dia Commons<\/a>)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout d\u2019abord, il faut mettre en perspective que le pigeon voyageur et les autochtones \u00e9taient des comp\u00e9titeurs pour la nourriture. Le pigeon voyageur \u00e9tait particuli\u00e8rement friand du ma\u00efs que cultivaient les autochtones ainsi que des glands, ch\u00e2taignes et autres types des \u00ab\u202ffruits \u00e0 coques\u202f\u00bb (<meta charset=\"utf-8\">\u00ab\u202f<em>mast<\/em><meta charset=\"utf-8\">\u202f\u00bb) fournis par les arbres\u2026 une autre source de nourriture elle aussi recherch\u00e9e par les autochtones. De plus, avant l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens, il est estim\u00e9 que les deux tiers de l\u2019actuel territoire continental des \u00c9tats-Unis (hors Alaska) \u00e9taient cultiv\u00e9s par diverses nations autochtones, le ma\u00efs \u00e9tant une vedette de ces cultures (Mann&nbsp;2011, p.&nbsp;367).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dire que si les populations de pigeons voyageurs avaient \u00e9t\u00e9 de l\u2019ordre de grandeur de celles observ\u00e9es au tournant des ann\u00e9es&nbsp;1800, cela aurait \u00e9t\u00e9 une catastrophe pour les humains de l\u2019\u00e9poque pr\u00e9colombienne. Car avec de telles populations, les pigeons pouvaient ais\u00e9ment ravager des champs. D\u2019ailleurs, symbole fort des dommages agricoles qu\u2019ils ont caus\u00e9s dans nos contr\u00e9es, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Qu\u00e9bec a excommuni\u00e9 le pigeon voyageur en 1703!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Or, le pigeon \u00e9tait facile \u00e0 chasser tout en repr\u00e9sentant lui-m\u00eame une source appr\u00e9ci\u00e9e de nourriture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le plus probable, selon M.&nbsp;Mann, est que les autochtones s\u2019assuraient que les pigeons n\u2019atteignent pas des populations de dimension \u00ab\u202f\u00e9pid\u00e9mique\u202f\u00bb comme celles des ann\u00e9es&nbsp;1800. L\u2019id\u00e9e, ici, \u00e9tant de les \u00ab\u202fgarder \u00e0 distance\u202f\u00bb, pas de les \u00e9liminer compl\u00e8tement. Une strat\u00e9gie qui aurait fonctionn\u00e9\u2026 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019h\u00e9catombe dans les populations autochtones caus\u00e9e par les \u00e9pid\u00e9mies de variole qui se sont r\u00e9pandues sur le continent \u00e0 la suite de l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est estim\u00e9 que ces \u00e9pid\u00e9mies (il y en a eu plusieurs) ont atteint des taux de mortalit\u00e9 de l\u2019ordre de 90&nbsp;% pour certaines nations autochtones. \u00c0 cela, il faut ajouter la dynamique de guerres pour la conqu\u00eate de ce \u00ab\u202fnouveau\u202f\u00bb continent qui a accompagn\u00e9 l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens. Cons\u00e9quemment, explique M.&nbsp;Mann, les autochtones ont perdu leur capacit\u00e9 de contr\u00f4ler les populations du pigeon voyageur qui se sont exponentiellement accrues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cas du pigeon voyageur n\u2019est pas unique. M.&nbsp;Mann aborde aussi les cas d\u2019autres esp\u00e8ces animales comme le cerf de Virginie, l\u2019orignal, le dindon sauvage et le bison dont la pr\u00e9sence proche des zones agricoles autochtones \u00e9tait contr\u00f4l\u00e9e. Des esp\u00e8ces qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la perte de capacit\u00e9 de leurs pr\u00e9dateurs humains \u00e0 la suite de l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens pour accro\u00eetre leurs populations.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c9pid\u00e9mies et populations autochtones au Canada<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nations autochtones li\u00e9es \u00e0 l\u2019actuel territoire qu\u00e9b\u00e9cois ont aussi \u00e9t\u00e9 touch\u00e9es de plein fouet par les maladies europ\u00e9ennes. Voici quelques exemples explicitant ces impacts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les deux citations suivantes sont tir\u00e9es du livre <em>Les Premi\u00e8res Nations du Canada<\/em> (Olive Patricia Dickason, Septentrion 1996).<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019estimation de la population de la nation micmaque [Gasp\u00e9sie, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-\u00c9cosse] avant l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens a donn\u00e9 lieu \u00e0 de nombreux d\u00e9bats; quelques \u00e9valuations r\u00e9centes la situent aux alentours de 35&nbsp;000 personnes. Membertou, le chef micmac qui, disait-on, se rappelait de Cartier, a affirm\u00e9 en 1610 qu\u2019\u00e0 une certaine \u00e9poque les gens de sa tribu \u00e9taient \u00ab\u202f<em>plant\u00e9s aussi drus que les cheveux sur sa t\u00eate<\/em>\u202f\u00bb, mais qu\u2019apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais ils avaient acquis \u00e0 l\u2019\u00e9gard du boire et du manger des mauvaises habitudes ayant entra\u00een\u00e9 une forte diminution de leur nombre. En 1617, une \u00e9pid\u00e9mie particuli\u00e8rement mortelle ravage leurs rangs et ceux des autres populations de la c\u00f4te. Vers 1705, certains Fran\u00e7ais estiment qu\u2019il n\u2019est plus vraiment utile d\u2019en savoir davantage sur ces nations am\u00e9rindiennes qui, autrefois nombreuses, se r\u00e9duisent alors \u00e0 \u00ab\u202f<em>presque rien<\/em>\u202f\u00bb. Sur 1500 lieues de Nouvelle-France, il ne reste plus, rapporte-t-on, qu\u2019un seul Am\u00e9rindien pour deux Fran\u00e7ais. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Dickason&nbsp;1996, p.&nbsp;105<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aussi, en lien avec les Montagnais et les Hurons&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si de nouveaux maux, par exemple d\u2019\u00e9tranges maladies, font leur apparition dans leurs \u00e9tablissements, parfois m\u00eame avant d\u2019avoir aper\u00e7u le moindre Europ\u00e9en, le lien ne s\u2019\u00e9tablit pas toujours avec ces curieux visiteurs \u00e0 la barbe laide et aux m\u0153urs sociales singuli\u00e8res. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Il y a \u00e0 peine deux ans que les j\u00e9suites sont revenus, en 1634, lorsque la variole fait son apparition parmi les Montagnais, puis peu apr\u00e8s parmi les Hurons; en moins de quatre ans, jusqu\u2019aux deux tiers de ces derniers ont disparu. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Dickason&nbsp;1996, p.&nbsp;123<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De son c\u00f4t\u00e9, le professeur Nelson-Martin Dawson d\u00e9taille l\u2019influence des virus europ\u00e9ens sur les populations autochtones de la Mauricie et du Saguenay dans son livre&nbsp;: \u00ab\u202f<em>Des Attikam\u00e8gues aux T\u00eates-de-Boule&nbsp;: mutation ethnique dans le Haut Mauricien sous le R\u00e9gime fran\u00e7ais<\/em>\u202f\u00bb (Septentrion, 2003).<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien qu\u2019ils n\u2019agr\u00e9ent pas sur les cons\u00e9quences, tous les historiens et les anthropologues conviennent d\u2019une significative \u00e9rosion d\u00e9mographique chez les Attikam\u00e8gues durant la p\u00e9riode trouble du XVIIe si\u00e8cle. Cet effondrement de la population tenait, bien s\u00fbr, aux guerres iroquoises, mais le choc microbien fit pour sa part de bien plus amples ravages. D\u00e8s le d\u00e9but de la d\u00e9cennie&nbsp;1640, des Indiens remontr\u00e8rent au P\u00e8re Buteux que les pri\u00e8res les faisaient mourir, et \u00ab\u202f<em>que d\u2019estre baptis\u00e9 &amp; voir bientost la fin de sa vie, c\u2019etait une mesme chose<\/em>\u202f\u00bb. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Dawson&nbsp;2003, p.&nbsp;74<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Point \u00e0 souligner, les bouleversements caus\u00e9s directement ou indirectement par la variole eurent pour cons\u00e9quence la disparition de plusieurs communaut\u00e9s autochtones avant m\u00eame que des contacts puissent \u00eatre \u00e9tablis. Nous sommes alors au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1700 et l\u2019auteur souligne que&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Attikam\u00e8gues n\u2019\u00e9taient pas les seuls Indiens de l\u2019int\u00e9rieur des terres \u00e0 s\u2019\u00eatre ainsi \u00e9teints. Comme le rapportaient les missionnaires, les \u00c9cureuils, leurs voisins imm\u00e9diats, avaient eux aussi \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement extermin\u00e9s en 1661&nbsp;: \u00ab\u202f<em>On nous rapporte, que l\u2019Iroquois nous a prevenus, &amp; qu\u2019ayant surpris la nation des Escurieux, \u00e0 quelques journ\u00e9es d\u2019icy, il l\u2019a d\u00e9faite enti\u00e8rement<\/em>\u202f\u00bb. De m\u00eame, les Erigouechkak qui habitaient \u00e9galement \u00e0 la hauteur des terres disparurent avant m\u00eame que le p\u00e8re Buteux ne p\u00fbt entreprendre quelque mission parmi eux [note&nbsp;: il fut lui-m\u00eame tu\u00e9 par les Iroquois]. Les Kakouchak, qui occupaient les terres au sud du lac Saint Jean, avaient eux aussi subi le m\u00eame sort, comme le nota le p\u00e8re Albanel qui parcourut ces r\u00e9gions en 1672&nbsp;: \u00ab\u202f<em>Les Habitants ont est\u00e9 extremement diminuez par les dernieres guerres, qu\u2019ils ont eu avec l\u2019Iroquois, &amp; par la petite verole [variole], qui est la peste des Sauvages<\/em>\u202f\u00bb, et, de poursuivre le missionnaire, ces territoires commen\u00e7aient \u00ab\u202f<em>\u00e0 se repeupler par des gens des Nations estrangeres, qui y abordent de divers costez, depuis la paix<\/em> [de 1701]\u202f\u00bb. <\/p>\n<cite>\u2014 p.&nbsp;77, Dawson&nbsp;2003<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la petite note historique concernant les attaques iroquoises, selon les chercheurs am\u00e9ricains Theda Perdue et Michael D. Green, auteurs de <em>North American Indians&nbsp;: A very short introduction<\/em> (Oxford University Press, 2010), leurs attaques contre d\u2019autres nations \u00e9taient une fa\u00e7on de renflouer leur population diminu\u00e9e par les \u00e9pid\u00e9mies de variole [note&nbsp;: les prisonniers pouvaient \u00eatre incorpor\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9 et m\u00eame remplacer un d\u00e9funt].<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9pid\u00e9mies de variole qui ont frapp\u00e9 l\u2019est de la r\u00e9gion des Grands Lacs dans les ann\u00e9es&nbsp;1630 ont fait chuter la population de toutes les nations [iroquoises et huronnes]. Les Iroquois ont commenc\u00e9 \u00e0 faire des raids pour trouver des rempla\u00e7ants \u00e0 leurs parents [\u00ab\u202f<em>kin<\/em>\u202f\u00bb] d\u00e9c\u00e9d\u00e9s ainsi que pour obtenir des fourrures. Appel\u00e9es \u00ab\u202fguerres de deuil\u202f\u00bb [\u00ab\u202f<em>mourning wars\u202f<\/em>\u00bb], ces invasions ont d\u00e9truit la conf\u00e9d\u00e9ration huronne. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Perdue et Green 2010, p. 25 [Traduction \u00e0 l\u2019aide de \u00ab\u202fDeepl\u202f\u00bb]<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous \u00e9tions alors seulement aux d\u00e9buts de la colonisation europ\u00e9enne du \u00ab\u202fNouveau Monde\u202f\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Douze skieurs<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019hiver pass\u00e9, gr\u00e2ce aux outils de t\u00e9l\u00e9conf\u00e9rences popularis\u00e9s par la pand\u00e9mie (un point positif), j\u2019ai eu l\u2019occasion d\u2019assister \u00e0 une pr\u00e9sentation de M.&nbsp;Martin-Hugues St-Laurent, le sp\u00e9cialiste qu\u00e9b\u00e9cois du caribou. Parmi les r\u00e9sultats pr\u00e9sent\u00e9s, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par le chiffre \u00ab\u202fdouze\u202f\u00bb\u2026 \u00ab\u202fDouze\u202f\u00bb, comme dans le nombre de skieurs journaliers hors piste qui, dans le parc de la Gasp\u00e9sie, \u00e9taient suffisants pour d\u00e9clencher une r\u00e9action d\u2019\u00e9vitement chez le caribou montagnard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette r\u00e9action amenait les caribous \u00e0 descendre la montagne. Non seulement cela avait pour cons\u00e9quence d\u2019augmenter les risques de pr\u00e9dation, mais ils d\u00e9pensaient ainsi inutilement beaucoup d\u2019\u00e9nergie en plein hiver.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est ici question de l\u2019\u00e9cotype montagnard, mais le <em>Plan de r\u00e9tablissement du caribou forestier (Rangifer tarandus caribou) au Qu\u00e9bec \u2014 2013-2023<\/em> est tr\u00e8s clair quant au fait que cette r\u00e9action est typique tant du caribou au Canada que du renne en Europe. Plus sp\u00e9cifiquement&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plusieurs \u00e9tudes ont d\u00e9montr\u00e9 que les caribous et les rennes (<em>R. tarandus tarandus<\/em>) tendent \u00e0 \u00e9viter les habitats situ\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9 des infrastructures [\u2026] et plus particuli\u00e8rement \u00e0 s\u2019\u00e9loigner des chalets, des camps de pourvoyeurs, des camps forestiers (et autres camps industriels) [\u2026] <\/p>\n<cite>\u2014 Plan r\u00e9tablissement, p.&nbsp;40<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et,<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les activit\u00e9s humaines telles que la randonn\u00e9e, la motoneige et le ski de fond provoquent un d\u00e9laissement des lieux par le caribou, au profit d\u2019habitat de moindre qualit\u00e9 [\u2026]. Dans la r\u00e9serve de biosph\u00e8re de Charlevoix, Duchesne et coll. (2000) ont d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019en pr\u00e9sence d\u2019\u00e9cotouristes les caribous passaient plus de temps debout, en \u00e9tat de vigilance, que de temps \u00e0 s\u2019alimenter et \u00e0 ruminer, et ce, peu importe le sexe et la classe d\u2019\u00e2ge des caribous. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Plan r\u00e9tablissement, p.&nbsp;42<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et c\u2019est ici que l\u2019on peut mieux comprendre l\u2019existence de l\u2019aire de distribution du caribou forestier de 1850\u2026 et surtout le probl\u00e8me qu\u2019il y a de la prendre comme r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La d\u00e9limitation de 1850&nbsp;: un tragique art\u00e9fact historique<\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/MBAM_Krieghoff_-_Chippewas_chasse_caribou.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"685\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/MBAM_Krieghoff_-_Chippewas_chasse_caribou.jpg\" alt=\"Ojibw\u00e9s chassant le caribou\" class=\"wp-image-5661\" style=\"width:512px;height:343px\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/MBAM_Krieghoff_-_Chippewas_chasse_caribou.jpg 1024w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/MBAM_Krieghoff_-_Chippewas_chasse_caribou-350x234.jpg 350w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/MBAM_Krieghoff_-_Chippewas_chasse_caribou-768x514.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Ojibw\u00e9s chassant le caribou (Cornelius Krieghoff, Source: <a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:MBAM_Krieghoff_-_Chippewas_\u00e0_la_chasse_au_caribou.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Wikim\u00e9dia Commons<\/a>)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment le caribou forestier, qui est tr\u00e8s sensible au d\u00e9rangement humain, a-t-il pu atteindre son \u00e9tendue de 1850 dans un territoire historiquement occup\u00e9 par des humains pour lesquels il constituait une source de subsistance (chasse)? Et pour la petite note historique, les premi\u00e8res traces humaines sur le territoire qu\u00e9b\u00e9cois datent de 12&nbsp;500 ans (<em>La pr\u00e9histoire du Qu\u00e9bec<\/em>&nbsp;2019, p.&nbsp;176). C\u2019est dire que les humains ont rapidement suivi la fonte des glaciers pour s\u2019installer sur ce territoire!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les circonstances, la d\u00e9limitation de 1850 appara\u00eet impossible. \u00c0 moins que\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 moins que les humains aient temporairement disparu du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et c\u2019est ce qui est \u00ab\u202ftechniquement\u202f\u00bb arriv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour le rappel, d\u00e8s leur entr\u00e9e en sc\u00e8ne, les Europ\u00e9ens, et surtout leurs virus, eurent un effet d\u00e9vastateur sur les populations autochtones. Et les choses n\u2019all\u00e8rent pas en s\u2019am\u00e9liorant pour ces derni\u00e8res. Les citations suivantes, tir\u00e9es du livre <em>Les Premi\u00e8re Nations du Canada<\/em>, donnent un aper\u00e7u de la situation autochtone au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1800&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La population autochtone du Haut-Canada et du Bas-Canada (noms donn\u00e9s respectivement \u00e0 l\u2019Ontario et au Qu\u00e9bec dans l\u2019Acte constitutionnel de 1791) est estim\u00e9e en 1824 aux environs de 18&nbsp;000, \u00e9valuation qui ne tient pas compte des Am\u00e9rindiens \u00ab\u202fsauvages\u202f\u00bb de la for\u00eat bor\u00e9ale. Vingt ans plus tard, elle n\u2019est plus que 12&nbsp;000, ce qui rend cr\u00e9dible la croyance populaire de l\u2019\u00ab\u202f<em>Am\u00e9rindien en voie de disparition<\/em>\u202f\u00bb [\u2026] <\/p>\n<cite>\u2014 Dickason&nbsp;1996, p.&nbsp;228<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et,<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Louer et vendre leurs terres constitue le meilleur moyen de trouver les fonds pour civiliser les Am\u00e9rindiens, sugg\u00e8re en 1829 sir John Colborne, lieutenant-gouverneur du Haut-Canada de 1828 \u00e0 1836. Le gouverneur du Bas-Canada de 1828 \u00e0 1830, sir James Kempt, est du m\u00eame avis et soutient aussi l\u2019id\u00e9e des villages mod\u00e8les. Il faut d\u2019abord et avant tout que les Am\u00e9rindiens deviennent des citoyens autonomes et prennent place dans le cadre culturel de la vie coloniale; les vieilles habitudes de chasse sont condamn\u00e9es. <\/p>\n<cite>\u2014&nbsp;Dickason&nbsp;1996, p.&nbsp;230<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces visions politiques devaient amener la s\u00e9dentarisation des communaut\u00e9s autochtones par le biais des \u00ab\u202fR\u00e9serves\u202f\u00bb ainsi que la mise en place de pensionnats autochtones pour assimiler leurs enfants. Ces pensionnats ont officiellement \u00e9t\u00e9 abolis \u00e0 la fin des ann\u00e9es&nbsp;1990. Ils sont r\u00e9cemment revenus dans l\u2019actualit\u00e9 alors que les s\u00e9pultures de plusieurs centaines d\u2019enfants autochtones ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes sur les terrains de ces pensionnats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si l\u2019on prend 1608, date de fondation de Qu\u00e9bec, comme r\u00e9f\u00e9rence, on ne peut que constater que pendant les deux si\u00e8cles qui ont suivi l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens, le sort des nations autochtones est all\u00e9 de mal en pis. Et en 1850, leur influence sur l\u2019am\u00e9nagement du territoire et, plus sp\u00e9cifiquement, des populations animales comme le caribou \u00e9tait grandement affaiblie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La situation n\u2019\u00e9tait pas plus rose\u202fchez le loup, un autre pr\u00e9dateur du caribou. <em>Le Plan de r\u00e9tablissement du caribou forestier au Qu\u00e9bec<\/em> qualifie le loup de \u00ab\u202fpr\u00e9dateur efficace\u202f du caribou\u202f\u00bb (p.&nbsp;47). Or, \u00e0 la lecture de l\u2019article scientifique sur le comportement des caribous montagnards en pr\u00e9sence des skieurs, j\u2019ai pu noter une mention quant au fait qu\u2019au milieu des ann\u00e9es&nbsp;1800 le loup avait \u00e9t\u00e9 extermin\u00e9 de la Rive-Sud du St-Laurent. Sans avoir fait de recherche sp\u00e9cifique sur le sujet, on peut raisonnablement soup\u00e7onner qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas non plus trop le bienvenu sur la Rive-Nord\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aussi, ce n\u2019est qu\u2019en 1888 que le gouvernement du Qu\u00e9bec cr\u00e9a le D\u00e9partement de l\u2019agriculture et de la colonisation. Au Qu\u00e9bec, l\u2019occupation des espaces laiss\u00e9s \u00ab\u202fvacants\u202f\u00bb par les autochtones, surtout sur la Rive-Nord du Saint-Laurent, ne commen\u00e7a donc s\u00e9rieusement que vers la fin du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9sum\u00e9, en 1850, deux pr\u00e9dateurs majeurs du caribou forestier \u00e9taient presque \u00ab\u202fhors jeu\u202f\u00bb et la colonisation europ\u00e9enne de la majeure partie du Qu\u00e9bec n\u2019\u00e9tait pas officiellement entam\u00e9e. Le caribou forestier b\u00e9n\u00e9ficia alors de conditions id\u00e9ales pour \u00e9tendre sa pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce sens, l\u2019aire de distribution de 1850 du caribou forestier se doit d\u2019\u00eatre vue comme un artefact (tr\u00e8s) tragique de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/R.C._Indian_Residential_School_Study_Time_Fort_Resolution_N.W.T.jpeg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"862\" height=\"629\" src=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/R.C._Indian_Residential_School_Study_Time_Fort_Resolution_N.W.T.jpeg\" alt=\"P\u00e9riode d'\u00e9tude au pensionnat indien catholique de Fort Resolution\" class=\"wp-image-5650\" style=\"width:647px;height:472px\" srcset=\"https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/R.C._Indian_Residential_School_Study_Time_Fort_Resolution_N.W.T.jpeg 862w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/R.C._Indian_Residential_School_Study_Time_Fort_Resolution_N.W.T-350x255.jpeg 350w, https:\/\/laforetacoeur.ca\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/R.C._Indian_Residential_School_Study_Time_Fort_Resolution_N.W.T-768x560.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 862px) 100vw, 862px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>P\u00e9riode d&rsquo;\u00e9tude au pensionnat indien catholique de Fort Resolution, Territoires du Nord-Ouest (date inconnue, Auteur: Biblioth\u00e8que et Archives Canada\/PA-042133, Source: <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:R.C._Indian_Residential_School_Study_Time,_Fort_Resolution,_N.W.T.JPG\" target=\"_blank\">Wikim\u00e9dia Commons<\/a>).<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sur les ruines d\u2019une civilisation<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Est-ce dire qu\u2019il ne faudrait pas prot\u00e9ger le caribou, en particulier les \u00e9cotypes forestier et montagnard? Pas du tout. Bien au contraire, m\u00eame. Il le faut. Mais pas pour la raison qu\u2019ils ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s abondants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans un territoire habit\u00e9 depuis des milliers d\u2019ann\u00e9es comme l\u2019a \u00e9t\u00e9 le Qu\u00e9bec, ces \u00e9cotypes sont en fait destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre plut\u00f4t rares. C\u2019est la valeur de raret\u00e9 qu\u2019il faut ici pr\u00e9server, pas celle de l\u2019abondance. Cette derni\u00e8re, repr\u00e9sent\u00e9e par la limite de 1850, est selon toute vraisemblance un \u00ab\u202faccident\u202f\u00bb de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y aurait donc l\u00e0 une approche \u00e0 repenser pour tenir compte du caribou forestier dans l\u2019am\u00e9nagement des for\u00eats publiques qu\u00e9b\u00e9coises. Mais surtout, il est \u00e0 souhaiter que cela nous am\u00e8ne \u00e0 cesser de voir le 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle comme une source de \u00ab\u202fportraits \u202fprimitifs\u202f\u00bb (pr\u00e9industriels). La logique actuelle est de \u00ab\u202fprendre des photos\u202f\u00bb de cette \u00e9poque en y voyant un paradis naturel \u00e0 recr\u00e9er. Or, ce \u00ab\u202fparadis\u202f\u00bb, ce sont les ruines d\u2019une civilisation.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:56px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Principales r\u00e9f\u00e9rences&nbsp;:<\/h4>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list has-normal-font-size\">\n<li>\u00ab\u202f<em>1491&nbsp;: New revelations of the Americas before Columbus<\/em>\u202f\u00bb. Mann, Charles C.&nbsp;2011. Vintage Books. 553 pages.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab\u202f<em>Des Attikam\u00e8gues aux T\u00eates-de-Boule<\/em>\u202f\u00bb. Dawson, Nelson-Martin. 2003. Septentrion. 511 pages. 169 pages.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab\u202f<em>La pr\u00e9histoire du Qu\u00e9bec&nbsp;: la grande \u00e9pop\u00e9e de nos origines<\/em>\u202f\u00bb. Couture, Patrick. 2019. FIDES. 397 pages.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab\u202f<em>Les Premi\u00e8res nations du Canada<\/em>\u202f\u00bb. Dickason, Olive Patricia. 1996. Septentrion. 511 pages.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab\u202f<em>North American Indians: a very short introduction<\/em>\u202f\u00bb. 2010. Perdue, Theda et Michael D.&nbsp;Green. Oxford University Press. 144 pages.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab\u202f<em>Plan de r\u00e9tablissement du caribou forestier (Rangifer tarandus caribou) au Qu\u00e9bec \u2014 2013-2023<\/em>\u202f\u00bb. 2013. \u00c9quipe de r\u00e9tablissement du caribou forestier au Qu\u00e9bec. Minist\u00e8re du D\u00e9veloppement durable, de l\u2019Environnement, de la Faune et des Parcs. 110 pages.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab\u202f<em>Spatiotemporal response of mountain caribou to the intensity of backcountry skiing<\/em>\u202f\u00bb. Lesmerises, F., D\u00e9ry, F., Johnson, C. J., &amp; St-Laurent, M.-H. (2018). Biological Conservation, 217, 149-156. doi&nbsp;: 10.1016\/j.biocon.2017.10.030<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Premier texte de la s\u00e9rie Les Chroniques du caribou. La carte ci-contre r\u00e9sume l\u2019enjeu du caribou forestier au Qu\u00e9bec. On peut y noter la forte diminution de son aire de r\u00e9partition entre 1850 et 2012. 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